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Splendeurs et misères des journalistes

15/11/2012 à 10h:24
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N'en déplaise à Henri Guaino, l'Afrique a depuis longtemps dépassé l'ère du tam-tam et de l'oralité pour entrer de plain-pied dans celle du zapping, de l'urgence et des émotions cathodiques. Pourtant, plus le continent se développe, s'ouvre aux nouvelles technologies de l'information et bat des records de croissance, plus le regard que portent sur lui les médias occidentaux semble se rétrécir.

Certes, le degré de myopie varie selon les pays. Si les journaux et les télévisions anglo-saxons dits de qualité observent avec attention l'évolution économique et politique de l'Afrique anglophone, les sections « Afrique » ont disparu des quotidiens et hebdomadaires français, l'actualité du continent, tout au moins de sa partie subsaharienne, étant l'apanage de quelques spécialistes multicartes aux espaces d'expression forcément réduits. Radios et télévisions généralistes se contentant, elles, de dépêcher des grands reporters mondialisés sur des « coups » ponctuels et sans lendemain, aujourd'hui à Bamako, demain à Bogotá. Et si une bonne partie de l'audiovisuel extérieur de la France - le triptyque RFI, France 24, TV5 - demeure tournée vers l'Afrique, ces médias d'État, par ailleurs très suivis et de qualité reconnue, souffrent d'un tabou congénital : la quasi-impossibilité de critiquer la politique extérieure (africaine en l'occurrence) de leur autorité de tutelle, qui est aussi leur principal bailleur de fonds.

Il faut avoir la vocation chevillée au corps pour exercer honnêtement ce métier à Yaoundé, Kinshasa ou Lomé.

Le désintérêt des uns et les limites des autres offrent donc un boulevard aux médias francophones désireux de faire entendre leur voix de façon crédible, suivant en cela une évolution déjà largement amorcée en Afrique anglophone.

Comme le démontre cette enquête que nous vous donnons à lire, cet effort est palpable, mais il est inégalement réparti. La qualité et le professionnalisme de la presse écrite, des radios et des journaux télévisés sont en effet très variables selon que l'on se situe au Maghreb, en Afrique de l'Ouest (tout particulièrement au Sénégal, pays pionnier en la matière) ou en Afrique centrale, largement à la traîne.

Si les bons journalistes trouvent aisément un employeur à Casablanca, Alger ou Dakar, avec un revenu correct et un statut social respecté, il faut avoir la vocation chevillée au corps pour pratiquer honnêtement ce métier à Yaoundé, Brazzaville, Kinshasa ou Lomé, tant les rémunérations y sont faibles, l'accès à l'information verrouillé et les supports disponibles de qualité très aléatoire.

Nul ne s'étonnera que, dans ces conditions, les portes soient toujours ouvertes aux dérives récurrentes et maintes fois constatées du journalisme dit alimentaire : petite corruption, pressions permanentes, reportages rétribués, voire chantage à la petite semaine. L'explosion d'internet, loin de démocratiser la distribution de l'information, démultiplie le plus souvent ces dérapages en se faisant l'écho de la rumeur, plus vieux média du monde.

Il n'y a, dans le fond, aucun mystère. Là où, sur le continent, les politiques suivies en matière d'éducation ont engendré des sociétés civiles vigoureuses et des démocraties vivantes, le journalisme a toute sa place et attire les meilleurs. Là où un système éducatif indigent a donné naissance à des démocraties cosmétiques et où toute forme d'intelligence est bannie du débat politique, devenir journaliste est soit un sacerdoce risqué, soit une variante du système D, soit une façon comme une autre d'intégrer la fonction publique. Reste à souhaiter que cette dernière catégorie de pays intègre très vite le Jurassic Park. 

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