Extension Factory Builder

Tchad : Gali Ngothé Gatta, un élu plus populaire que jamais

25/03/2013 à 18:27
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Gali Ngothé Gatta. Gali Ngothé Gatta. © Abdoulaye Barry pour J.A.

Libéré en avril 2012, le député d'opposition Gali Ngothé Gatta a retrouvé son siège à l'Assemblée. Ses priorités restent la séparation des pouvoirs et l'amélioration du niveau de vie.

Il s'était donné du temps. De longs mois, avant de revenir publiquement sur ses ennuis judiciaires. Gali Ngothé Gatta, 63 ans, député de l'Union des forces démocratiques-Parti républicain (UFD-PR, opposition), avait été arrêté le 4 mars 2012. Puis condamné à un an de prison et à 200 000 F CFA (305 euros) d'amende pour tentative de corruption, détention illégale d'arme et complicité de braconnage de phacochères.

Il n'avait alors cessé de dénoncer une affaire montée de toutes pièces, et de pointer du doigt Haroun Kabadi, le président de l'Assemblée nationale et ex-secrétaire général du Mouvement patriotique du salut (MPS, au pouvoir). Lequel, selon lui, n'avait pas supporté de le voir élu dans la même circonscription lors des législatives de 2010. Relaxé par la cour d'appel de Moundou (Sud) faute de preuves, Gali a été libéré le 24 avril 2012. L'État, qui avait porté le dossier devant la Cour suprême, a été débouté en juillet.

Indépendance

Sur ses pénibles conditions de détention à Sarh (sa ville natale, dans le sud du pays), il n'en dira pas plus. « L'affaire est close », dit-il pour évacuer le sujet. En reconnaissant, tout de même, « une certaine indépendance de la justice ». Depuis cet épisode en tout cas, sa popularité a grimpé en flèche. Au Tchad, tout le monde le connaît. Il est frappant de le voir répondre à chaque sollicitation avec une égale et franche sympathie. Il a retrouvé son siège à l'Assemblée nationale, où il préside la Commission de l'économie et du plan, son domaine.

Les ressources du pétrole doivent être utilisées pour augmenter les salaires.

Dans les années 1970, Gali Ngothé Gatta a étudié l'économie en France, à l'université Paris-Dauphine. Et à l'âge de 26 ans, de retour à N'Djamena, il a travaillé un temps au ministère des Finances, à la direction de la prévision, avant d'enseigner à l'université. « De nombreux projets de loi que nous avons défendus ont été ratifiés depuis un an », se félicite-t-il.

L'élu de l'UFD-PR a également repris sa place au sein de l'opposition, qui a boycotté les débats à la Chambre basse sur le projet de révision constitutionnelle, relative au statut du chef de l'État et à l'inamovibilité des juges, adopté le 12 février. « Qu'est-ce qui justifiait ce vote en urgence ? Nous risquons d'aboutir à une concentration excessive des pouvoirs, menaçant le processus démocratique... » s'inquiète-t-il.

Grogne

Autre cheval de bataille de ce père de famille (7 enfants) : la lutte contre la vie chère. Selon lui, peu de réponses sont données face à la grogne sociale qui persiste depuis un an dans tout le pays (lire p. 72). Et il n'est pas surpris que la journée ville morte - organisée en décembre par une coalition d'associations et de syndicats - ait été aussi bien suivie. « Les ressources du pétrole, en constante augmentation, doivent être utilisées pour augmenter les salaires », revendique Gali Ngothé Gatta. Il explique que le coût de la vie n'est plus tenable pour les Tchadiens, tant les prix des produits de première nécessité ont flambé. En ce moment par exemple, un sac de ciment de 50 kg produit au Tchad est vendu au même prix qu'un sac importé, soit 6 500 F CFA. Même chose pour le sucre tchadien, qui coûte 1 200 F CFA le kilo quand le camerounais, lui, est à 1 100 F CFA.

Pour le député, c'est l'absence de règles commerciales qui conduit à de telles aberrations, les commerçants fixant leurs prix librement. « Les variables extérieures intervenant sur le coût des produits, tel le carburant nécessaire au transport, sont connues mais ne sont pas maîtrisées. Les priorités sont mal définies et les projets économiques pas assez étudiés en amont. » En attendant qu'ils le soient, peut-être, dans le cadre du processus participatif pour le nouveau plan stratégique notamment (lire p. 80), Gali Ngothé Gatta appelle les organisations syndicales et celles de la société civile à la reprise du dialogue politique avec le nouveau gouvernement : « Je ne me bats que pour ce en quoi je crois, la démocratie et l'État de droit. » 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Tchad

ONU - Hiroute Guebre Sellassie : 'Boko Haram nous concerne tous'

ONU - Hiroute Guebre Sellassie : "Boko Haram nous concerne tous"

Pour Hiroute Guebre Sellassie, l’envoyée spéciale de Ban Ki-moon au Sahel, Boko Haram n’est pas que le problème du Nigeria et la communauté internationale doit se mobiliser avant qu’[...]

Jusqu'où ira Boko Haram ?

Le monstre grandit aux confins du Nigeria. Villes et villages tombent les uns après les autres, toujours dans le sang, et personne ne paraît en mesure d'arrêter les islamistes armés. Ni le[...]

Boko Haram : Shekau menace Déby, Biya et Issoufou

Dans une mise en scène vidéo dont il est coutumier, Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram, a défié les pays voisins du Nigeria de l'attaquer, au moment où ceux-ci se sont réunis[...]

Sécurité : à Niamey, la communauté internationale s'est réunie contre Boko Haram

Une vingtaine de pays et d'organisations régionales et internationales se sont réunies ce mardi à Niamey pour tenter de mettre sur pied une force multinationale efficace contre l'avancée du groupe[...]

L'armée tchadienne poursuit son déploiement au Cameroun pour lutter contre Boko Haram

L'armée tchadienne poursuivait lundi son déploiement dans le nord du Cameroun pour lutter contre Boko Haram. Mais entre les contraintes opérationnelles et diplomatiques, l'offensive ne devrait pas être[...]

Justice tchadienne : retour vers le passé pour Baba Laddé

À Bangui et à N'Djamena, les spéculations vont bon train depuis l'arrestation de Baba Laddé, le 8 décembre en Centrafrique, et plus encore depuis son inculpation par la justice[...]

Cameroun : Boko Haram enlève une soixantaine de personnes, l'armée tchadienne se déploie

Boko Haram a lancé dimanche un nouveau raid meurtrier dans l'Extrême-Nord du Cameroun, enlevant une soixantaine de personnes. Parallèlement, l'armée tchadienne a commencé à se[...]

Mali : attaque contre le camp de l'ONU à Kidal, un Casque bleu tchadien tué

Le camp de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma) à Kidal, dans l'extrême nord-est du pays, a été samedi la cible d'une nouvelle attaque au cours de laquelle un Casque bleu tchadien a été[...]

L'armée tchadienne fait mouvement vers le Cameroun contre Boko Haram

L'armée tchadienne faisait mouvement vendredi vers le Cameroun voisin pour livrer bataille aux islamistes armés de Boko Haram, accusés par Washington et Paris de "crimes contre l'humanité"[...]

Boko Haram : pourquoi la coopération régionale patine

L'Assemblée nationale tchadienne a autorisé vendredi à l'unanimité l'envoi de soldats tchadiens au Cameroun et au Nigeria pour lutter contre le groupe islamiste Boko Haram. De quoi redynamiser la[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces