Philippe Biyoya Makutu est professeur de sciences politiques à l'université de Kinshasa et à l'université de Lubumbashi. Pour lui, le but des partis politiques n'est pas d'apporter leur pierre à l'édifice du bien public mais d'accéder à des privilèges... D'où leur impopularité.
Jeune Afrique : Pourquoi les partis politiques congolais, en particulier ceux de l'opposition, sont-ils en permanence l'objet de critiques ?
Philippe Biyoya Makutu : Quand on se replace dans le contexte colonial, on se rend compte que nos partis ne se sont pas constitués pour accomplir des idéaux propres à toute formation politique, mais pour remplacer les colonisateurs, c'est-à-dire un groupe de gens qui avaient des privilèges. Raison pour laquelle, depuis les années 1960, nos partis sont des clubs d'amis qui n'aspirent pas au bien-être collectif. Leur objectif n'est pas la conquête du pouvoir, mais l'accès aux privilèges. Ce sont des structures de survie. Le gouvernement lui-même apparaît comme une sorte d'arche de Noé qui sauve les plus chanceux.
Peut-on faire avancer le débat politique dans de telles conditions ?
Le premier handicap vient de l'absence de relations entre la vie de l'État et l'existence des partis : les provinces, les tribus ont plus d'importance que les partis, qui ne sont plus que des clubs de football auxquels on adhère parce que certaines couleurs attirent. L'unique débat politique tourne donc autour de la forme de l'État : fédéralisme ou unitarisme. Aucun débat sur la place de la RDC dans le monde d'aujourd'hui et de demain. Rien non plus qui unisse les fondateurs d'un parti, à part l'ambition d'entrer au gouvernement ou d'être candidat à quelque chose. Transformer la société n'est malheureusement pas à l'ordre du jour.
On dirait des clubs de football auxquels on adhère parce que certaines couleurs attirent.
Est-ce aussi la raison pour laquelle l'opposition ne parvient pas à se choisir un leader ?
C'est en effet là aussi une querelle d'ambitions. Opposition par rapport à quoi ? Lorsqu'on a formé le gouvernement 1 + 4 [un président et quatre vice-présidents, comme prévu après le dialogue intercongolais de Sun City, NDLR], il y avait des opposants à Mobutu, des opposants à Kabila et au gouvernement.
La fonction de porte-parole de l'opposition rapporte des dividendes et chacun veut y accéder pour en profiter. Et puis le pouvoir n'a jamais compris que ses performances et sa force dépendaient de la qualité de l'opposition. Il préfère une opposition à sa mesure.

Tunisie : vers un nouveau report de l'examen du projet de Constitution
RDC : vague d'indignation après l'arrestation d'étudiants congolais à Jalandhar, en Inde
Présidentielle malienne : les principaux candidats en lice







Découvrez le catalogue 2013 des Éditions du Jaguar
La campagne Pub de Jeune Afrique

Un travailleur chinois (d) supervise la construction d'un chantier à Addis-Abeba, en avril 2007
Une affiche montrant le président ghanéen John Atta-Mills et son homologue américain Barack Obama, en juillet 2009 à Accra
Barack Obama en visite au palais présidentiel du Ghana, le 11 juillet 2009 à Accra
Vue d'un terminal à conteneurs du port d'Abidjan
Le président du Soudan du Sud Salva Kiir, le 26 mai 2013 à Addis Abeba
Un Bushman lors d'un spectacle au Botswana, le 4 août 2012
Le président du Groupe d'éminentes personnalités de l'Union africaine, Kofi Annan, le 10 mai 2013 au Cap en Afrique du Sud
Voiture de la police guinéenne lors d'une manifestation à Conakry, le mai 2013











