Chrétien mais originaire du Nord musulman, le président par intérim est réputé pragmatique.
© Steve Ababio
John Dramani Mahama portera les couleurs du parti au pouvoir à la présidentielle ghanéenne de décembre. Portrait d'un homme que le décès de John Atta Mills a propulsé à la magistrature suprême.
Le 24 février 1966, quand les hommes du Conseil de libération nationale (CLN) renversent le premier président du Ghana, Kwame Nkrumah, John Dramani Mahama est encore un enfant. Aujourd'hui, à 53 ans, il en garde un souvenir toujours aussi précis : le jour même, son père, Emmanuel Adama Mahama, alors ministre d'État, est emprisonné. Il le restera pendant plus de un an.
L'événement marque le début d'une époque qui va forger la conscience politique et l'identité de John Dramani Mahama. Cette époque, c'est celle des lost decades, ces décennies perdues qui ont vu, sur le continent africain, « les démocraties balbutiantes céder la place aux dictatures » jusqu'à la fin des années 1980.
Ces désillusions postindépendances, Mahama les évoque dans son livre Mon premier coup d'État (paru en juillet 2012). Elles ont fait de lui un homme nourri par l'Histoire et le respect de la démocratie. Propulsé président par intérim le 24 juillet dernier, à la mort de John Atta Mills, il a été désigné un mois plus tard candidat du Congrès national démocratique (NDC, au pouvoir) pour la présidentielle de décembre.
Arcanes du pouvoir
Chrétien originaire du nord du Ghana (à dominante musulmane), il a grandi entre le pensionnat Achimota d'Accra, fréquenté par l'élite ghanéenne, et Damongo, la petite ville natale de sa mère. Au cours de son long cursus universitaire (études d'histoire, de communication et de psychologie), Mahama passera un an en Russie en 1988, puis s'occupera des relations publiques à l'ambassade du Japon au Ghana entre 1991 et 1995.
S'il est venu assez tard à la politique, le nouveau président ghanéen connaît néanmoins les arcanes du pouvoir. Il a été élu député à trois reprises depuis 1996, a occupé le poste de ministre de la Communication, avant d'en être le responsable au sein du NDC. Son ascension rapide le propulse colistier d'Atta Mills à l'élection présidentielle de 2008. Il sera son vice-président.
« C'est un homme qui a donné satisfaction à tous les postes gouvernementaux qu'il a occupés et qui maîtrise les dossiers importants », explique Franklin Cudjoe, directeur du think-tank ghanéen Imani. Faire de lui le candidat du parti en décembre apparaît comme un choix pragmatique. « À trois mois de la présidentielle, nous ne pouvions pas risquer une nouvelle bataille au sein du parti. Mahama, par son expérience et sa légitimité, était le meilleur choix », explique un proche du NDC.
Divisions
Pragmatique, John Mahama l'est aussi. Conscient d'avoir hérité d'un parti miné par les divisions, il se sait dans l'obligation d'inverser un rapport des forces pour l'instant favorable au Nouveau Parti patriotique (NPP, principale formation d'opposition), tout en respectant la mémoire du président défunt. Et s'il est considéré au sein du NDC comme un homme intègre, fidèle à la ligne sociale-démocrate du parti, « il doit encore affirmer son autorité sur les nombreux faucons et les personnages hauts en couleur qui le composent », poursuit Franklin Cudjoe.
Ses premiers pas ont semblé séduire Jerry Rawlings, dont Mahama a été le ministre de la Communication entre 1998 et 2001. Le fondateur du NDC, qui s'était publiquement opposé à Atta Mills, n'a pas encore officialisé son soutien à un parti au sein duquel il reste très influent. Pas sûr qu'il le fasse, d'ailleurs, puisque sa femme, Nana Konadu Rawlings, a participé à la création d'un parti dissident (le Parti démocratique national) et pourrait se lancer dans la course à la présidentielle. Mais après avoir assisté à l'investiture de Mahama, Rawlings a déclaré le 20 septembre que sa présence « ravivait les chances du NDC de remporter les élections ».

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