Extension Factory Builder

Ban Ki-moon : "Avec les jihadistes, tout dialogue est impossible"

12/02/2013 à 08:36
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, à Doha, le 4 décembre 2012. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, à Doha, le 4 décembre 2012. © AFP

Mali, RDC, Rwanda, Sahara occidental, Madagascar... Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, répond aux questions - et critiques - avec son habituelle mesure de diplomate aguerri.

On ne se refait pas à 68 ans. Surtout pas Ban Ki-moon qui, avec son éternel sourire aux lèvres et sa voie posée, évoque les problèmes du monde avec l'agilité d'une anguille et l'approche confucéenne qui a fait sa réputation. Un oeil sur sa montre, le diplomate sud-coréen nous a reçus le 27 janvier au matin dans sa résidence ultrasécurisée d'Addis-Abeba. Il se préparait alors à entamer une de ces journées marathons qui font le quotidien du Secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (ONU). Invité au sommet de l'Union africaine, il a multiplié les rencontres bilatérales : Nkosazana Dlamini-Zuma, Alassane Ouattara, Macky Sall, Dioncounda Traoré... et participé à la réunion tripartite entre Yoweri Museveni, Joseph Kabila et Paul Kagamé. Celui qui a visité plus de trente pays africains depuis son élection en 2007 sait de quoi il parle...

JEUNE AFRIQUE : Pourquoi l'ONU a-t-elle été si lente face à la crise malienne ?

Ban Ki-moon : L'ONU n'a pas été lente. Depuis l'invasion du Nord-Mali par les terroristes et le coup d'État militaire à Bamako, j'ai beaucoup discuté avec les acteurs clés, dont le président Ouattara, président de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), avec qui nous avons travaillé en étroite collaboration, sans oublier l'Union africaine et la France. Mon représentant spécial Saïd Djinnit était en concertation permanente avec les autorités maliennes. Notre priorité était la restauration de l'ordre constitutionnel. Mais aussi la stabilité économique et la paix sociale. Nous avons assisté les populations en détresse, puisque cette situation a provoqué le déplacement d'environ 1 million de personnes.

Depuis le début de la reconquête du Nord-Mali, les villes tombent les unes après les autres. Du coup, on se demande pourquoi avoir autant attendu pour engager la guerre contre les jihadistes...

Une opération militaire était nécessaire à cause de la menace imminente représentée par les jihadistes et les terroristes.

Une opération militaire était nécessaire à cause de la menace imminente représentée par les jihadistes et les terroristes avec lesquels tout dialogue est impossible. Mais elle n'avait pas de sens sans normalisation politique. C'est pourquoi nous avions demandé un retour à la légalité constitutionnelle afin d'éviter que les militaires n'interfèrent dans le travail du président intérimaire Dioncounda Traoré. Il nous paraissait prioritaire d'assister les déplacés et d'oeuvrer au dialogue intermalien. La résolution 2085 du Conseil de sécurité va dans ce sens. Cela dit, on ne pouvait pas laisser les terroristes prendre Bamako. C'est pourquoi je me félicite de l'intervention de la France.

Y a-t-il eu des divergences au sein du Conseil de sécurité sur la préparation de l'intervention militaire ?

Oui, il y a eu des discussions assez sérieuses.

À travers la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation de la RDC (Monusco), l'ONU est également critiquée pour son attentisme. Peut-elle faire mieux ?

L'ONU est très impliquée dans le maintien de la paix en RDC. Les gens souhaitent que cesse la situation d'insécurité qui y règne, particulièrement en ce qui concerne les violations des droits de l'homme et la violence dans l'est du pays. J'ai discuté avec les présidents congolais Joseph Kabila, rwandais Paul Kagamé et ougandais Yoweri Museveni ainsi qu'avec les autres chefs d'État de la sous-région. Je souhaite que cela aboutisse à un accord entre toutes ces parties, et que chacune d'elles prenne un engagement. La RDC pourrait par exemple améliorer sa gouvernance, réformer ses forces de sécurité et mieux les former au respect des droits de l'homme. Les pays des Grands Lacs et de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) pourraient à leur tour s'engager à ne plus apporter de soutien aux groupes rebelles. Ils devraient également mettre en place un mécanisme de surveillance régionale.

Au regard de la situation créée par le Mouvement du 23-Mars (M23) dans l'est de la RDC, ne peut-on pas envisager une extension du mandat de la Monusco ?

La prise de Goma par le M23 a révélé un vrai problème de sécurité. Il y a eu des violations des droits de l'homme, et une perception négative du rôle de la Monusco. Pourtant, cette dernière n'a pas vocation à se substituer aux Forces armées de la RDC (FARDC). Cependant, j'admets qu'elle peut s'impliquer un peu plus. Au Conseil de sécurité, nous discutons de la possibilité d'autoriser la création d'une force au sein de la Monusco, laquelle pourrait être habilitée à faire respecter la loi, lorsque cela est absolument nécessaire.

Un rapport rendu par des experts de l'ONU a accusé le Rwanda de soutenir les rebelles et de piller les ressources naturelles dans l'est de la RDC. Avez-vous des raisons de douter de la sincérité de ceux qui l'ont rédigé ?

C'est un rapport rendu par des experts mandatés par le Conseil de sécurité. J'en ai discuté avec le président Kagamé, qui le réfute, bien sûr. Lorsque l'accord que l'ONU propose sera signé et que les pays de la région se seront engagés à ne pas chercher à se déstabiliser les uns les autres, cette insécurité politique n'existera plus.

Pourquoi l'ONU a-t-elle autorisé l'usage des drones en RDC ?

C'est un dispositif de surveillance important dans notre volonté de rechercher la stabilité et le maintien de la paix, sans lesquels aucun développement n'est possible.

La question du Sahara occidental s'éternise. Où en est-on ?

Il est malheureux que, depuis quarante ans, les populations du Sahara vivent dans des conditions difficiles. C'est pourquoi j'ai nommé un représentant personnel, Christopher Ross. Il a initié neuf cycles de discussions avec les parties concernées. Malheureusement, ces dernières n'ont pas voulu faire de concessions. Nous n'avons donc pas beaucoup avancé. Il est absolument nécessaire qu'elles poursuivent le dialogue. Ross continue d'oeuvrer pour engager un autre cycle de concertation.

À Madagascar, la médiation régionale est parvenue à convaincre les deux favoris, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, de ne pas participer à l'élection présidentielle de mai 2013. Est-ce une solution applicable à d'autres crises ?

J'ai accueilli avec satisfaction le choix d'Andry Rajoelina, président de la transition, de ne pas se présenter. Sa décision ainsi que celle de Marc Ravalomanana devraient contribuer à faciliter la tenue d'élections libres et crédibles pour mettre fin à cette période. Il sera important de respecter le calendrier adopté par la Commission électorale nationale indépendante pour la transition (Cenit). Il est également essentiel que la feuille de route 2011, destinée à mettre fin à la crise, en particulier les dispositions relatives aux mesures de confiance, soit pleinement mise en oeuvre. Il appartient aux peuples des autres pays de décider comment résoudre les mêmes types de problèmes lorsqu'ils surviennent. Pourvu que les parties puissent trouver une solution consensuelle, sans recourir à la violence.

_______

Propos recueillis à Addis-Abeba par Pascal Airault et Georges Dougueli

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Afrique Subsaharienne

Exclusif - Guinée : la lettre envoyée par Alpha Condé à Cellou Dalein Diallo

Exclusif - Guinée : la lettre envoyée par Alpha Condé à Cellou Dalein Diallo

Le président guinéen Alpha Condé recevra vendredi 8 mai son principal adversaire et chef de file de l’opposition guinéenne, Cellou Dalein Diallo, au Palais Sékhoutouréya, à [...]

Burundi : arrestation d'un opposant, Nkurunziza promet de ne pas se représenter s'il est réélu

La police burundaise a procédé mercredi à l'arrestation de l'opposant Audifax Ndabitoreye, l'un des leaders de la campagne anti-troisième mandat de Pierre Nkurunziza et candidat déclaré[...]

Dire "non" au mariage précoce, un cri du coeur, un appel à l'action

Monique Clesca est la représentante du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) au Niger. "J'ai le regret de vous annoncer le décès d'une de nos filles âgée de 18 ans de l'espace[...]

Togo : quand Emmanuel Adebayor lave son linge sale sur Facebook

Emmanuel Adebayor a réglé mardi soir ses comptes avec plusieurs membres de sa famille, sur Facebook. Un déballage 2.0 destiné à "servir de leçon" aux familles africaines, avance[...]

Burundi - Pacifique Nininahazwe : "On ne peut négocier que le renoncement de Nkurunziza"

L'un des leaders de la campagne anti-troisième mandat de Pierre Nkurunziza, Pacifique Nininahazwe, président du Forum pour la conscience et le développement*, a confié mercredi à "Jeune[...]

Côte d'Ivoire : l'État va régler aux Éléphants les primes disparues de la CAN 2015

Alors que le ministre des Sports, Alain Lobognon, continue de réclamer une confrontation des protagonistes de l'affaire de la disparition des primes de la CAN 2015 (plusieurs centaines de millions de F CFA), Alassane[...]

Huit ans de prison requis contre Gilles Le Guen, le Français qui avait rejoint Aqmi au Mali

Le Français de 60 ans est poursuivi pour avoir rejoint les rangs d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) au Mali en 2012 et 2013. Le tribunal rendra sa décision le 15 mai.[...]

Côte d'Ivoire : trois cadres du parti de Laurent Gbagbo placés en détention

Appréhendés lundi, trois cadres du FPI ont été placés en détention mardi. Ils sont poursuivis pour atteinte à l'ordre public et complicité d'assassinat, entre autres. [...]

Borloo court après Kaberuka

L'ancien ministre français Jean-Louis Borloo est la recherche d'une personnalité africaine de premier plan pour diriger l'agence chargée de piloter son projet d'électrification du continent. En[...]

Guinée : l'opposition appelle de nouveau à manifester contre le calendrier électoral

Le bras-de-fer se poursuit en Guinée. L'opposition a appelé mardi soir à de nouvelles manifestations dans tout le pays contre le calendrier électoral, qu'elle souhaite modifier.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces