Extension Factory Builder

Aqmi : un tueur nommé Abou Zeid

03/10/2012 à 15:20
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Deux otages sont déjà morts entre les mains d'Abou Zeid. Deux otages sont déjà morts entre les mains d'Abou Zeid. © SIPA

L'Algérien Abou Zeid est le chef de l'une des deux principales katibas d'Aqmi au Mali.

Décrit comme un taiseux et un sanguinaire froid, celui qui se distingue par son fanatisme a d'abord été, dans les années 1980, un contrebandier ayant effectué plusieurs séjours en prison. Reste que son identité n'est pas clairement établie. Selon la fiche de la CIA et du FBI, il s'agirait d'un certain Abid Hammadou, né à Touggourt, dans la région de Ouargla. En fait, ce patronyme serait celui d'un mort. Le véritable nom d'Abou Zeid est selon toute vraisemblance Mohamed Ghedir, né à Debded, un poste-frontière avec la Libye.

Allégeance

Son engagement extrémiste remonte aux premières heures de la guerre civile en Algérie. Le parcours est classique : le Front islamique du salut (FIS), puis le Groupe islamique armé (GIA), au sein duquel il fait la connaissance et se met au service d'un certain Amar Saïfi, alias Abderrazak el-Para, le chef de la zone 5 (Est algérien). En 1998, les deux hommes suivent Hassan Hattab lors de la création du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Mais très vite, Zeid soutient le parachutiste dans ses ambitions aux dépens de l'émir Hattab et de sa rivalité frontale avec Mokhtar Belmokhtar. El-Para se voit confier la zone du Niger et du Tchad, alors que Belmokhtar règne sur le Sud algérien et le Nord-Mali. Cela n'empêche pas quelques alliances de circonstance. En avril 2003, El-Para et son lieutenant prennent en otage trente-deux touristes européens qu'ils remettront ensuite à Belmokhtar, en charge des négociations. Zeid suit les tractations, et c'est sans doute durant cette période qu'il fait la connaissance du Touareg Iyad Ag Ghali, aujourd'hui chef d'Ansar Eddine.

La neutralisation d'El-Para au Tchad, en mars 2004, lui permet ensuite de gravir un nouvel échelon et de récupérer les hommes de l'ancien militaire. Légitimiste, il fait également allégeance au nouveau chef du mouvement, l'idéologue Droukdel.

Soucieux d'entretenir l'authenticité de son jihad, il se démarque facilement du businessman et opportuniste Belmokhtar, et envisage, en 2007, d'aller se battre en Afghanistan. Seules des informations parcellaires sont disponibles sur cet épisode : il aurait rencontré un émissaire de Ben Laden au Tchad, mais son projet aurait tourné court avec la mort de cet émissaire. À défaut d'obtenir le titre d'« Afghan », le combattant, qui rayonne dans la bande saharienne, applique scrupuleusement les consignes de l'émir envoyées depuis la Kabylie.

Kidnapping

En janvier 2009, des bandits nomades kidnappent au Niger un ressortissant britannique, Edwin Dyer, qu'ils remettent aux hommes de sa katiba. La consigne de Droukdel : exiger la libération d'Abou Qoutada, un proche de Ben Laden, détenu en Angleterre. Londres négocie, et, croyant que les tractations ont abouti, annule au dernier moment une opération des forces spéciales, peu avant la fin de l'ultimatum. Funeste méprise. Dyer est sauvagement exécuté. Puis en juillet 2010, c'est l'otage français Michel Germaneau qui trouvera la mort.

Par ces crimes, Abou Zeid marque plus sa différence avec l'homme d'affaires du désert qu'il n'affirme sa loyauté envers Droukdel. Il démontre clairement que sa katiba n'est pas une officine de contrebandiers, que ses hommes mènent le jihad et qu'ils infligent la terreur aux apostats... Ce qui ne l'empêche pas de se livrer, lui aussi, à des trafics, mais moins ostensiblement que Mister Marlboro !

À Tombouctou, il s'est installé dans le palais de Kaddafi.

En septembre 2010, l'enlèvement des sept expatriés d'Areva et de Vinci, à Arlit (Niger), s'inscrit dans cette logique idéologique. L'ancienne puissance coloniale, terre de chrétienté, est frappée au coeur. À noter qu'au cours des négociations il croise une fois de plus la route de Iyad Ag Ghali, mandaté par Bamako, et a rencontré le colonel de l'armée française et ex-officier de la DGSE, Jean-Marc Gadoullet, qui a obtenu la libération de trois des sept otages.

Le vent révolutionnaire au Maghreb constitue une autre opportunité. Selon plusieurs sources, Zeid a envoyé des hommes en Tunisie puis en Libye, au moment de la chute de Ben Ali et de celle de Kaddafi. Quant au chaos malien, il lui a permis de renouer avec Ag Ghali et de servir d'intermédiaire entre le chef d'Ansar Eddine et sa maison mère, Aqmi. Signe des temps, le 1er avril dernier, lorsque Tombouctou tombait, il s'est installé dans le palais que Kaddafi s'était fait construire. Plus au nord, dans les montagnes de Kabylie, si l'émir Droukdel venait à disparaître, le lieutenant du Sahara serait certainement le candidat idéal à sa succession. À condition que l'éloignement ne constitue pas un obstacle. À condition aussi que la crise malienne n'engloutisse pas Mohamed Ghedir. 

___

Laurent Touchard avec Baba Hamed (à Bamako), Cherif Ouazani

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Mali

Mali : le Mujao annonce la mort de l'otage français Gilberto Rodrigues Leal

Mali : le Mujao annonce la mort de l'otage français Gilberto Rodrigues Leal

Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) a annoncé mardi la mort du Français Gilberto Rodrigues Leal, enlevé en novembre 2012 dans l'ouest du Mali. [...]

Mali : les cinq humanitaires capturés en février ont été libérés par l'armée française

Les cinq humanitaires maliens, dont quatre employés du Comité international de la Croix-Rouge au Mali, capturés le 8 février ont été libérés jeudi par l'armée[...]

Carte interactive : voyagez en Afrique sans visa !

En vertu d'accords bilatéraux ou dans le cadre d'organisations sous-régionales, plusieurs pays africains ont supprimé l'obligation de visa d'entrée sur leur territoire. Grâce à une carte[...]

Mali : IBK au Sénégal, les raisons d'une visite

Le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, a fait une visite d'État au Sénégal, du 13 au 16 avril. Retour sur les raisons de cette visite.[...]

Mali - France : le ton monte

Les rapports entre le Mali et la France sont exécrables depuis plusieurs mois. Plus récemment, l'"affaire" Tomi et, surtout, la situation à Kidal n'arrangent rien.[...]

Terrorisme - Iyad Ag Ghaly : arrête-moi si tu l'oses !

Recherché pour terrorisme par le monde entier, le chef touareg Iyad Ag Ghaly semble pourtant poursuivi avec bien peu d'ardeur. Et pour cause : il reste un acteur essentiel dans la région.[...]

Le jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar retiré en Libye ?

Selon le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), la présence en Libye de Mokhtar Belmokhtar serait une menace pour la paix. Le jihadiste algérien et ses hommes avaient occupé pendant[...]

Jean-Yves Le Drian : "IBK doit négocier, Samba-Panza aussi"

Mali, Centrafrique, Libye... Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, reconduit à son poste le 2 avril, est sur tous les fronts africains. Entretien avec un Breton sans états[...]

Mali : un nouveau gouvernement pour relancer la réconciliation

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a nommé les membres du gouvernement dirigé par le nouveau Premier ministre Moussa Mara, une équipe resserrée dont l'une des principales[...]

Journalistes de RFI assassinés au Mali : des juges français vont enquêter

Des juges d'instruction parisiens vont enquêter sur l'assassinat au Mali fin 2013 des deux journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces