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08/02/2013 à 16h:20
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« Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. » Mohamed Ould Abdelaziz, président miraculé, peut aujourd’hui savourer la pertinence de la sentence de Nietzsche. Hospitalisé pendant six semaines en France à la suite d’une blessure par balle, le chef de l’État mauritanien a senti le vent du boulet. Sevrée d’informations par une communication gouvernementale autistique, la rue mauritanienne a spéculé à l’infini sur son état de santé, quand elle ne lui prédisait pas un coup d’État militaire in absentia, à la faveur de cette vacance prolongée du pouvoir.

L’homme a déjoué tous les pronostics. La photo de sa poignée de main avec son homologue français François Hollande sur le perron de l’Élysée, le 20 novembre, a fait taire ceux qui suspectaient les rares photos apparues depuis l’incident, survenu à la mi-octobre, d’avoir été « photoshoper ». Quatre jours plus tard, une foule compacte venait accueillir le survivant à Nouakchott, sans que l’on parvienne à estimer la proportion respective de partisans inconditionnels, de curieux, de citoyens soulagés de voir la vacance du pouvoir prendre fin sans heurt, ou de sceptiques venus s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un sosie. Un bain de foule aux allures d’état de grâce.

Alors qu’il est à peine réinstallé au palais présidentiel, l’évolution de la crise malienne lui donne l’occasion de revenir en force sur le devant de la scène internationale. Courtisé de longue date par la France, qui ne s’est jamais cachée de miser sur lui pour raffermir l’axe Paris-Nouakchott, l’homme apparaît d’autant plus incontournable depuis le lancement de l’opération Serval. Après avoir contesté l’opportunité d’une intervention militaire au Mali – rare point de convergence avec son opposition –, le président mauritanien envisage à présent le soutien de son pays à l’opération, sans toutefois en préciser les contours

Clivage ethno-communautaire

Pour le reste, Aziz n’a pas changé. Avoir tutoyé la Faucheuse et négocié avec elle un report d’échéance n’a en rien modifié son mode de gouvernance. L’enlisement institutionnel reste d’actualité à la suite de l’ajournement, depuis novembre 2011, des élections législatives et municipales. La campagne d’enrôlement censée justifier ce report – encore inachevée, au grand dam de l’opposition – est critiquée par les représentants des Négro-Mauritaniens, qui y voient une manipulation du fichier électoral dans un pays dont le clivage ethno-communautaire fait du moindre recensement un enjeu politique de premier plan. La proposition de gouvernement d’union nationale promue par l’opposition modérée a été déclinée par le président. Et l’épée de Damoclès qui fait des coups d’État militaires le mode traditionnel d’alternance en République islamique de Mauritanie continue d’être suspendue au-dessus d’une population désireuse de tourner définitivement cette page.

D’autres, à l’inverse, considéreront que le verre d’attaya est à moitié plein. Car Abdelaziz le bâtisseur n’a pas chômé depuis son accession au pouvoir, modernisant la capitale et lançant de nombreux chantiers en même temps qu’il envoyait un signal en matière de lutte contre la corruption et l’impunité. Sur le front économique, les indicateurs évoluent favorablement, de l’agriculture au BTP, du secteur minier à la pêche – ce que vient entériner une croissance estimée à 7 % par le FMI pour 2013. Par ailleurs, sous son règne, la Mauritanie s’est clairement libéralisée si on la compare aux années Ould Taya, ce qu’illustre notamment l’ouverture des ondes après cinquante ans de monolithisme étatique.

Reste à l’homme fort de Nouakchott à favoriser l’émergence d’une scène politique moins antagoniste et moins crispée. Et à promouvoir une société réconciliée avec elle-même, aux richesses mieux partagées.

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