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13/12/2012 à 15:07
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Susan Rice, ambassadrice des États-Unis auprès de l'ONU. Susan Rice, ambassadrice des États-Unis auprès de l'ONU. © Sipa

Elle n'a aucun lien de parenté avec Condoleezza, mais, à son exemple, avait les meilleures chances d'accéder au secrétariat d'État. L'hostilité des républicains a tout fait capoter.

Mis à jour le 14 décembre à 09h34.

Ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, Susan Rice (48 ans) avait été pressentie pour devenir la prochaine secrétaire d'État du président Obama, en remplacement de Hillary Clinton. Mais ses chances ont été compromises par les cafouillages de l'administration concernant l'attaque du consulat américain de Benghazi, en Libye, le 11 septembre. Selon le journal Washington Post, elle a appelé le président Obama, dans la matinée du 13 décembre, pour lui annoncer qu'elle renonçait à se présenter au poste. Cette diplomate chevronnée aura-t-elle donc gravi tous les échelons, sauf le dernier ?

Rappel des faits. Dans les jours qui suivirent l'attaque (qui coûta la vie à l'ambassadeur Christopher Stevens), la Maison Blanche privilégia la thèse de la manifestation spontanée ayant dégénéré, alors qu'il s'agissait d'une attaque terroriste. Les zones d'ombre qui entourent ce dramatique épisode, qui, on s'en souvient, donna lieu à une passe d'armes mémorable entre Mitt Romney et Barack Obama lors du deuxième débat de la campagne présidentielle, ne sont d'ailleurs pas toutes dissipées. Elles devraient l'être lorsque la commission d'enquête du Congrès (celle qui a entendu le général David Petraeus, l'ex-directeur de la CIA démissionnaire pour cause d'affaire extraconjugale) rendra ses conclusions.

Le 16 septembre, Clinton ayant décliné les invitations pour cause d'agenda surchargé, Rice est envoyée sur les plateaux des sacro-saints talk-shows du dimanche matin pour donner la version de l'administration. Les mauvaises langues suggèrent que la secrétaire d'État, sentant venir le coup fourré, se serait prudemment défaussée... Quoi qu'il en soit, Rice ne fait que reprendre les « éléments de langage » préparés par les agences de renseignements. Pourtant, quelques jours plus tard, les républicains demandent sa tête. Ils jurent aujourd'hui qu'ils s'opposeront à sa nomination au secrétariat d'État lors de son audition devant le Congrès. Quatre-vingt-dix-sept représentants républicains ont joint le geste à la parole en envoyant à Obama une lettre dans laquelle ils estiment que Rice a trompé le pays. Le plus virulent d'entre eux se nomme John McCain. L'ancien candidat à la présidentielle a-t-il voulu faire payer à Rice ses féroces critiques de 2008 ? Même s'il a récemment mis un peu d'eau dans son vin, McCain reste convaincu que Rice n'est « pas suffisamment qualifiée pour le poste ». Or rien n'est moins sûr. Diplômée de Stanford et d'Oxford (Angleterre), elle semble au contraire toute désignée pour prendre la tête de la diplomatie américaine.

Contrairement à l'autre Rice, qui fut secrétaire d'État de George W. Bush et première Noire à occuper ce poste, Susan, qui a de lointaines origines jamaïcaines, est une enfant du sérail.

Car, contrairement à l'autre Rice, qui fut secrétaire d'État de George W. Bush et première Noire à occuper ce poste, Susan, qui a de lointaines origines jamaïcaines, est une enfant du sérail. Ancien gouverneur de la Réserve fédérale, Emmett John, son père, décédé l'an dernier, était une figure du tout-Washington, ami proche de Madeleine Albright, la secrétaire d'État de Bill Clinton, que, très tôt, la jeune Susan fut amenée à côtoyer.

Irréprochable

En 1992, à 28 ans, cette dernière entre ainsi au Conseil de sécurité nationale, qui dépend directement du président. De 1993 à 1995, elle est directrice des organisations internationales et du maintien de la paix au département d'État, puis, de 1997 à 2001, sous-secrétaire chargée des Affaires africaines. Après l'élection d'Obama, elle accède au poste prestigieux d'ambassadrice auprès des Nations unies. De l'aveu de beaucoup, Rice a fait du bon travail. « Irréprochable » même, à en croire Dianne Feinstein, la présidente démocrate de la Commission du renseignement du Sénat, qui l'a défendue contre les assauts, trop virulents pour être honnêtes, des républicains.

Négociatrice acharnée, cette femme élégante, qui vit à Washington avec son mari, producteur sur la chaîne de télévision ABC, et ses deux enfants, a notamment obtenu l'adoption de résolutions imposant de sévères sanctions à l'Iran et à la Corée du Nord. Mais elle est aussi connue pour son style sans fioritures, qui détonne dans l'univers feutré de la diplomatie. Après un veto sino-russe à une résolution sur la Syrie, madame l'ambassadrice n'a par exemple pas hésité à tweeter : « Vraiment dégoûtée que la Russie et la Chine aient empêché le Conseil de sécurité de remplir la seule mission qui est la sienne. »

Cette africaniste a été traumatisée par le génocide de 1994 au Rwanda et l'inaction de l'administration Clinton.

Traumatisée par le génocide de 1994 au Rwanda et l'inaction de l'administration Clinton à laquelle, on l'a vu, elle appartenait déjà, cette africaniste (son père contribua à la mise en place du système bancaire nigérian dans les années 1960) s'est en effet juré de tout faire pour éviter qu'une telle tragédie puisse se reproduire. De concert avec Hillary Clinton, elle a notamment convaincu Obama de soutenir l'intervention de l'Otan en Libye.

Rice a souvent eu maille à partir avec Omar el-Béchir, le président du Soudan, que la Cour pénale internationale accuse de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis au Darfour. De même, son inimitié à l'égard de Scott Gration, ancien envoyé spécial d'Obama au Soudan et ancien ambassadeur au Kenya (il a démissionné en juin 2012), était de notoriété publique. Elle est en revanche très proche du président rwandais Paul Kagamé, ce qui expliquerait que les États-Unis aient récemment édulcoré une résolution onusienne condamnant l'avancée du M23 en RD Congo, que Kigali est fortement soupçonné de soutenir.

Le Missouri avant la Syrie

Les États-Unis sont à reconstruire, le monde attendra. C'est, en simplifiant à peine, l'état d'esprit de Barack Obama à l'aube de son second mandat. On a suffisamment critiqué l'interventionnisme et le militarisme délirants d'un George W. Bush pour le déplorer. Mais il faut le savoir : du Moyen-Orient à la mer de Chine méridionale en passant par la zone euro - sans parler des soubresauts qui ne manqueront pas de se produire, ici ou là -, les États-Unis tiendront leur rang, sans plus, et ne s'engageront en force que si leurs intérêts vitaux sont menacés. Jusqu'en 2014, les troupes américaines vont donc progressivement se retirer d'Afghanistan. Et, jusqu'en 2016, l'administration Obama croisera les doigts pour qu'une crise internationale majeure ne vienne pas contrarier l'effort de redressement intérieur en cours. Les priorités, désormais ? La réforme du système éducatif, l'immigration, la réfection du réseau routier et la mise en place d'un réseau internet véritablement haut débit. Comment dit-on « la Corrèze avant le Zambèze » en américain ?

Jean-Michel Aubriet

Comme presque toute la classe politique américaine, elle est très pro-israélienne. Le 29 novembre aux Nations unies, après que 138 pays eurent octroyé à la Palestine le statut d'État observateur non membre, Rice, oeil noir et mâchoires serrées, a douché l'euphorie générale. « Après les grandes déclarations d'aujourd'hui, les Palestiniens vont se réveiller demain en voyant que rien n'a changé sur le terrain. » Il n'est même pas sûr - mais pas exclu non plus - que cette déclaration ait eu pour objectif de désamorcer l'hostilité des républicains à son égard.

Basket-ball

Le principal atout de Susan Rice - et c'est précisément ce que les républicains ne lui pardonnent pas -, c'était sa proximité avec Obama. Leur relation s'est nouée au tout début de la campagne présidentielle victorieuse de 2008. Elle n'a depuis cessé de se renforcer, notamment sur... les terrains de basket, où la jeune femme, nul ne s'en étonnera, est une joueuse très accrocheuse. Il a pu arriver dans le passé que Hillary Clinton en prenne ombrage...

« Susan Rice est extraordinaire, a déclaré Obama lors de sa première conférence de presse après sa réélection. Et ceux qui lui cherchent des noises devraient plutôt s'en prendre à moi. » Mais quelles solutions de rechange a-t-il ? Thomas E. Donilon, son conseiller pour la sécurité nationale ? Pas assez connu du grand public. John Kerry, le sénateur du Massachusetts ? Sa désignation au département d'État présenterait l'inconvénient d'entraîner un nouveau scrutin pour élire son successeur.

Après avoir gardé le silence pendant deux mois, Rice a fini par rappeler que, dans sa déclaration sur Benghazi, elle n'avait fait que reprendre les « éléments de langage » fournis par la CIA et le FBI. Laquelle des deux centrales a fait disparaître la mention d'Al-Qaïda ? L'une et l'autre se renvoient aujourd'hui la balle. Le 27 novembre, l'ambassadrice a rencontré à huis clos McCain et ses tourmenteurs républicains. Lesquels n'ont manifestement pas été impressionnés par ses arguments.

Certains en sont donc venus à se demander si, face à un tel mur d'intransigeance, Obama n'avait pas intérêt à lâcher Rice et à nommer Kerry à sa place - lui au moins est assuré d'être confirmé par le Sénat. Un échange qui permettra peut-être au président de relancer les capitales négociations budgétaires en cours avec les républicains. On sait que celles-ci doivent impérativement aboutir à un accord avant le 31 décembre. Or elles sont actuellement au point mort... Quoi qu'il en soit, pour Susan Rice, la pilule sera très dure à avaler.

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