Extension Factory Builder
12/11/2012 à 11:35
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Les chefs d'État africains tancés par François Hollande à Kinshasa, menacés pour certains de poursuites judiciaires en France et régulièrement vilipendés dans la presse hexagonale ne sont pas des naïfs. Ils savent très bien pourquoi le président français, quinze jours après leur avoir servi la leçon, s'en est allé en Arabie saoudite soutenir le bras d'un souverain cacochyme dont le pays, côté libertés et droits humains, ferait presque passer les leurs pour des modèles de démocratie. On ne froisse pas impunément le premier producteur mondial de pétrole, ni les acheteurs potentiels d'Airbus, de Rafale et de missiles Thales, encore moins les détenteurs de fonds souverains en mesure de contribuer au redressement productif cher à Arnaud Montebourg. Alors que l'on peut encore, sans dégâts collatéraux, soulager sa conscience en jugeant « tout à fait inacceptables » les réalités congolaises. Dans le monde d'aujourd'hui, tout est rapport de forces, et de ce côté-là nos chefs africains ne jouent pas dans la même cour que les émirs du Golfe, d'autant qu'ils ont souvent bien des choses à se reprocher.

Mais tout de même : si j'étais Joseph Kabila, je me demanderais ce que j'ai de moins que Choummaly Sayasone, président de la République démocratique et populaire du Laos, secrétaire général du parti unique, réélu l'an dernier à l'unanimité et hôte du sommet Asie-Europe auquel François Hollande a participé le 5 novembre dernier. D'un sommet à l'autre, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. J'ai eu beau tendre l'oreille : pas plus à Vientiane qu'à Djeddah il n'a été question dans la bouche présidentielle de bonne gouvernance et de respect de l'opposition, sans doute parce que, dans ces deux pays, l'opposition n'a tout simplement aucune existence légale, ce qui évite de s'en préoccuper. Certes, François Hollande a de nouveau employé au Laos le qualificatif d'« inacceptable », mais il s'agissait là de fustiger... le déficit commercial, il est vrai abyssal, de la France vis-à-vis de la Chine, et non de dénoncer la persécution des chrétiens, Hmongs et autres minorités dans cette ex-colonie française. Plus surprenant encore, aucune question ne lui a été posée sur ce thème et aucun média n'a relevé ce qui ressemble fort, des rives du Congo à celles du Mékong, à un deux-poids-deux-mesures.

Cela fait longtemps il est vrai que les Africains sont habitués à voir débarquer chez eux des reporters épisodiques, attirés par le spectacle de leurs déboires comme des mouches par le miel. Leurs douleurs sont si photogéniques, leur chaos si mythogénique - et leurs réussites si peu bankable auprès des rédacteurs en chef - qu'ils se sont résignés à vivre sur un continent devenu le bac à sable de chasseurs de scoops, en quête insatiable de femmes violées, d'enfants massacrés et de satrapes kleptocrates. Interrogé à Kinshasa sur les motifs de sa sévérité à l'égard de certains de ses pairs africains, le président français a eu de son côté et en substance une réponse quelque peu étonnante : qui aime bien châtie bien. En d'autres termes : plus je vous critique, plus je vous aime, et vice versa. Ou encore : fin de la Françafrique, place à l'amour vache. Les concernés, qui ne sont tout de même pas masochistes (quoique...), ont dû apprécier. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

L'Australie en guerre contre l'immigration clandestine

L'Australie en guerre contre l'immigration clandestine

L'Australie ne veut plus accueillir aucun migrant clandestin. Les malheureux interceptés dans l'océan Pacifique seront donc à l'avenir immédiatement transférés au... Cambodge ![...]

France : Nicolas Sarkozy dérape sur les origines de Rachida Dati

Alors qu'il s'apprête à être réélu à la présidence de l'UMP ce week-end, Nicolas Sarkozy n'a semble-t-il rien perdu de sa capacité à créer la polémique. [...]

RDC : le discours de Denis Mukwege, prix Sakharov 2014, devant le Parlement européen

On le connaît comme le "juste qui répare les femmes". Mercredi, le docteur Denis Mukwege a reçu le prix Sakharov du Parlement européen, qu'il a dédié au "peuple[...]

Indice "Happy Planet" : souriez, vous êtes classés !

À l’"indice de développement humain" du Programme des Nations-unies (Pnud), la New Economics Foundation oppose l’"indice de la planète heureuse". L’Afrique est-elle[...]

Robert Johnson en BD : black, blanc, blues...

Une bande dessinée retraçant la vie du bluesman Robert Johnson, un manifeste d'époque sur l'affaire des Scottsboro Boys et un disque venu tout droit du Mississippi restituent l'atmosphère de[...]

François Fillon, ou la vengeance du "collaborateur"

On ne saura sans doute jamais si l'ancien Premier ministre a vraiment demandé au secrétaire général de l'Élysée de faire "taper" Nicolas Sarkozy par les magistrats. Mais[...]

Exclusif : libération d'un prêtre polonais enlevé en octobre dans l'ouest de la Centrafrique

Le père Mateusz Dziedzic, un prêtre polonais enlevé mi-octobre dans l'ouest de la Centrafrique, a été libéré mercredi.[...]

Espagne : scandales de corruption à tous les étages

Les affaires de corruption éclaboussent toute la classe politique, droite et gauche confondues. Elles expliquent en partie le succès foudroyant de Podemos, un nouveau parti d'extrême gauche.[...]

Affaire Michael Brown : pas de poursuites contre le policier, scènes de violence à Ferguson

Darren Wilson, le policier américain qui a abattu de six balles Michael Brown, un jeune Noir, à Ferguson début août, ne sera pas poursuivi, a annoncé lundi le procureur. Une décision qui[...]

Entrepreneuriat : le prochain GES aura lieu en Afrique subsaharienne

 Organisée à Marrakech du 19 au 21 novembre, la cinquième édition du GES a connu un franc succès. Plus de 6000 participants ont pris part à l'événement, qui reviendra[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers