Extension Factory Builder

Guillaume Pierre : "Bien organisé, le passage à la TNT rapportera beaucoup"

13/11/2012 à 15:54
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le producteur et réalisateur de télévision est à la tête de la direction Afrique de CFI depuis Le producteur et réalisateur de télévision est à la tête de la direction Afrique de CFI depuis © DR

Mi-2015, les chaînes africaines devront passer à la diffusion numérique. Le directeur Afrique de Canal France International en décrypte les enjeux.

En Afrique, l'Union internationale des télécommunications (UIT) a fixé le passage des télévisions à la diffusion numérique au 18 juin 2015. À partir de cette date, l'audiovisuel africain est censé abandonner la diffusion analogique pour s'organiser autour de la nouvelle norme numérique, laquelle régira les relations entre États sur le plan des fréquences, par exemple pour régler les éventuels conflits concernant les zones frontalières. Cette migration va marquer une évolution sans précédent puisqu'elle permettra à chaque pays de disposer de plusieurs dizaines de canaux au lieu de cinq ou six actuellement. Guillaume Pierre, directeur Afrique de Canal France International (CFI), l'organisme de coopération média de l'État français, aborde les enjeux de l'adoption du numérique, de la création de chaînes locales à la protection des consommateurs.

Jeune Afrique : Que va apporter la digitalisation ?

Guillaume Pierre : Après le temps des grands offices publics puis celui de l'arrivée de la concurrence privée, une troisième phase va s'ouvrir. Les pays vont passer de cinq ou six chaînes à plusieurs dizaines de chaînes, dans un paysage incluant différents moyens de diffusion : le satellite, la téléphonie mobile et la télévision numérique. Le paysage audiovisuel va être complètement révolutionné. Maîtriser cette ouverture est essentiel. En Afrique, les populations regardent en moyenne la télévision quatre heures par jour. C'est la troisième activité humaine derrière le travail et le sommeil, c'est aussi un accès à l'information et à l'éducation.

Chaînes africaines ou internationales, qui va en profiter ?

Il y aura la possibilité d'ouvrir les fréquences à des chaînes internationales, mais aussi de créer des bouquets de chaînes publiques, d'ouvrir à des investisseurs privés ou à des chaînes de pays voisins. Le choix reviendra à chaque État. C'est une question de souveraineté.

Selon moi, l'offre de télévision doit être adaptée aux besoins de la population. Les pouvoirs publics doivent intervenir pour favoriser l'émergence de contenus locaux sans pour autant négliger une certaine ouverture sur le monde. Cette réflexion-là est importante et cette création de contenus sera d'autant plus facilitée que le passage au numérique va générer des revenus pour les États.

Chaque pays pourra disposer de dizaines de chaînes, contre cinq ou six actuellement.

C'est-à-dire ?

Bien organisé, le passage à la TNT [télévision numérique terrestre, NDLR] rapportera de l'argent aux pays. Demain, grâce aux technologies numériques, la télévision n'utilisera plus qu'une petite partie des fréquences actuellement accaparées. Les autres pourront être vendues ou louées. Elles intéressent particulièrement les opérateurs télécoms. En France, leur concession sur quinze ans a rapporté 3,5 milliards d'euros. En Afrique, sur un pays de taille moyenne, cela pourra générer plusieurs dizaines de millions d'euros de revenus. Plutôt qu'une vente, nous préconisons une location des canaux, car il n'est pas certain que les opérateurs souhaitent s'engager sur quinze ans dans des pays où le risque politique n'est pas négligeable.

Comment les acteurs du satellite, comme Canal+, regardent-ils cette évolution ?

Le groupe Canal+ est dans une position similaire à celle de TF1 avant le passage à la TNT en France. Aujourd'hui, il propose une offre de qualité et hésite à aller vers un nouveau mode de diffusion dont le succès est probable mais pas garanti.

Le passage à la TNT peut-il être un échec ?

Oui, si les offres de contenus ne sont pas à la hauteur. Sur ce point, les réflexions débutent à peine. En revanche, les États se sont mis d'accord sur une norme commune et ils commencent à se faire une idée plus précise de la gestion des multiplex [fréquences autorisant la diffusion de plusieurs chaînes]. Ainsi, beaucoup de pays sont en train de séparer les rôles de diffuseur et d'éditeur. C'est par exemple le cas en Mauritanie, où le patron de la société de diffusion est l'ancien directeur général de la télévision publique.

L'utilisation du numérique va aboutir à la création de nouvelles chaînes. Ces dernières pourront-elles trouver assez d'annonceurs pour assurer leur développement, sur un marché publicitaire limité ?

Premièrement, il y a une forte montée en puissance du marché publicitaire à mesure que les économies se développent et que les populations s'urbanisent. Par ailleurs, les chaînes africaines accusent un grand retard dans la captation des ressources publicitaires. En Europe, les chaînes s'arrogent 80 % du total des ressources publicitaires, alors qu'en Afrique elles n'en ont encore qu'entre 40 % et 50 %. Elles vont donc à la fois profiter de la croissance naturelle du marché publicitaire et conserver de belles marges de manoeuvre si elles professionnalisent leurs régies.

A-t-on prévu d'accompagner les populations ?

Sur ce point aussi, la réflexion est en cours. En France, des aides avaient été prévues pour permettre à certains foyers d'acquérir des décodeurs. Le dispositif a bien fonctionné. L'autre point sur lequel les gouvernements doivent agir est celui de la protection des consommateurs, en empêchant l'importation de téléviseurs qui ne seront pas compatibles avec la norme numérique.

Quels sont les pays les plus avancés ?

Le Kenya, le Cameroun ou la Guinée expérimentent la diffusion numérique, mais cela reste très marginal. En Afrique de l'Ouest, l'UEMOA [Union économique et monétaire ouest-africaine] a pris conscience de l'enjeu. Elle a favorisé l'adoption d'une norme technique commune, elle mutualise les formations et, demain, peut-être, l'achat d'émetteurs pour les réseaux. En revanche, un pays comme la RD Congo, qui commence à peine à s'intéresser à la question, a deux ans de retard sur le Sénégal.

___

Propos recueillis par Julien Clémençot

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Continental

Wikipédia : le classement des chefs d'État africains les plus populaires

Wikipédia : le classement des chefs d'État africains les plus populaires

Créé en 2001, Wikipédia s'est imposé depuis comme l'encyclopédie numérique la plus consultée au monde. Participative, elle rassemble des informations collectées par les utili[...]

"Les Africains pourraient menacer de rompre leurs relations diplomatiques avec Israël"

En poste à Dakar depuis 2008, Abdalrahim Alfarra, ambassadeur de l'État de Palestine pour le Sénégal, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Burkina Faso et le Cap-Vert, a pu mesurer la[...]

Barack Obama : "Nous devons saisir le potentiel extraordinaire de l'Afrique d'aujourd'hui"

Devant 500 étudiants africains qui participent au programme "Washington Fellowship for Young African Leaders" aux États-Unis, Barack Obama a affirmé lundi que le monde avait besoin d'une Afrique[...]

Milliardaires africains : l'argent ne fait pas le bonheur... des pauvres

La récente étude du Wealth Report sur la multiplication des milliardaires africains et le nouveau rapport du PNUD sur les mauvais résultats du continent en terme de développement humain ne sont pas[...]

Ramadan 2014 : Aïd mabrouk !

Un peu partout dans le monde, les musulmans ont commencé à fêter l’Aïd el-Fitr, la fête de la fin du mois sacré de ramadan. Si certains ont débuté les festivités[...]

Diaporama : de Hamammet à Zanzibar, découvrez les plus belles plages d'Afrique

Du Cameroun à la RDC, en passant par les Seychelles, les plages africaines sont des coins de paradis. "Jeune Afrique" vous fait prendre le large avec une sélection des plus belles pépites du[...]

Terrorisme : une "force armée multinationale" pour lutter contre Boko Haram

Quatre États riverains du lac Tchad vont mettre sur pied "une force armée multinationale" pour lutter contre la menace du groupe islamiste armé nigérian Boko Haram.[...]

Nadine Gordimer l'Africaine

Décédée à l'âge de 90 ans le 13 juillet, la Prix Nobel de littérature aura été une militante antiapartheid de la première heure. Elle laisse une[...]

Innovation : l'Afrique fait ses gammes

 La 7e édition de l'Indice mondial de l’innovation (GII) vient de paraître. Cette année, le rapport co-publié par l’organisation mondiale de la propriété intellectuelle[...]

Nadine Gordimer : un si long chemin

L'auteure du Conservateur, Booker Prize 1974, a porté jusqu'au bout un rêve : celui du premier jour après le racisme.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers