"Il est pour moi comme une boussole" dit-elle de son père, au pouvoir de 1979 à 1982.
© Abdoulaye Barry pour J.A.
Rentrée à N'Djamena en 2011 après avoir grandi en Libye et en France, Saadie Goukouni Weddeye, la fille de l'ancien président tchadien, a fait son entrée au gouvernement. Portrait.
D'entrée de jeu, elle tient à l'assurer : elle ne recherche pas la lumière. Très discrète, Saadie Goukouni Weddeye, 32 ans, ne veut être jugée que sur ses résultats. Le 26 janvier, dans le cadre du remaniement gouvernemental, la fille de l'ancien président tchadien Goukouni Weddeye (à la tête du Gouvernement d'union nationale de transition entre 1979 et 1982) a été propulsée ministre de l'Action sociale, de la Famille et de la Solidarité nationale. « C'est une chance inestimable, mais je veux avant tout faire mes preuves », confie-t-elle d'une voix douce. Si sa nomination a été une surprise (elle l'a apprise à la télévision), cette conseillère juridique à l'Agence nationale des investissements et des exportations (Anie) a toujours été attirée par la politique. Une part de l'héritage de son père, sans doute, lequel est très présent à ses côtés : « Il est pour moi comme une boussole. »
Humanitaire
Cadette d'une famille de douze enfants, Saadie Goukouni Weddeye est née à Lagos (Nigeria) en 1980, à l'époque où les combats faisaient rage à N'Djamena, dans le sillage de la « guerre des neuf mois ». Après le coup d'État de 1982 au cours duquel Hissène Habré a déposé son père, elle est devenue malgré elle une « enfant de l'exil ». Jusqu'en 1996, elle a vécu à Tripoli (Libye), avant de s'envoler à l'âge de 16 ans pour la France, pays auquel elle se dit « très attachée ». À Tours, très impliquée dans le milieu associatif, notamment au Secours catholique, elle a décroché un master 2 juriste d'entreprise. Mais son regard est toujours resté tourné vers l'Afrique. Alors en 2011 Saadie a fait son retour à N'Djamena.
En tant que femme musulmane, cette mère de deux enfants (âgés de 2 et 4 ans) espère qu'elle pourra inciter d'autres Tchadiennes à se lancer en politique - elles ne sont que cinq au gouvernement sur quarante-trois ministres. Si demain tout s'arrête pour elle, elle sait déjà qu'elle s'engagera dans l'humanitaire. Mais pour le moment ses priorités sont ailleurs : constituer son cabinet avant de passer à l'action.

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