Destitué à la fin de 2012, l'ancien Premier ministre de São Tomé e Príncipe, Patrice Trovoada, a perdu la première manche du bras de fer qui l'oppose au chef de l'État.
Renversé le 29 novembre 2012 par une motion de censure, l'ancien Premier ministre et leader de l'Action démocratique indépendante (ADI) demande la tenue d'élections législatives anticipées et en appelle à la communauté internationale. De passage à Paris, fin décembre, il s'est confié à Jeune Afrique.
Jeune Afrique : Votre bras de fer avec le président Manuel Pinto da Costa s'est terminé par la chute de votre gouvernement. Comment l'expliquez-vous ?
Patrice Trovoada : Il y a eu un coup d'État parlementaire ! Mon gouvernement a été déchu par un groupe de députés de l'opposition avec l'appui du président. Or notre Constitution est claire : seul le parti qui a remporté les élections peut gouverner. C'était le cas de l'ADI. Aujourd'hui, il y a un gouvernement qui a été mis en place par le président après une motion de censure subterfuge présentée sans que les députés de la majorité soient présents.
Qu'allez-vous faire ?
Je condamne ce qui est arrivé, mais je pense que l'Afrique ne doit pas sombrer dans la violence. C'est pourquoi je compte utiliser tous les moyens légaux et tous les moyens de pression, internes et externes, pour obtenir la tenue d'élections anticipées, qui rétabliront la normalité constitutionnelle. De toute façon, l'Assemblée nationale ne fonctionne plus. C'est, en soi, une raison suffisante pour la dissoudre et organiser un nouveau scrutin.
Sur quels soutiens comptez-vous ?
Mon gouvernement a mené beaucoup de réformes en deux ans et demi. Ses résultats ont été salués par la Banque mondiale, l'Union européenne, Transparency International, la Fondation Mo Ibrahim. La communauté internationale, qui finance 93 % du budget d'investissement de São Tomé e Príncipe, doit exiger que la parole soit redonnée au peuple en vue de reprendre le processus démocratique.
N'êtes-vous pas très isolé ?
Non, parce que ma légitimité vient du peuple et que le peuple est avec moi. Je me sens surtout investi d'une responsabilité, car il ne s'agit pas d'un combat personnel, mais d'un projet collectif. Nous avions un programme qui a été interrompu de façon arbitraire par des individus qui n'ont rien à proposer. Le président doit comprendre que je ne remets pas son mandat en question, mais que son comportement est anticonstitutionnel. Il n'a pas été un arbitre, mais un joueur en faveur d'un camp. Dans les mois à venir, nous aurons des élections locales. Il doit en profiter pour organiser des législatives.
Mon gouvernement était parvenu à mener à bien beaucoup de réformes.
Patrice Trovoada, ancien Premier ministre de Sao Tomé e Principe
Une cohabitation avec Manuel Pinto da Costa pouvait-elle être pacifique ?
Encore une fois, nous devons dépasser le niveau personnel. Il est vrai qu'en 1979, alors qu'il était le chef de l'État sous le régime du parti unique, Pinto da Costa avait fait emprisonner son Premier ministre, mon père, Miguel Trovoada, pendant près de deux ans. Mais, en 1991, c'est bien lui, Miguel Trovoada, qui est devenu le premier président démocratiquement élu de notre pays et, pendant vingt ans, Pinto da Costa a perdu toutes les élections présidentielles, que ce soit face à mon père ou face à un candidat soutenu par lui. Et je ne vois pas pourquoi aujourd'hui, alors que j'ai été élu de façon démocratique, je devrais faire les frais des querelles du passé. Le cadre légal est ce qu'il est. Le Premier ministre dirige le Conseil des ministres, nomme les plus hautes autorités civiles et militaires, les ambassadeurs, le procureur général de la République, etc. Le problème, c'est que les « rois » ne sont pas habitués à respecter la Constitution.
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Propos recueillis par Tshitenge Lubabu M.K. (@Tshitenge Lubabu)

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