Michel Foucher, directeur de la recherche à l'Institut des hautes études de la défense nationale.
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Directeur de la formation, des études et de la recherche à l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) à Paris, Michel Foucher est diplomate et géographe. Il est notamment l'auteur de L'Obsession des frontières (éd. Perrin, 2007, réédité en 2012) et de La Bataille des cartes (éd. François Bourin, 2011).
Jeune Afrique : Quel bilan peut-on tirer du premier mandat de Barack Obama en matière de politique étrangère ?
Michel Foucher : Son mandat suivait les huit années de présidence de George W. Bush, qui s'était lancé dans des expéditions militaires désastreuses. Obama a désengagé les troupes d'Irak et parachève leur retrait d'Afghanistan. Il a mis fin à ce que certains ont appelé les « distractions moyen-orientales » pour se consacrer aux zones qui présentent un intérêt plus direct pour les États-Unis, comme l'Asie-Pacifique.
Ensuite, la politique de la main tendue à l'Iran n'a pas donné de résultats, pas plus que les pressions sur Israël. Il a aussi - et c'est un élément majeur - engagé son pays sur la voie d'une réduction très nette de sa dépendance pétrolière à l'égard de la région du Golfe. Contrairement à Hillary Clinton, Obama a peu voyagé. Il a fait la moitié de ses 47 déplacements à l'étranger la première année de son mandat. La politique étrangère n'est pas sa priorité.
Ce second mandat va-t-il lui donner une plus grande marge de manoeuvre ?
Oui, dans la mesure où il y a une continuité. Grâce à sa réélection, les États-Unis gagnent un an et demi, le temps d'adaptation qui aurait été nécessaire à une nouvelle administration. D'autre part, la crédibilité et la popularité d'Obama sont renforcées. Le fait qu'il s'installe dans une cohabitation, la Chambre des représentants ne lui étant pas favorable, ne pose pas trop de problèmes en matière de politique étrangère car il a le Sénat avec lui. En revanche, la marge de manoeuvre d'un président américain est plus limitée qu'autrefois : il doit composer avec d'autres pays. L'avantage d'Obama, c'est qu'il sait que le reste du monde existe, que l'Amérique est interdépendante, ce qui n'était pas le cas de Romney. Il referme la parenthèse de l'ère Bush au Moyen-Orient, et met l'accent sur le Pacifique.
Il doit maintenant redéfinir une politique avec les nouveaux dirigeants chinois.
Pourquoi cette zone redevient-elle une priorité dans la diplomatie américaine ?
Les États-Unis y sont actifs depuis la fin du XIXe siècle, il n'y a là rien de nouveau. Ils ont signé des accords de défense avec une dizaine de pays et mené plus de guerres dans cette région que sur le continent européen. Disons qu'après une parenthèse « moyen-orientale » les Américains retournent à leurs fondamentaux, à la fois en termes d'intérêts économiques, de sécurité des voies maritimes, mais aussi de rapports à la Chine. Depuis quelques mois, on était dans une logique d'accentuation de la présence militaire américaine. Les États-Unis ont trouvé avec la Chine un rival à leur mesure. Et ils en ont probablement besoin pour exister et renforcer leur leadership. Mais en raison de l'importance des intérêts économiques, Washington doit maintenant redéfinir une politique avec les nouveaux dirigeants chinois.
Obama peut-il prendre une initiative dans le conflit israélo-palestinien ?
Personne n'a de prise sur ce dossier, pas même le président des États-Unis. Surtout, la dégradation de la relation personnelle entre Obama et Netanyahou n'aidera pas à apaiser les tensions. Le Premier ministre israélien a fait le mauvais choix pendant la campagne américaine en misant sur Romney. Ses opposants, Ehoud Olmert et Tzipi Livni, l'attaqueront probablement sur ce thème lors des élections législatives de janvier. Israël redoute que les Américains n'exercent une plus forte pression sur eux au sujet de la colonisation. Et puis la Palestine va revenir à la charge pour obtenir un statut d'observateur à l'ONU. Cependant, des convergences sont possibles, notamment sur la Syrie, où Obama veut aider à structurer une opposition crédible et respectable. Après s'être longtemps accommodés de Bachar al-Assad, les Israéliens ont finalement conclu qu'il est aussi de leur intérêt qu'il tombe pour priver l'Iran d'un allié.
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Propos recueillis par Marie Villacèque

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