Extension Factory Builder

Le Nobel de la guerre

28/10/2012 à 09:58
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Certains ont accueilli avec scepticisme, voire ironie, la décision d'accorder le Nobel de la paix à l'Europe. Par ces temps où l'Union se bat sur le front de la crise et menace de rendre les armes devant le monstre du chômage et de l'endettement, la décision fait sourire, en effet. Car c'est oublier aussi l'épée de Damoclès suspendue sur les traités et les conventions, la menace brandie contre l'euro, des dissonances politiques à fleuret moucheté, l'artillerie lourde du fisc, le KO des entreprises en faillite. Et puis la Grèce n'a pas que des alliés dans l'arène européenne. C'est bien une nouvelle guerre de Troie qui se déroule entre Angela Merkel et le peuple d'Athènes. Et les Roms ? La France mène avec succès les incursions destinées à bouter hors des campements les « envahisseurs » de l'intérieur, sans se préoccuper des dommages moraux. Ajoutez à cela la guérilla intra-muros qui vise particulièrement les immigrés musulmans. Anders Breivik fait figure de croisé, et Charles Millet, qui en dresse l'éloge littéraire, de scribe de service. Entre les mangeurs de cochon et les mangeurs de mouton, il n'y a pas que des intermédiaires de bonne volonté. Il ne se passe pas une semaine sans que les flèches de Jean-François Copé atteignent le coeur des cités et blessent les petits mahométans, que le patron de l'UMP accuse de malmener les chérubins blancs. Enfin, on peut penser que ce n'est pas parce qu'on se réjouit de s'être préservé du feu et de voir plutôt brûler la maison du voisin qu'on mérite la palme de la paix. Il suffit de se retourner sur ces deux dernières décennies pour se persuader que la devise de l'Europe s'apparente en la circonstance au proverbe arabe « épargne ma tête et cogne ailleurs ». Considérez la zizanie semée insidieusement chez d'autres peuples et les stocks d'armes vendus aux pigeons des autres continents. Et cette façon de jouer les guerriers - déguisés en anges de la paix - dont l'Europe n'est sortie indemne ni à Srebrenica ni à Kigali. Idem pour la razzia de l'Otan sur la Libye et pour le soutien à la guerre américaine en Irak et en Afghanistan.

Cela dit, il ne suffit pas de critiquer les Européens. Côté arabo-musulman, permettez l'expression : c'est le bordel ! La Palestine est un foyer de guerre depuis plus d'un demi-siècle, et ce n'est pas que la faute des Israéliens. L'Iran rêve de nous lancer à la figure sa bombe nucléaire. Le Printemps arabe a armé les guerriers de la charia et aiguisé leurs sabres. Arrière les femmes ! La Syrie est à feu et à sang. Doux Jésus ! Et encore, je ne pousse pas jusqu'à Kaboul et Tombouctou. On serait presque tenté de dire que les seuls pays musulmans pacifiés sont ceux où les dictateurs ont conservé leur siège. Regardez l'Arabie qui ronronne et le Qatar qui fanfaronne ! Le reste de la région, bien que débarrassé de Moubarak, Ben Ali et consorts, est loin d'avoir surmonté ses discordes. Vous ne m'en voudrez donc pas de proposer au jury de Stockholm un Nobel de la guerre pour le monde musulman qui s'appellerait, ironie du sort, Dar as-salam - en arabe « la Maison de la paix »...

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

POST-Sriptum Article suivant :
Au fou, au fou, lâchez les chiens !

POST-Sriptum Article précédent :
Le silence des pères

0 réaction(s)

Réagir à cet article

AUTRES

OIF - Succession de Diouf : l'Afrique parlera-t-elle d'une seule voix ?

OIF - Succession de Diouf : l'Afrique parlera-t-elle d'une seule voix ?

Une réunion de la dernière chance pourrait avoir lieu avant le huis-clos des chefs d'État, dimanche. Objectif : arriver à dégager un consensus sur une candidature africaine à la succession[...]

Infographie : le Burkina des coups d'État

Avec l'arrivée au pouvoir du président de transition Michel Kafando, le Burkina Faso retrouve un chef d'État civil après quasiment un demi-siècle de pouvoir militaire. Retour, en infographie, sur[...]

Nizar Mourabit : faux Marocain, vrai imposteur

Un politologue du nom de Nizar Mourabit sévit depuis quelques années au pays des tulipes. Il est apparu un jour sur la scène médiatique, ou plutôt il y a surgi, et n'a cessé de publ[...]

Documentaire : "I Am Ali", l'album de famille

Quarante ans après le combat opposant le boxeur à Foreman, à Kinshasa, un documentaire intimiste brosse un portrait sensible de l'homme qu'il fut, vu par les siens.[...]

Sénégal : sommet de l'OIF à Dakar, tout se passe à Diamniadio

Diamniadio, un pôle urbain ultramoderne et écologique, accueille le sommet de la Francophonie les 29 et 30 novembre. Une bouffée d'air frais, en périphérie d'une capitale hypertrophi&eacut[...]

Algérie : Bouteflika à Grenoble, tempête dans un verre de thé

Prévu de longue date mais occulté par les autorités, le bref séjour d'Abdelaziz Bouteflika en France pour un contrôle médical de routine a - une fois de plus - alimenté [...]

Hollande aux Guinéens : "Nous avons le devoir de vous soutenir" dans la lutte contre Ebola

À son arrivée à Conakry, François Hollande a affirmé, vendredi, la solidarité de la France avec la Guinée dans la lutte contre l'épidémie d'Ebola. Le présiden[...]

Triple explosion meurtrière à la mosquée de Kano, dans le nord du Nigeria

Trois bombes ont explosé vendredi dans l'enceinte de la grande mosquée de Kano, dans le nord du Nigeria. Au moins 64 personnes ont été tuées et 126 blessées.[...]

Burundi : chambardement dans le cabinet de Nkurunziza

Pierre Nkurunziza a signé vendredi une série de décrets relatifs à la "réorganisation des services de la présidence". Parmi les têtes qui ont volé, on note celle de [...]

Abdelfattah al-Sissi à Paris - Alain Gresh : "L'impression de revoir Moubarak reçu par Sarkozy"

Le directeur adjoint de la rédaction du mensuel français "Le monde diplomatique" et spécialiste du Moyen-Orient, Alain Gresh, répond aux questions de "Jeune Afrique" sur la visite mi[...]

Cameroun : Ahmadou Ahidjo ou l'État incarné

Le 30 novembre 1989, le premier président de la République du Cameroun meurt. Les politiciens de 1958 avaient cru élire cet autodidacte pour une brève transition. Vingt-quatre ans plus tard, il quitta l[...]

Cameroun : Ahmadou Ahidjo, 25 ans d'exil funéraire

À l'occasion de la commémoration du 25 anniversaire de la mort d'Ahmadou Ahidjo, Jeune Afrique réédite une série d'articles consacrés à l'ex-président camerounais déc&[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces