Extension Factory Builder
01/10/2012 à 10:30
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Amalgames et raccourcis font florès : en Occident, l'islam est de plus en plus perçu comme une religion de fanatiques. Tout est bon pour alimenter la machine à clichés : la vision distordue de la deuxième phase du Printemps arabe, qui a conduit au pouvoir - en Tunisie, en Égypte ou au Maroc - des partis islamistes dont le discours suscite parfois l'inquiétude ; les crises libyenne, syrienne ou malienne, qui charrient leur lot de fous d'Allah kalachnikov au poing et charia aux lèvres ; les réactions antiaméricaines violentes en Libye, en Tunisie ou au Pakistan après la diffusion sur internet d'un navet anti-Prophète qui aurait dû rejoindre, comme tant d'autres « oeuvres » du même acabit, les poubelles de la Toile ; les réactions, aussi, aux caricatures de (très) mauvais goût d'un journal satirique français soucieux de réaliser un énorme coup de com' dans un contexte tendu ; et même un documentaire réalisé par une jeune Belge pour dénoncer la misogynie et le harcèlement dont sont victimes les jeunes femmes dans les quartiers populaires de Bruxelles et qui fait apparaître que la plupart des auteurs de ces comportements odieux sont issus de l'immigration africaine et/ou sont musulmans. Intégristes et musulmans, c'est souvent, pour beaucoup, bonnet blanc et blanc bonnet.

Cultures et points de vue antagonistes s'affrontent entre un Occident largement laïcisé et un monde musulman où la religion demeure l'une des rares valeurs communes, voire refuges. Aucun des deux camps ne fait un pas vers l'autre, chacun se calfeutrant dans ses certitudes. Les extrémistes de tous bords en profitent pour souffler sur les braises, bien aidés par des médias qui ne s'intéressent la plupart du temps qu'aux événements qui choquent, provoquent la peur et le repli. Rien, pas une ligne, sur tous ces anonymes - et ils sont nombreux - qui oeuvrent à la paix, au rapprochement, à la compréhension mutuelle ou à la tolérance.

Les musulmans ont bien évidemment leur part de responsabilité. La majorité d'entre eux, qui pourtant rejette les fanatiques, demeure silencieuse. Leurs autorités morales, pas seulement religieuses, sont aux abonnés absents. Leurs nouveaux dirigeants, hérauts prétendus d'un islam politique modéré, rechignent à dénoncer l'intolérable, à faire respecter l'ordre et la loi quand des salafistes, forts d'un sentiment d'impunité, se comportent comme des criminels et se plaisent à jeter de l'huile sur le feu, créant ainsi un environnement chaotique, terreau de leur puissance. Quant aux élites, fragilisées et déresponsabilisées par les précédents systèmes dictatoriaux, elles ne pèsent guère dans un débat prisonnier, hélas, d'une vision manichéenne du monde. Malgré les prismes déformants qu'aime à utiliser l'Occident pour brouiller l'image de l'islam - que ce soit par calcul politique, par paresse ou par méconnaissance -, il est grand temps que la majorité silencieuse musulmane fasse sa part d'un travail désormais urgent. Avant qu'il ne soit trop tard...

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Editorial suivant :
France : jamais contents !

Editorial précédent :
Ghannouchi, l'illusionniste

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

Armée tunisienne : la grande désillusion

Armée tunisienne : la grande désillusion

Incapable de venir à bout des maquis jihadistes, minée par des querelles au sommet, gangrenée par la politique, la grande muette a beaucoup perdu de sa superbe. Enquête exclusive sur une institut[...]

France - Djibouti : Le Drian rencontre Ismaïl Omar Guelleh... en Jordanie

Attendu à Djibouti pour sa première visite dans ce pays - "une date avait été retenue en avril, mais apparemment elle ne convenait pas au calendrier du président Ismaïl Omar[...]

Égypte : Mohamed Morsi, sans l'auréole du martyr

Alors que le régime du maréchal Sissi éradique les Frères musulmans à tour de bras, le président déchu écope de vingt ans de prison. Une condamnation à mort[...]

Iran - Ali Ahani : "Nous nous sommes toujours défendu et n'avons jamais attaqué quiconque"

Conflit israélo-palestinien, Daesh, conflit au Yémen... L'ambassadeur d'Iran en France, Ali Ahani, répond aux questions de Jeune Afrique. Entretien.[...]

Ciments du Maroc consolide ses positions

Dans un marché local toujours en berne, la filiale d'Italcementi se bat pour rester numéro deux. Et permettre au groupe italien de poser ses premiers jalons au sud du Sahara.[...]

Nabil Dirar (AS Monaco) : "Je ne regrette pas d'avoir choisi le Maroc"

À 29 ans, le milieu de terrain marocain est l'un des cadres de de l’AS Monaco, plus que jamais en lice pour disputer la prochaine Ligue des Champions après sa victoire à Lens (3-0) dimanche. Nabil[...]

Maroc : la polémique darija divise le royaume

Faut-il ou non introduire l'arabe dialectal dans les cursus scolaires ? La question divise le royaume. Éléments de réponse.[...]

Algérie : l'entraîneur du NAHD limogé après une altercation avec Anelka

L'entraîneur de l'équipe algérienne du NA Hussein Dey, Ighil Meziane, a été limogé après une "altercation" avec l'ancien international français Nicolas Anelka,[...]

Tunisie : 98 migrants perdus en mer arrivés au port de Zarzis

Trois bateaux de pêche ont amené samedi au port de Zarzis (Sud tunisien) 98 migrants africains en perdition en Méditerranée après avoir tenté de rallier illégalement l'île[...]

Moi, Fathy le Fou, maître du "trait pourri"

Mon pays, l’Algérie, a été pionnier dans la zone minée de la caricature politique en Afrique du Nord. J’ai fait partie de ses éclaireurs, envoyé à l’ombre avec[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers