Extension Factory Builder

MC Jean Gab'1 : sang et lumière

04/03/2013 à 12:34
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Mc Jean Gab1. Mc Jean Gab1. © DR

Dur et tendre, ancien repris de justice et rapeur, ce Français d'origine camerounaise signe une autobiographie à fleur de peau.

Le bon, la brute et le truand... Voilà qui pourrait résumer MC Jean Gab'1. Solide gaillard de 46 ans à la gouaille sortie tout droit d'un dialogue de Michel Audiard, le rapeur et acteur français est un dur, un vrai. De la trempe de ceux qui foncent tête baissée, parce que rien ne saurait les détourner de leur route. Quand bien même la prison ou la mort les attendrait au bout du chemin.

Le trou, Jean Gab'1 en maîtrise si bien les codes qu'il a pu, parfois, s'y sentir chez lui. Braqueur de banques, trafiquant d'armes, de cocaïne, proxénète, Charles M'Bouss, de son vrai nom, n'a pas vraiment le profil du gendre idéal. Et pourtant, ses trois premiers séjours derrière les murs de Fleury-Mérogis, ce fils de Camerounais, venus gagner leur vie en France dans les années 1960, les a accomplis pour des actes dont la justice l'exonérera plus tard. De quoi accentuer le gouffre qui sépare l'apprenti gangster de la société. « Grâce ou à cause de la justice et de ses corbacs bienveillants, j'étais révolté, comme seuls des séjours en prison peuvent te rendre, et j'allais faire des rencontres qui verrouilleraient mon esprit en mode criminel », écrit Jean Gab'1 dans une autofiction qui vient de paraître*.

Aspiré par les abîmes du crime, cet adepte de boxe, de lutte et de krav maga (méthode d'autodéfense israélienne) ne recule devant rien. Et en veut toujours plus. Par le hasard d'une rencontre, il se retrouve à Berlin, où il braque banques et bijouteries. Cette fois, c'est la prison pour de bon et pour trente-trois ans. Il en fera huit. La mort, elle, a toujours plané sur son destin. Dès ses 10 ans. Quand son père assassine sa mère, un jour de mai 1977. « À cet instant-là [...], le monde m'a perdu, confie-t-il, lucide. Je suis mort-vivant depuis [...]. L'envie d'en finir ne m'a jamais quitté. » Toute l'histoire de Jean Gab'1 est désormais une fuite en avant, une course effrénée et autodestructrice. « Une fois que je suis lancé, rien ne peut plus m'arrêter. J'ai vécu à 200 à l'heure, explique-t-il aujourd'hui. C'est une attitude suicidaire. »

Le père en prison, la fratrie de treize enfants est placée à la Ddass, où le petit Charles va « apprendre la haine et l'ennui ». Le racisme, aussi. Et l'injustice chez les bonnes soeurs qui l'enferment dans une cave noire après qu'il s'est confessé. Première expérience de l'emprisonnement. Pour surmonter sa peur, il se parle à lui-même. C'est cette technique qui lui permettra de survivre à ses années passées en « calèche » et qui développera son talent de conteur de rue. Le phrasé aguerri, le verbe cru, la voix grave, Jean Gab'1 a une tchatche faite pour le rap - Doc Gynéco en est convaincu. Son truc, ce n'est pas le verlan des jeunes banlieusards, mais l'argot des titis parisiens, celui des Tontons flingueurs. Et quand il enregistre son premier succès, J't'emmerde, c'est pour régler ses comptes avec le milieu du hip-hop français, avec qui il a maille à partir. Grâce à l'acteur français d'origine marocaine Saïd Taghmaoui, Jean Gab'1 tourne dans quelques films (Chacun cherche son chat, Banlieue 13...) et gagne sa vie honnêtement pour la première fois !

De quoi l'encourager à s'extraire de cette spirale infernale qui l'emporte depuis le meurtre de sa mère. À sa sortie de prison en 1994, il a besoin d'un exutoire et se met à écrire. « Je ne me sentais pas les burnes suffisantes pour pondre un bouquin, avoue cet écorché vif. Mais en lisant Chester Himes et Iceberg Slim, je me suis dit que je n'étais pas obligé d'écrire comme Dumas. » Jean Gab'1 se met à nu. « C'est vrai, admet-il, j'ai du raisiné sur les paluches. On vit avec ça comme un boucher qui dépèce un cochon.[...] Mais tout ce que j'ai fait, je peux l'assumer devant un tribunal et devant ma fille. » S'il n'a pas perdu toute son humanité, c'est grâce à sa grand-mère. « Elle est morte quand on a tué sa fille. Elle est alors venue en France pour nous. Elle n'avait pas d'argent, créchait dans une chambre de bonne. Elle a fait en sorte que je sache que je viens un peu du Cameroun, qu'il n'y avait pas que de la blanquette de veau dans mon histoire. »

Avec Sur la tombe de ma mère, Jean Gab'1 est entré en littérature comme d'autres montent sur un ring, avec une rage de terrasser ses adversaires et de vaincre ses démons. Son livre est une revanche et un appel au secours. L'auteur le reconnaît à demi-mot : « Il ne me reste plus que quatre ans pour m'en sortir. Si je n'y suis pas arrivé à 50 ans, c'est que j'aurai tout foutu en l'air. J'ai fait 55 % du chemin. Ce qui me manque le plus pour y arriver : un bon entourage... et un agent qui me propose autre chose que des rôles de bamboula. » Il lui faudra aussi parvenir à faire le deuil de sa mère. Difficile sans pouvoir se recueillir sur sa sépulture. « Ma mère a été inhumée au Cameroun, mais personne de ma famille ne sait où, car mon daron, ce trou de balle, n'a rien trouvé de mieux que de se sauver avec la pierre tombale. Mais j'irai et je trouverai, c'est mon devoir. » Le combat continue.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

'Fessemania' : l'avant-garde de l'arrière-train africain

"Fessemania" : l'avant-garde de l'arrière-train africain

Les tenants de l’ordre esthétique mondial ont décidé que les grosses fesses étaient désormais à la mode. L’Afrique n’a pas attendu leur diktat…[...]

Ebola : le missionnaire rapatrié en Espagne est dans un "état grave"

Un missionnaire catholique espagnol contaminé par le virus Ebola en Sierra Leone a été rapatrié dans la nuit de dimanche à lundi à Madrid. Selon les services médicaux, il est[...]

L'État islamique appelle à tuer des civils français et américains

Le porte-parole de l'État islamique a appelé lundi ses partisans à riposter aux frappes lancées par la France et les États-Unis dans le nord de l'Irak en s'en prenant à leurs [...]

France : Nicolas Sarkozy estime qu'il n'a pas le choix et qu'il doit revenir en politique

Nicolas Sarkozy a plaidé dimanche avoir non seulement "envie" mais surtout ne pas avoir "le choix" : il doit revenir en politique face au PS et au FN et s'est livré à un véritable[...]

Angelina Jolie va diriger un film sur la lutte contre le trafic d'ivoire

Angelina Jolie va diriger une "épopée" sur le paléo-archéologue kényan Richard Leakey et sa lutte contre le trafic d'ivoire, a indiqué vendredi la maison de production[...]

France : Nicolas Sarkozy annonce son retour et brigue la présidence de l'UMP

Vendredi, l'ancien président français a annoncé son retour dans la vie politique, via un texte publié sur Facebook et Twitter. Dans la posture du sauveur, Nicolas Sarkozy indique son intention de [...]

Union européenne : une Lady Pesc chasse l'autre

C'est l'Italienne Federica Mogherini qui, à partir du 1er novembre, dirigera la politique étrangère et de sécurité commune en lieu et place de la Britannique Catherine Ashton.[...]

Argentine : des narcos à la Casa Rosada

Pourquoi des trafiquants de drogue appelaient-ils périodiquement au téléphone le siège de la présidence argentine ? La police a mis en évidence des complicités au plus au[...]

Quand un vent d'Afrique souffle sur la robe traditionnelle bavaroise

Deux créatrices d'origine camerounaise installées en Allemagne se taillent un beau succès en réinventant à partir de flamboyants tissus africains la robe traditionnelle bavaroise, la[...]

Les sons de la semaine #14 : Mashrou' Leila, Sabza, Akale Wube...

Bienvenue dans notre tour d'horizon musicale hebdomadaire avec Mshrou' Leila, Sabza et Akale Wube ![...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex