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14/01/2013 à 16:06
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Ce que la France de François Hollande ne veut surtout plus faire en Afrique - « défendre un régime », selon les mots du président socialiste -, l'Afrique du Sud de Jacob Zuma le fait, sans états d'âme. L'envoi, il y a quelques jours, d'un contingent de quatre cents hommes à Bangui, dont la feuille de mission est clairement de protéger le chef de l'État François Bozizé et de sécuriser sa capitale, marque à cet égard un précédent dont il faudra désormais tenir compte. L'Afrique du Sud se sent fondée à intervenir unilatéralement et où bon lui semble dans ce qu'elle considère comme son pré carré élargi, sans avoir à s'en expliquer et avec la légitimité que lui confère son statut de puissance africaine. Ce que Thabo Mbeki avait été tenté de réaliser en Côte d'Ivoire avant d'y renoncer, tant l'opération de sauvetage du soldat Gbagbo paraissait risquée, son successeur n'éprouve donc aucune gêne à se l'approprier sur un théâtre il est vrai moins complexe. Et que Paris ne s'avise pas de lui en faire le reproche : son label d'ex-colonisateur lui sera illico renvoyé au visage.

Ne soyons pas naïfs. Le pays de Jacob Zuma agit aussi en fonction de ses intérêts. En l'occurrence, l'uranium, l'or et les probabilités pétrolières de la Centrafrique sont loin de laisser indifférents les hommes d'affaires sud-africains, lesquels ne sont ni plus ni moins prédateurs que les Français, les Canadiens, les Chinois ou les autres. Mais ce néo-interventionnisme s'appuie aussi sur une vision à la fois nationaliste et panafricaniste de la politique étrangère, très ancrée au sein de l'ANC. Vue de Pretoria, l'Afrique francophone est encore largement un territoire à décoloniser, et tout chef d'État en délicatesse avec la France est quasiment assuré d'y trouver des oreilles attentives. Même s'il ne l'applique pas chez lui, la conception restrictive qu'a Jacob Zuma de la démocratie importée d'Occident, contraire selon lui aux valeurs traditionnelles, rejoint ainsi celle de la plupart de ses pairs africains rétifs aux diktats venus du Nord. En concluant en 2007 un accord militaire avec Bangui, le ministre sud-africain de la Défense de l'époque, Patrick « Terror » Lekota, avait confié que, contrairement à la France, l'Afrique du Sud était un « pays frère », donc sûr. Une douzaine de spécialistes avaient suivi, chargés de reconfigurer la sécurité rapprochée de François Bozizé. Et quand ce dernier s'est tourné vers Jacob Zuma pour qu'il lui envoie des troupes, auxquelles il fait manifestement plus confiance qu'à celles de ses voisins d'Afrique centrale (sans parler des six cents Français, venus en simples observateurs de sa chute annoncée), le « frère » a aussitôt dit oui.

Qu'on se le dise, donc, dans les palais : Jacob Zuma est un ami sur lequel on peut compter. Sans doute est-ce là une part importante du message que Pretoria a voulu délivrer en envoyant ses boys sur les rives de l'Oubangui. Et sans doute peut-on faire confiance à son ex-épouse, Nkosazana Dlamini-Zuma, dont l'allergie à l'égard de la CPI est notoire, pour le relayer sur les cimes de l'Union africaine. Depuis la chute de Kaddafi, le syndicat des chefs d'État menacés de disparition se cherchait un parrain, ou à tout le moins un « tonton » compréhensif. Il l'a trouvé, en plus fiable et nettement plus présentable. 

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