Il fut un temps où le tourisme était considéré comme le futur pétrole vert de l'Afrique, le sésame du coffre à devises, échanges culturels en prime. Ça, c'était avant que les zones de contact deviennent des lignes de front. Il suffit de consulter, sur le site du ministère français des Affaires étrangères, la rubrique « conseils aux voyageurs » et les cartes pays qui l'agrémentent pour décourager le plus téméraire des vacanciers de s'envoler pour le continent. Dans la catégorie des destinations « déconseillées » à « formellement déconseillées » figurent le Mali bien sûr, mais aussi le Niger, le Tchad, la Mauritanie, l'Algérie, la Libye, le Nigeria, la RD Congo ou la Centrafrique.
Sachant que ces préconisations sont identiques chez tous les membres de l'Union européenne, être ainsi indexé est une catastrophe pour les pays qui avaient misé gros sur le tourisme pour asseoir leur développement. L'est et le nord du Kenya, les trois quarts de l'Égypte et une bonne partie de la Tunisie sont ainsi à éviter. « Plus que jamais, tout déplacement dans le Sud saharien est à proscrire », peut-on lire à propos de ce dernier pays, tout comme dans l'Ouest proche de la frontière algérienne. Même Tunis, la capitale, est jugée peu sûre : « éloignez-vous des axes et bâtiments sensibles » et « évitez tout rassemblement ». De quoi défaire ses valises, annuler son billet charter et troquer son guide des oasis pour une carte des Baléares. Seuls le Maroc, Maurice et les Seychelles échappent au marasme - et encore, avertit le site du Quai d'Orsay, l'océan Indien est infesté de pirates.
Bien mal acquis
En Afrique, c'est bien connu puisque les médias le répètent à satiété, il faut se méfier de tout. Y compris des cadeaux que l'on vous donne. Un exemple ? On vient d'apprendre que le jeune dromadaire blatérant offert à François Hollande le 2 février à Tombouctou - et dont le président blagueur avait promis de se servir « autant que possible comme moyen de transport » - était un... bien mal acquis. Parfaitement, un BMA, comme les hôtels particuliers de l'avenue Foch, tout juste moins cher et moins rapide que les Maserati de Junior. Un camélidé subtilisé quelques jours auparavant à son propriétaire, lequel avait pris la fuite avec les jihadistes. Autant dire le fruit d'un larcin. Émoi à l'Élysée, où les murs tremblent encore de la colère de Jacques Chirac, obligé de rendre au musée de Bamako la statuette en forme de bélier que ses collaborateurs lui avaient offerte pour son 64e anniversaire, après qu'on eut découvert qu'elle provenait d'un vol.
Des colons aux militaires, en passant par les missionnaires et les diplomates, les Français ont derrière eux un passif suffisamment lourd en termes de pillage d'oeuvres d'art en Afrique pour qu'un président s'exonère du moindre soupçon de zoophilie exotique - au sens littéral, bien sûr. Aux dernières nouvelles, l'animal sera donc offert par la République généreuse à un paysan nécessiteux, en accord avec les autorités maliennes. Et continuera de brouter paisiblement en pleine zone « formellement déconseillée » par le Quai d'Orsay, pour son plus grand bonheur de dromadaire.

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