Extension Factory Builder

France - Tunisie : Sonia Dahou, du jasmin en banlieue

28/09/2012 à 12:51
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Grâce au non-cumul des mandats, cette jeune engagée en politique a été désignée maire des Ulis Grâce au non-cumul des mandats, cette jeune engagée en politique a été désignée maire des Ulis © Youri Lenquette, pour J.A.

À 38 ans, elle reprend les rênes de la mairie des Ulis (France). Membre du Parti socialiste, cette Franco-Tunisienne est réputée proche des gens.

Sonia Dahou a un visage rieur, le regard franc, des cheveux de jais qui s'accordent à son tailleur-pantalon noir. Elle semble quelque peu hésitante dans son vaste bureau de maire. Mais dès qu'elle évoque son parcours politique, elle s'anime, enthousiaste. Il y a deux mois, elle a repris, sous les couleurs du Parti socialiste (PS), les rênes de la mairie des Ulis, une commune de 25 000 habitants nichée dans l'Essonne (France) ancrée à gauche depuis sa création, en 1977. Un changement un peu soudain pour cette adjointe à la démocratie locale, à l'information et à la communication en poste depuis 2008. Lors de la campagne législative, Maud Olivier (PS), son prédécesseur et mentor, avait promis de ne pas cumuler ses mandats si elle était élue députée. C'est elle qui a suggéré Sonia Dahou - choix confirmé par le conseil municipal du 9 juillet - pour lui succéder. Non sans surprise, selon l'élu UMP Franck Del Boccio, qui affirme que le nom du socialiste Yves Faure était parmi les plus cités. « Vu son engagement en faveur de la parité, il n'est pas étonnant que Maud Olivier ait finalement choisi une femme. Et puis Sonia est très appréciée pour son engagement local », explique-t-il. Cette dernière raconte comment, après sa désignation, les réseaux sociaux ont explosé, en particulier en Tunisie.

Car Sonia Dahou est fière de sa culture arabe. Mais ne se revendique pas pour autant comme une élue de la diversité. Elle refuse cette étiquette, se sentant plus française que tunisienne, après vingt ans passés dans l'Hexagone. Les Ulis, elle y débarque en 1992, « un peu par hasard », mais surtout pour des raisons économiques, alors qu'elle cherche à se loger en résidence universitaire pour étudier les mathématiques et la physique à la faculté d'Orsay. Une fois diplômée, elle trouve un logement social - dont le quota est de 50 % aux Ulis. Son père puis sa mère la rejoignent bientôt pour se rapprocher de leurs enfants vivant en France.

Alors qu'elle est cadre à la Direction générale des finances publiques depuis plusieurs années, Sonia Dahou décide, il y a douze ans, de s'engager en politique. Le PS s'impose comme une évidence. « C'était une réaction à toutes les inégalités sociales que j'avais vues et vécues dans ma commune, explique-t-elle. J'avais fait partie de ceux qui peinaient à boucler leurs fins de mois, qui accumulaient les petits boulots pour pouvoir s'acheter des livres ou payer une chambre. » Étudiante, elle donnait des cours de soutien scolaire. Aujourd'hui, elle revoit ses anciens élèves, et en a même marié certains.

En Tunisie, "ce que je vois en ce moment me désole. Je pense que la transition va être longue et difficile".

Sa volonté de répondre aux attentes de ses concitoyens n'a jamais faibli. Conseils de quartier, instances participatives, consultations des Ulissiens... « Ma passion, c'est les gens », affirme l'élue de 38 ans qui s'investit également au sein de la Ligue des droits de l'homme.

Ce souci de l'autre, elle l'a hérité de ses parents, aujourd'hui décédés, dont la maison à Tunis ne désemplissait jamais, peuplée d'amis de tous horizons. Elle y a appris « la tolérance et l'amour des autres ». Une enfance heureuse et ensoleillée, aux côtés d'un père fonctionnaire au consulat de France, et d'une mère au foyer. Après l'école maternelle française, le lycée Pierre-Mendès-France de Tunis, et un bac décroché à 17 ans, faire des études à Paris était logique.

Elle retourne au moins une fois par an en Tunisie. Cette année, elle redoute ce qu'elle va y trouver. Depuis l'arrivée des islamistes sur la scène politique, son pays a changé. « Ce que je vois en ce moment me désole. Je pense que la transition va être longue et difficile », affirme la jeune femme, soudain grave. L'année dernière, elle a suivi avec enthousiasme la révolution du Jasmin grâce aux coups de fil des amis... Elle a même envisagé de rentrer. « Je voulais participer à cet espoir démocratique. Et en même temps, j'avais mon engagement ici. C'est important pour moi de rester, je porte désormais une responsabilité en tant que maire. »

Son mandat ne lui laissera probablement pas de répit. Surtout, elle veut réussir à concilier politique et vie familiale et s'est, pour cela, mise en disponibilité de son poste aux finances publiques. Elle souhaite se consacrer à ses deux jeunes enfants, à qui elle veut transmettre sa culture. Elle initie le plus petit à l'arabe.

Les municipales de 2014 ? Elle y pense « un peu ». Ce sera le véritable test, celui du suffrage universel. Elle disposera cependant de peu d'expérience pour défendre son bilan. Gravir les échelons de sa formation politique ? Elle n'écarte pas l'idée. Mais sa priorité, insiste-t-elle, est de réaliser le projet entamé avec son prédécesseur. « Je crains de ne pas avoir assez de temps pour y arriver », dit-elle.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Armée tunisienne : la grande désillusion

Armée tunisienne : la grande désillusion

Incapable de venir à bout des maquis jihadistes, minée par des querelles au sommet, gangrenée par la politique, la grande muette a beaucoup perdu de sa superbe. Enquête exclusive sur une institut[...]

Tunisie : grande marche "contre le terrorisme" à Tunis

Une importante foule rejointe par des dirigeants étrangers a défilé dimanche à Tunis "contre le terrorisme" en réaction à l'attentat sanglant du musée du Bardo, juste[...]

François Hollande : nous allons "marcher pour les valeurs que la Tunisie représente"

Après avoir voté pour le second tour des départementales, le président français s'est envolé dimanche matin pour Tunis, où il participera à la marche contre le terrorisme.[...]

Tunisie : neuf hommes du principal groupe jihadiste tunisien tués

Neuf hommes armés appartenant au principal groupe jihadiste tunisien, la brigade Okba Ibn Nafaa accusée par les autorités de l'attentat du musée du Bardo, ont été tués par les[...]

Tunisie : marche contre le terrorisme avec des responsables étrangers

La Tunisie organise dimanche une marche contre le terrorisme à laquelle des dizaines de milliers de personnes et des personnalités étrangères, dont le président français François[...]

Tunisie : la marche républicaine du Bardo de dimanche déjà controversée

Le président Béji Caïd Essebsi a appelé tous les Tunisiens à venir marcher contre le terrorisme dimanche 29 mars. D’abord plébiscitée par une grande partie de l’opinion,[...]

Le musée du Bardo de Tunis rouvrira vendredi pour les élèves et lundi pour le grand public

Après un premier report, le musée du Bardo de Tunis doit finalement rouvrir ses portes aux écoliers et lycéens vendredi, et exceptionnellement au public lundi, plus d'une semaine après les[...]

Tunisie - Attentat du Bardo : AQMI derrière l'attentat ?

L'Etat islamique avait déjà revendiqué l'attentat du musée du Bardo, responsable de la mort de 21 personnes le 18 mars à Tunis.[...]

Tunisie : François Hollande attendu au Bardo le 29 mars

François Hollande devrait prendre part à la marche organisée dimanche 29 mars par les autorités tunisiennes, selon une source proche de l’Élysée.[...]

Terrorisme en Tunisie : comme une pieuvre étend ses tentacules...

Après Aqmi ou Ansar al-Charia, c'est au tour de Daesh, implanté dans la Libye voisine, de menacer la Tunisie.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers