Extension Factory Builder
22/10/2012 à 11:54
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Nicolas Sarkozy avait marqué son premier voyage africain d'un affront doublé d'une faute politique. Le mémorable discours de Dakar, dont la condescendance lui sera à jamais reprochée, valut à son auteur de se mettre à peu près tout le monde à dos sur le continent pour un bénéfice voisin de zéro en matière d'image intérieure. François Hollande, lui, aura ponctué le sien d'un camouflet infligé en public à Joseph Kabila, le 13 octobre à Kinshasa. Ce faisant, il a réjoui pas mal d'opposants africains - à commencer par les Congolais - et satisfait tous ceux qui, en France, l'attendaient au tournant d'un déplacement aussi initiatique que controversé. C'est là toute la différence entre une tournée improvisée et un voyage préparé. Sarkozy avait à peine relu son discours avant de le prononcer. Hollande, lui, a consulté, écouté, reçu avant de s'envoler pour l'équateur. Son extrême froideur et ce que certains ont perçu comme une attitude humiliante à l'égard de son homologue congolais ne relevaient donc ni de la désinvolture ni de ces accès de muflerie tant reprochés à son prédécesseur. Ces gestes-là étaient calculés.

François Hollande est-il allé trop loin ? Oui, répondent en choeur le syndicat des chefs d'État d'Afrique centrale et le Burkinabè Blaise Compaoré, instinctivement solidaires du soldat Kabila et en passe de s'ériger en front du refus sous la houlette des présidents tchadien et équato-guinéen. On objectera que tout est rapport de force et qu'il revient à ces derniers, s'ils ne se sentent pas respectés, de ne pas se laisser faire, de ne plus solliciter des audiences expéditives pour une photo à usage interne, de cesser de considérer la visite d'un président français comme le must absolu et surtout d'être irréprochables. Mais on aurait tort de croire qu'en snobant ainsi son hôte Hollande n'a pas aussi gêné, voire choqué une partie de l'opinion africaine qui y a vu une forme d'arrogance : le professeur a beau être pétri de bons sentiments, parler avec justesse de démocratie et de droits de l'homme, il n'en est pas moins un donneur de leçons malgré lui quand la manière n'y est pas. Lui manque, il est vrai, la sensibilité africaine d'un Moncef Marzouki qui, dans son propre discours, a su toucher l'âme des Congolais en rendant hommage à Patrice Lumumba : « Je suis le fils de cet homme... »

Surtout, le chef de l'État français serait plus audible sur le continent s'il ne donnait l'impression d'avoir l'indignation sélective et de considérer l'Afrique comme une compensation de sa propre realpolitik. Ces quatre derniers mois, le tapis rouge élyséen a été déroulé pour l'émir du Qatar, le souverain de Bahreïn, les princes héritiers d'Arabie saoudite et d'Abou Dhabi, sans qu'un seul mot désagréable n'ait été prononcé à l'égard de ces monarchies opaques, absolues, répressives et kleptocrates. « Si je suis plus exigeant avec l'Afrique, c'est parce que je l'aime », a répondu François Hollande à Kinshasa. C'est un peu court, un brin paternaliste et surtout imprononçable à Alger, Doha ou Pékin sans courir de risques majeurs. S'il est sain de désormais « tout se dire », comme le répète Hollande, encore faut-il que cela soit valable pour tout le monde... 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Editorial suivant :
Ghannouchi, l'illusionniste

Editorial précédent :
Vieux démons ivoiriens

Réagir à cet article

International

Migrants : l'UE lance l'opération 'Frontex Plus' pour aider l'Italie à protéger ses frontières

Migrants : l'UE lance l'opération "Frontex Plus" pour aider l'Italie à protéger ses frontières

La Commission européenne a décidé de lancer une nouvelle opération en Méditerranée pour aider l'Italie à faire face à l'afflux de migrants. Elle appelle les États me[...]

Ebola : suspension des vols vers les pays touchés, une réponse "dangereusement inadaptée"

Les dernières compagnies aériennes qui assuraient encore la desserte des trois pays d'Afrique de l'Ouest touchés par Ebola ont presque toutes suspendu leurs vols mercredi. Une décision [...]

Turquie : Erdogan, du Coran au sérail

Pour l'enfant du quartier populaire de Kasimpasa, c'est la consécration. Élu président le 10 août, le Premier ministre sortant Recep Tayyip Erdogan compte renforcer encore son emprise sur le[...]

États-Unis : retour sur les destins brisés de neuf citoyens africains-américains

Depuis le meurtre de Michael Brown, le 9 août dernier à Ferguson, les États-Unis vivent une nouvelle fois au rythme des tensions communautaires. Une situation que le pays a connue à de multiples[...]

Isis, la lingerie britannique du même nom que l'État islamique

La chaîne britannique de dessous érotiques Ann Summers vient de lancer une collection de lingerie fine nommée Isis, l’acronyme en anglais de l’État islamique. La porte-parole de la marque a[...]

France : premier Conseil des ministres pour le gouvernement "Valls II"

Le gouvernement "Valls II" se réunit ce mercredi pour son premier Conseil des ministres, purgé de l'aile gauche du PS pour assumer la "ligne" sociale-libérale voulue par un[...]

Ebola : British Airways suspend ses vols vers le Liberia et la Sierra Leone jusqu'en décembre

British Airways a annoncé mardi maintenir la suspension de ses vols à destination et depuis le Liberia et la Sierra Leone jusqu'à la fin de 2014. La compagnie aérienne a pris cette décision en[...]

Barack Obama souhaite intensifier la lutte contre le jihadisme en Syrie

Les États-Unis ont décidé d’intensifier leur lutte contre les islamistes ultraradicaux en Syrie. Si le président américain Barack Obama n’a pas encore pris de décision[...]

Ukraine : Washington dénonce une "escalade significative"

Les "incursions militaires" de la Russie en Ukraine constituent une "escalade significative", a affirmé la Maison Blanche lundi soir après que Kiev a annoncé la capture de soldats russes[...]

Ebola : "La lutte pour vaincre le virus n'est pas une bataille, mais une guerre"

Selon le Dr David Nabarro, coordinateur de l'ONU contre l'épidémie Ebola qui sévit en Afrique de l'Ouest, la "guerre" contre le virus n'est "pas gagnée" et pourrait prendre six[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex