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Aminata Tall : "Nous avons découvert des anomalies inouïes" dans l'administration du Sénégal

01/10/2012 à 14h:31
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Amina Tall, la dame de fer dans son bureau du cabinet présidentiel. Amina Tall, la dame de fer dans son bureau du cabinet présidentiel. © Sylvain Cherkaoui pour J.A

C'est à elle que le président sénégalais, Macky Sall, a confié la mission de faire le ménage dans la gestion du Palais. Un rôle délicat que Aminata tall, secrétaire générale de la présidence, assume pleinement.

On l'appelle la dame de fer, et ça la fait rire. « Chaque fois qu'une femme dit non et assume ses choix, on la surnomme ainsi ! » résume Aminata Tall, 63 ans, tout en reconnaissant que son caractère entier y est certainement pour quelque chose. En sa qualité de secrétaire générale de la présidence, avec rang de ministre d'État - un poste qu'elle occupait déjà aux côtés d'Abdoulaye Wade depuis 2009 -, c'est elle que Macky Sall a chargée de traquer les irrégularités au sein de l'administration, dans la droite ligne de ses promesses de bonne gouvernance. Une mission de mère-la-rigueur qu'elle assume pleinement, mais qui vaut à l'ancienne égérie du Parti démocratique sénégalais (PDS) des attaques récurrentes, dans la presse comme dans les coulisses du Palais.

Jeune Afrique : Beaucoup de choses ont été écrites sur les dérives de la présidence Wade. Qu'en est-il réellement ?

Aminata Tall : Nous avons trouvé une situation assez... particulière. Dans les ressources humaines d'abord, puisqu'il n'existait aucun support administratif. Les collaborateurs du précédent chef de l'État étaient en grande majorité des hommes politiques sans rôle précis, des chargés de mission, des conseillers techniques, etc. Il a été mis fin à leurs fonctions. Nous avons par ailleurs constaté des anomalies inouïes dans les procédures administratives, comme l'acquisition de véhicules sous le label de la présidence mais hors de la procédure normale des marchés publics. Véhicules qui ont été ensuite distribués à des personnes qui ne sont pas des ayants droit : des chefs de village, des chefs religieux, des particuliers, des politiques, etc.

J'ai aussi découvert des pratiques que je n'aurais jamais pu soupçonner. Par exemple, certaines entreprises ont voulu se faire payer ce qui avait fait l'objet de dons à l'État, notamment des véhicules offerts par l'Arabie saoudite lors de la tenue du sommet de l'Organisation de la conférence islamique [OCI, à Dakar en 2008, NDLR].

Le peuple est devenu exigeant, impatient.

En quoi consiste concrètement la bonne gouvernance que vous êtes chargée de mettre en pratique ?

Il s'agit de faire en sorte que les fonctionnaires soient au bureau à l'heure, qu'ils travaillent avec efficacité, qu'ils accueillent le public comme il se doit et, plus généralement, de veiller à ce que les ressources financières de l'État soient bien utilisées. Il a notamment été mis fin à beaucoup de décrets pris lors des derniers jours du régime précédent, qui donnaient des avantages à certains corps et ne reposaient sur rien, ou portant sur l'attribution de terrains, de sites miniers, de licences en télécommunications, etc.

Ne fait-on pas trop de bruit autour de cette chasse aux biens mal acquis ? Certains pensent que c'est de la poudre aux yeux et doutent de la volonté réelle d'aller au bout des audits, d'autres s'inquiètent de ce qu'ils risquent d'effrayer les investisseurs...

Ce redressement va se poursuivre jusqu'à son terme et permettre de faire revenir dans les caisses de l'État des fonds qui n'auraient jamais dû en sortir. Nous voulons assainir l'environnement des affaires, et les investisseurs devraient se réjouir que nous nous occupions de clarifier cette situation nébuleuse qui ne correspond en rien à une politique de développement juste et durable, mais répond à des intérêts personnels ou de groupe.

Après l'état de grâce des premiers mois, la rentrée ne s'annonce-t-elle pas délicate ?

Je pense que nous n'avons pas eu droit à une période de grâce. Abdoulaye Wade en a bénéficié en son temps pendant plus d'une année mais, dans notre cas, la déception suscitée par l'ancien régime est telle que le peuple n'accepte plus rien. Il est devenu exigeant, impatient.

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Propos recueillis à Dakar par Rémi Carayol

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