Extension Factory Builder

Abd Haq Bengeloune : au bonheur des dames

04/02/2013 à 13:23
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le réseau AfricAngels l'a élu meilleur entrepreneur africain de France. Le réseau AfricAngels l'a élu meilleur entrepreneur africain de France. © Vincent Fournier / J.A.

Ancien ingénieur chez Peugeot, le Sénégalais Abd Haq Bengeloune entend bien révolutionner les cosmétiques pour peaux noires.

La vie d'Abd Haq Bengeloune ressemble un peu aux romans de Gabriel García Márquez ou de son héritier africain, Mia Couto. Il y est beaucoup question de chance, mais aussi d'anges protecteurs. Il y a ainsi un chiffre porte-bonheur, le 9, clé de sa date de naissance - 19.9.1979 - et mois de création de son entreprise de cosmétiques, In'Oya. Et quand nous l'avons rencontré à Paris, l'ingénieur rendait visite aux AfricAngels, un club qui soutient les hommes d'affaires du continent. Des anges qui lui en rappellent inévitablement deux autres : son oncle et M. Faye, son professeur de physique en classe de terminale.

Né d'un père musicien et d'une mère qui n'a pas fait d'études supérieures, Abd Haq Bengeloune doit sa passion des machines à cet oncle industriel qui l'a élevé. M. Faye dit un jour au lycéen ce genre de phrase qui peut changer une vie : « Tu mérites mieux que ça. » À l'époque, le petit Bengeloune est un élève sérieux et appliqué au lycée de Kaolac, petite ville du bassin arachidier, au Sénégal. Fasciné par les cours de M. Faye, Bengeloune se voit déjà l'imiter. Mais l'enseignant lui indique une porte bien plus grande : l'École supérieure polytechnique de Dakar, la meilleure du pays. Trois ans plus tard, Bengeloune est major de sa promo. En master, des élèves arrivent d'autres écoles, et le niveau stagne. L'étudiant n'a pas oublié la phrase du maître : il quitte le Sénégal, un diplôme universitaire de technologie génie mécanique et système automatique en poche, direction l'école d'ingénieurs de Brest.

L'Europe, il connaît déjà, ses parents habitent à Bruxelles. Mais la France et la Bretagne... « Mon premier souvenir, c'est la pluie, tout le temps », se souvient-il. Commence alors ce qu'il appelle « le parcours du combattant de l'étudiant étranger ». « Quand tu arrives, la fac te demande une adresse et un chèque pour t'inscrire. Tu vas voir un bailleur qui te demande un chèque de caution. Alors tu vas à la banque qui te demande... une adresse ! » Cette fois encore, un ange veille. L'université le domicilie sur place et Bengeloune emménage avec son meilleur ami, sénégalais lui aussi. La vie bretonne est douce... Mais le souvenir des tracasseries demeure. Le jeune homme crée l'Association des étudiants sénégalais de Brest pour venir en aide aux étudiants dans la même situation. Généreux, drôle et dynamique, il devient une véritable figure locale.

À l'école, il excelle en « mécatronique », une science qui allie mécanique, électronique et informatique industrielle. Brillant, l'ingénieur de 26 ans est directement embauché en CDI chez PSA Rennes pour développer la robotisation de l'outil industriel qui fabriquera la Peugeot 407. « Là-bas, j'ai eu un déclic, se souvient-il. Je décide de mettre la précision des machines au service de l'homme. » Le jeune homme voit grand. Au bout de deux ans chez PSA, il s'ennuie. Il en parle avec sa chef, qu'il respecte beaucoup, seule femme dans un univers masculin. « Travailler dans un grand groupe, c'est beau sur un CV, mais ça peut devenir un piège, confie-t-il. Quand on est jeune, on veut réinventer le monde et ce n'est pas dans un grand groupe qu'on peut le faire. » Il répond alors à l'offre d'une start-up médicale de trois salariés à Aix-en-Provence, dans le sud de la France. L'entreprise qu'il rejoint dispose d'une machine exceptionnelle : un laser permettant d'effacer les cicatrices. C'est le défi qu'il lui faut.

Un diplôme en biologie par correspondance l'aide à acquérir le langage de la recherche. Pendant trois ans, il absorbe tout. Chef de projet, il apprend à dénicher des fonds, se constitue un carnet d'adresses, parvient à récolter 5 millions d'euros. C'est, pour lui, « la meilleure école de la vie ».

Porté par les anges, Bengeloune avance sans précipitation. Fort d'un bagage de cinq années dans la recherche, il peut désormais atteindre son but : créer sa propre entreprise, In'Oya SAS. « In' » pour innovation et « Oya » en référence à la déesse africaine de la fertilité et de la féminité. L'idée a germé lors d'un voyage au Sénégal, en 2008, où il crée une savonnerie solidaire. C'est là-bas qu'il entend parler pour la première fois de dépigmentation. Exaspérées par des soins inefficaces contre les tâches, certaines femmes s'en remettent à des produits agressifs à base de corticoïdes et d'hydroquinone. Et s'il existait une molécule spécifique pour les peaux noires ?

Bengeloune connaît les chercheurs, le système des brevets, la collecte de fonds. La molécule est trouvée et testée par des laboratoires indépendants. Sa gamme de produits sera commercialisée en mars en région parisienne. Humble, l'ingénieur remercie le modèle français et son système de subventions. « Le rêve français existe. Je suis parti de rien et j'ai réussi à force de travail. » Ingénieur de ces dames, Bengeloune a conçu In'Oya en pensant à sa mère et à sa soeur. Aujourd'hui, il veut offrir à la femme noire autre chose qu'un produit standard dans un packaging ethnique. « Mon rêve, dit-il dans un grand sourire, est de créer la molécule qui fera mieux pousser les cheveux crépus. »

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Sénégal

Pour les 70 ans du massacre de Thiaroye, le Cran intente deux actions contre l'État français

Pour les 70 ans du massacre de Thiaroye, le Cran intente deux actions contre l'État français

Une association française, le Conseil représentatif des associations noires (Cran), a annoncé jeudi avoir intenté deux actions en justice contre l'État français. Elle souhaite notamment [...]

Francophonie - Sénégal : retour à la case Dakar

Un quart de siècle après avoir été l'hôte du 3e sommet de la Francophonie, la capitale sénégalaise s'apprête à accueillir sa quinzième édition.[...]

Ebola : chaque jour qui passe effrite l'espoir, dans quelle langue faut-il le dire ?

Une vingtaine d'artistes ouest-africains de renom se sont réunis pour interpeller les chefs d'État francophones sur la catastrophe que représente Ebola. Ils publient leur lettre ouverte dans Jeune Afrique.[...]

Sénégal : Abdoulaye Wade décline l'invitation de Macky Sall au sommet de la Francophonie

Dans un courrier adressé à Macky Sall, dont "Jeune Afrique" révèle en exclusivité la teneur, Abdoulaye Wade décline l'invitation de son successeur au sommet de la Francophonie[...]

Sénégal : questions sur le débarquement d'Alioune Ndao

Figure emblématique de la lutte contre l'enrichissement illicite, le procureur spécial a été remplacé au pied levé le 11 novembre. Sans explication.[...]

CAN 2015 : Sénégal, Afrique du Sud, Cameroun, Zambie, Burkina et Gabon qualifiés

Le Sénégal d'Alain Giresse, l'Afrique du Sud, le Cameroun, la Zambie, le Burkina Faso et le Gabon se sont qualifiés samedi pour la CAN 2015, lors de l'avant-dernière journée des [...]

Afrique francophone : et les meilleures business schools en 2014 sont...

Engagées dans une course à la reconnaissance, les écoles de commerce s'internationalisent et se diversifient. Jeune Afrique a passé au crible les établissements d'Afrique francophone,[...]

Sénégal - Procès Karim Wade : le procureur spécial Alioune Ndao limogé

Alors que le procès de Karim Wade pour enrichissement illicite est en cours depuis trois mois et demi, le procureur spécial Alioune Ndao, qui portait l'accusation depuis deux ans, a été brutalement[...]

Nouvelle découverte de pétrole au large du Sénégal

Cairn Energy a annoncé une deuxième découverte de pétrole au large des côtes du Sénégal. Les réserves récupérables de ce puits sont estimées à 150[...]

Livres - Sénégal : Abdou vu par Diouf

L'ancien président sénégalais et "fils politique" de Léopold Sédar Senghor, sur le point de rendre son siège à la tête de l'Organisation internationale de la[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces