Historien congolais, Kambayi Bwatshia a été ministre honoraire de l'Enseignement supérieur et universitaire et de la Recherche scientifique sous Mobutu.
Jeune Afrique : Selon vous, quels ont été les apports de Mobutu ?
Kambayi Bwatshia : Il était certes un dictateur, il a volé, mais il a tenté de réglementer la vie des Congolais. À l'époque, nous savions par exemple comment payer nos impôts. Mobutu a également façonné l'identité du pays. Il a rendu la citoyenneté aux Congolais et promu la laïcité. Fondamentalement, la façon d'être zaïrois était typique. Avec Mobutu, nous avions acquis une « personnalité » et on pouvait défendre cette identité. Il y a eu certes des bévues dues à la dictature, mais le Zaïrois commençait à prendre conscience qu'il était digne. En outre, Mobutu a été l'artisan de l'unité nationale. Le Congolais se sentait uni à son sol. Ce qui se passait à Goma ou à Lubumbashi était l'affaire de tous les Zaïrois. Enfin, il a tenté de créer une classe moyenne.
Et en Afrique ?
Il était un leader en Afrique. Il a imité ses aînés, comme Houphouët-Boigny ou Julius Nyerere. Il a imposé une manière d'être et une façon de se faire respecter. Mais après sa chute, la rupture a été brutale et il n'y a pas eu de continuité comme au Sénégal, par exemple, entre Abdou Diouf et Abdoulaye Wade. Or, quand une rivière n'a plus de source, elle devient un lac boueux...
En quoi le fonctionnement du MPR [Mouvement populaire de la révolution, NDLR] marque-t-il encore les pratiques des partis politiques ?
Le MPR était un parti unique. Pourquoi ? À l'indépendance, le Congo, création coloniale, était traversé par divers clivages. Arrivé au pouvoir, Mobutu, comme ses pairs africains, a donc mis en place ce système du parti unique pour rassembler et unifier. Mais la dictature est un système égotique incapable d'évoluer. Et quand la rupture du multipartisme s'est faite, la plupart des partis ont été fondés sur ce modèle patrimonial et l'instinct grégaire. On a créé des partis comme on crée des assemblées de prière. Comme souvent en Afrique, cette rupture s'est faite dans la débrouillardise et la violence.
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Propos recueillis par Muriel Devey

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