Extension Factory Builder
23/11/2012 à 18:02
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Alain Mabanckou est un écrivain franco-congolais.

Jean Désy, écrivain canadien, est sans doute un des derniers poètes à « conquérir » les espaces froids. Certes, il connaît bien le Grand Nord québécois, où il pratique la médecine depuis des années. En 1990, il s'est retrouvé à Puvirnituq, village situé dans le nord du Québec, où il a constaté que le corps et l'esprit pouvaient « être en harmonie ». Mais c'est surtout chez les Inuits que son écriture a été bouleversée. Dans une atmosphère glaciale, la poésie apparaît sous son visage primordial. Jean Désy le souligne dans son prologue :

« C'est grâce à la norditude que je parvins à trouver l'expression de l'amalgame ressenti si intensément entre mon âme et l'Âme du monde. »

Cette fascination crée un pacte que l'auteur exprime en ces termes :

« Je resterai toute ma vie un amoureux du Nord, fou de ces lieux où les froids sont tragiques et les cieux gigantesques. »

Entre quêtes, invocations et errances dans les bois, c'est non seulement le chemin du retour aux sources que l'auteur recherche, mais surtout le lieu exact où naît la vie, ce lieu qu'on oppose souvent au Sud :

« Me voici / voyageur obstiné / ne trouvant le repos qu'en présence du péril / disposé entre les pierres chutées par milliards / dans la toundra. »

Dans ces invocations, le poète nous rappelle que marcher dans l'hiver, c'est aller à la rencontre de la liberté, et chaque truite pêchée dans la glace est le gage de notre indépendance. C'est aussi un recueil qui est porté par une langue singulière, aussi tranchante que cette glace que le poète loue de poème en poème :

« Sois morceau de glaciel brin de neige et bouscueil / chaque fois que l'hivernie te gagne. »

Dans un paysage aussi rude et immaculé, la grande crainte de l'errant est la solitude. Cela n'effraie pas pour autant le poète, qui prend pour bouclier l'amour :

« Si la solitude s'approche trop près de ta poitrine / ne lui tords pas le cou / serre-la plutôt contre toi comme si tu l'aimais. »

C'est aussi l'occasion de faire l'inventaire de la flore et de la faune. Jean Désy ne s'en prive pas, désignant chaque essence avec une précision de botaniste. On rencontre ainsi des sapins du Nord, des mélèzes, des épinettes blanches ayant traversé des siècles, des perdrix roucoulantes, des bouleaux blancs, des pins gris tordus ou encore les thuyas sacrés des îles secrètes d'Abitibi, territoire « aux cent mille lacs ».

Chez les ours est accompagné de photographies de la Québécoise Isabelle Duval, ce qui renforce encore plus cette proximité que ressent le lecteur en entrant dans l'univers de Jean Désy. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Le Maroc et la France rétablissent leur coopération judiciaire et antiterroriste

Le Maroc et la France rétablissent leur coopération judiciaire et antiterroriste

La France et le Maroc ont décidé samedi de "tourner la page" de près d'un an de brouille diplomatique, en rétablissant leur coopération judiciaire et anti-jihadiste, un réchauffe[...]

France-Maroc : Rabat appelle à tourner la page de la crise diplomatique

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, a appelé samedi à tourner la page de la crise diplomatique entre son pays et la France, confirmant un plein rétablissement de[...]

Chine : la "chasse aux renards" est ouverte

Les autorités ont entrepris de pourchasser jusqu'en Europe ou en Afrique les responsables politiques et économiques convaincus de corruption. Une traque difficile ? Oui, mais extrêmement fructueuse.[...]

Cambodge : le docteur-la-mort, l'aiguille et le sida

Comment plus deux cents villageois de la province de Battambang ont-ils été contaminés par le virus du sida ? Un étrange médecin est dans le collimateur des enquêteurs.[...]

Les sons de la semaine #27 : Moh! Kouyaté, Gradur, J. Martins et Youssou Ndour

Bienvenue dans notre horizon musical de la semaine ![...]

Turquie : misogynes, les islamo-conservateurs de l'AKP ?

La propension des islamo-conservateurs de l'AKP à imposer aux femmes la manière dont elles doivent se comporter ou s'habiller indispose la fraction la plus jeune et citadine de la population. D'autant que les[...]

Mohamedou Ould Slahi : je vous écris de Guantánamo

On l'a pris, à tort, pour un gros bonnet d'Al-Qaïda. Kidnappé dans sa Mauritanie natale, puis remis aux Américains, Mohamedou Ould Slahi croupit depuis 2002 dans la sinistre base cubaine. Dans un[...]

2015, l'année des changements

L'année 2015 est encore dans son premier mois : où nous mène-t-elle ? Quelle direction prend notre monde et dans quel sens se déplace son centre de gravité ? Je me suis posé ces[...]

Peine de mort aux États-Unis : trois questions soulevées par l'exécution de Warren Hill

Un prisonnier africain-américain a été exécuté aux États-Unis mardi 27 janvier. Cet homme, condamné pour meurtre, aurait pu être gracié en raison de son handicap [...]

Livres - Gaston-Paul Effa : "La France est frappée d'amnésie"

L’écrivain franco-camerounais Gaston-Paul Effa restitue, dans "Rendez-vous avec l’heure qui blesse", le destin de Raphaël Élizé, un Martiniquais déporté au camp de [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers