Extension Factory Builder

Michel Foucher : "Obama met le cap sur l'Asie-Pacifique"

16/11/2012 à 17:23
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Michel Foucher, directeur de la recherche à l'Institut des hautes études de la défense nationale. Michel Foucher, directeur de la recherche à l'Institut des hautes études de la défense nationale. © Vincent Fournier / J.A

Directeur de la formation, des études et de la recherche à l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) à Paris, Michel Foucher est diplomate et géographe. Il est notamment l'auteur de L'Obsession des frontières (éd. Perrin, 2007, réédité en 2012) et de La Bataille des cartes (éd. François Bourin, 2011).

Jeune Afrique : Quel bilan peut-on tirer du premier mandat de Barack Obama en matière de politique étrangère ?

Michel Foucher : Son mandat suivait les huit années de présidence de George W. Bush, qui s'était lancé dans des expéditions militaires désastreuses. Obama a désengagé les troupes d'Irak et parachève leur retrait d'Afghanistan. Il a mis fin à ce que certains ont appelé les « distractions moyen-orientales » pour se consacrer aux zones qui présentent un intérêt plus direct pour les États-Unis, comme l'Asie-Pacifique.

Ensuite, la politique de la main tendue à l'Iran n'a pas donné de résultats, pas plus que les pressions sur Israël. Il a aussi - et c'est un élément majeur - engagé son pays sur la voie d'une réduction très nette de sa dépendance pétrolière à l'égard de la région du Golfe. Contrairement à Hillary Clinton, Obama a peu voyagé. Il a fait la moitié de ses 47 déplacements à l'étranger la première année de son mandat. La politique étrangère n'est pas sa priorité.

Ce second mandat va-t-il lui donner une plus grande marge de manoeuvre ?

Oui, dans la mesure où il y a une continuité. Grâce à sa réélection, les États-Unis gagnent un an et demi, le temps d'adaptation qui aurait été nécessaire à une nouvelle administration. D'autre part, la crédibilité et la popularité d'Obama sont renforcées. Le fait qu'il s'installe dans une cohabitation, la Chambre des représentants ne lui étant pas favorable, ne pose pas trop de problèmes en matière de politique étrangère car il a le Sénat avec lui. En revanche, la marge de manoeuvre d'un président américain est plus limitée qu'autrefois : il doit composer avec d'autres pays. L'avantage d'Obama, c'est qu'il sait que le reste du monde existe, que l'Amérique est interdépendante, ce qui n'était pas le cas de Romney. Il referme la parenthèse de l'ère Bush au Moyen-Orient, et met l'accent sur le Pacifique.

Il doit maintenant redéfinir une politique avec les nouveaux dirigeants chinois.

Pourquoi cette zone redevient-elle une priorité dans la diplomatie américaine ?

Les États-Unis y sont actifs depuis la fin du XIXe siècle, il n'y a là rien de nouveau. Ils ont signé des accords de défense avec une dizaine de pays et mené plus de guerres dans cette région que sur le continent européen. Disons qu'après une parenthèse « moyen-orientale » les Américains retournent à leurs fondamentaux, à la fois en termes d'intérêts économiques, de sécurité des voies maritimes, mais aussi de rapports à la Chine. Depuis quelques mois, on était dans une logique d'accentuation de la présence militaire américaine. Les États-Unis ont trouvé avec la Chine un rival à leur mesure. Et ils en ont probablement besoin pour exister et renforcer leur leadership. Mais en raison de l'importance des intérêts économiques, Washington doit maintenant redéfinir une politique avec les nouveaux dirigeants chinois.

Obama peut-il prendre une initiative dans le conflit israélo-palestinien ?

Personne n'a de prise sur ce dossier, pas même le président des États-Unis. Surtout, la dégradation de la relation personnelle entre Obama et Netanyahou n'aidera pas à apaiser les tensions. Le Premier ministre israélien a fait le mauvais choix pendant la campagne américaine en misant sur Romney. Ses opposants, Ehoud Olmert et Tzipi Livni, l'attaqueront probablement sur ce thème lors des élections législatives de janvier. Israël redoute que les Américains n'exercent une plus forte pression sur eux au sujet de la colonisation. Et puis la Palestine va revenir à la charge pour obtenir un statut d'observateur à l'ONU. Cependant, des convergences sont possibles, notamment sur la Syrie, où Obama veut aider à structurer une opposition crédible et respectable. Après s'être longtemps accommodés de Bachar al-Assad, les Israéliens ont finalement conclu qu'il est aussi de leur intérêt qu'il tombe pour priver l'Iran d'un allié.

___

Propos recueillis par Marie Villacèque

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Angelina Jolie va diriger un film sur la lutte contre le trafic d'ivoire

Angelina Jolie va diriger un film sur la lutte contre le trafic d'ivoire

Angelina Jolie va diriger une "épopée" sur le paléo-archéologue kényan Richard Leakey et sa lutte contre le trafic d'ivoire, a indiqué vendredi la maison de production Skydance[...]

France : Nicolas Sarkozy annonce son retour et brigue la présidence de l'UMP

Vendredi, l'ancien président français a annoncé son retour dans la vie politique, via un texte publié sur Facebook et Twitter. Dans la posture du sauveur, Nicolas Sarkozy indique son intention de [...]

Union européenne : une Lady Pesc chasse l'autre

C'est l'Italienne Federica Mogherini qui, à partir du 1er novembre, dirigera la politique étrangère et de sécurité commune en lieu et place de la Britannique Catherine Ashton.[...]

Argentine : des narcos à la Casa Rosada

Pourquoi des trafiquants de drogue appelaient-ils périodiquement au téléphone le siège de la présidence argentine ? La police a mis en évidence des complicités au plus au[...]

Quand un vent d'Afrique souffle sur la robe traditionnelle bavaroise

Deux créatrices d'origine camerounaise installées en Allemagne se taillent un beau succès en réinventant à partir de flamboyants tissus africains la robe traditionnelle bavaroise, la[...]

Les sons de la semaine #14 : Mashrou' Leila, Sabza, Akale Wube...

Bienvenue dans notre tour d'horizon musicale hebdomadaire avec Mshrou' Leila, Sabza et Akale Wube ![...]

Écosse : Cameron appelle au "rassemblement" après le non à l'indépendance

Le Premier ministre britannique David Cameron a appelé vendredi matin le Royaume-Uni à se "rassembler" après la victoire du non, qu'il avait lui-même soutenu, au référendum[...]

Justice : Tournaire, Sarkozy, Bolloré et... la Côte d'Ivoire

Serge Tournaire l'Africain ? Le juge français qui enquête sur un financement présumé de Sarkozy par Kadhafi pour la campagne présidentielle de 2007 s'intéresse de plus en plus au continent.[...]

Francophonie : Buyoya au Canada, grata ou non grata ?

Invité au Canada, le candidat burundais à la succession d'Abdou Diouf à la tête de la Francophonie, Pierre Buyoya, va essayer de prouver qu'il n'est pas interdit de séjour dans ce pays pour cause[...]

À Paris, deux expositions réconcilient la France et le Maroc

Deux grandes expositions sont programmées au Louvre et à l'Institut du monde arabe sur le Maroc à partir de la mi-octobre. Rabat et Paris se reconnectent loin de la brouille diplomatique.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex