Extension Factory Builder

Mgr Louis Portella Mbuyu : "Il faut donner aux gens l'envie de se fixer"

30/08/2012 à 18:10
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
L'évêque de Kinkala, Mgr Louis Portella Mbuyu. L'évêque de Kinkala, Mgr Louis Portella Mbuyu. © Emanuela De Meo/CPP/CIRIC

Pour l'évêque de Kinkala, Mgr Louis Portella Mbuyu, l'aménagement et les initiatives économiques sont le meilleur moyen de tourner la page des années 2000.

Président en exercice de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et de l'Association des Conférences épiscopales de la région de l'Afrique centrale (Acerac), Mgr Louis Portella Mbuyu, 70 ans, originaire de Pointe-Noire, a été ordonné évêque de Kinkala en janvier 2002, au moment où les jeunes miliciens Ninjas de Pasteur Ntumi commençaient à s'armer. Connu pour son franc-parler, il s'est investi dans la médiation entre le gouvernement et les rebelles jusqu'à la normalisation de la situation, en 2007-2008.

Jeune Afrique : Que vous inspire le fait que la célébration de la fête nationale soit cette année organisée à Kinkala ?

Mgr Louis Portella Mbuyu : C'est vraiment une chance et un événement positif pour le Pool. Parce que la célébration de la fête nationale est toujours l'occasion de réaliser un certain nombre d'opérations de reconstruction et d'aménagements, dans le cadre de ce qu'on appelle désormais la « municipalisation accélérée ».

Comment avez-vous vu évoluer ce département ?

La population est très travailleuse. Elle est capable de réaliser beaucoup de choses et possède des valeurs culturelles qui lui permettent de rebondir. En 1997, quand la guerre civile a pris fin, il y a eu des résidus dans le Pool. Puis, pendant des années, les gens ont subi la violence, à cause des miliciens qui sévissaient dans le département. Les choses ont seulement commencé à s'améliorer lorsque le responsable de cette milice [Frédéric Bintsamou, alias Pasteur Ntumi, NDLR] a été intégré dans les institutions.

Les rancoeurs sont-elles toujours vives ?

Humainement parlant, il faut du temps, car beaucoup de familles restent blessées à la suite de pertes douloureuses. Des villages ont été rasés. Ce trop-plein de souffrances nécessite un temps de résilience pour que les uns et les autres oublient et se lancent dans la reconstruction. À cet égard, je sens une grande ouverture, une grande disponibilité de la part de la population. Nous avons fait passer des messages dans les paroisses pour dire que les jeunes qui s'étaient mal comportés sont nos enfants, méritent notre pardon et doivent reprendre leur place dans la société.

La population du Pool a des valeurs culturelles qui permettent de rebondir.

Pourquoi ne pas créer une « commission vérité et réconciliation » ?

Une telle commission n'est pas nécessaire sur le plan institutionnel. Mais, c'est certain, il faut une démarche concertée à tous les niveaux de la société et du département entre les politiques, les villages, les clans, les districts. Les gens sont ouverts à cela, et le simple fait de développer les voies de communication peut y contribuer. Donner à la population rurale les possibilités d'un développement réel sera déterminant.

Selon vous, quelles sont les priorités ?

Il faut commencer par les routes. On s'y est investi, mais on doit pousser encore plus loin. Ensuite, on doit mettre en place de vrais projets de développement pour donner aux gens l'envie de se fixer, ainsi que le goût de produire et de commercer. Kinkala aura ainsi une couleur économique. Tout cela nécessite beaucoup de volonté. Mais il est primordial d'aller jusqu'au bout et de ne pas s'arrêter en chemin, comme cela arrive souvent.

Y a-t-il des actions spécifiques à mener pour la jeunesse ?

Un travail d'accompagnement psychologique est indispensable. La violence endémique qui s'était installée dans le Pool a marqué les plus jeunes. Beaucoup ne sont plus allés à l'école, ceux qui y allaient ont connu des traumatismes - un enseignant m'a confié que nombre de ses élèves en ont littéralement perdu la mémoire - et ces séquelles continueront de peser encore longtemps sur la jeunesse du département. Le Pool est victime d'un retard culturel. Chacun de nous en porte une part de responsabilité. Ce qui compte aujourd'hui, c'est de voir comment nous en sortir. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Congo (Brazzaville)

À Brazzaville, les ex-Séléka demandent la partition de la Centrafrique

À Brazzaville, les ex-Séléka demandent la partition de la Centrafrique

L'ouverture des pourparlers de Brazzaville entre différents protagonistes de la crise centrafricaine a été marquée lundi par l'exigence de partition du pays posée par l'ex-Séléka. U[...]

Congo Brazzaville : SNPC va lever 1,5 milliard de dollars

La Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) va lever 1,5 milliard de dollars. L'opération, un préfinancement pétrolier piloté par Ecobank Capital, devrait permettre à[...]

Centrafrique : ouverture à Brazzaville du "Forum pour la réconciliation nationale"

Un "Forum pour la réconciliation nationale et le dialogue politique" en Centrafrique se tient à Brazzaville du 21 au 23 juillet. Mais ses participants sont divisés et l'on voit mal comment les[...]

Expatriés : les villes africaines toujours plus chères !

Les classements 2014 des cabinets Mercer et ECA International montrent que les villes africaines sont toujours plus chères pour les expatriés. En cause : une dépendance forte vis-à-vis des importations[...]

Congo : le procès Ntsourou s'ouvre à Brazzaville

Plus de six mois après son arrestation, Marcel Ntsourou a été présenté mercredi matin devant la chambre criminelle de la Cour d'appel de Brazzaville. L'ancien chef adjoint des services de[...]

Bassin du Congo : le Mokélé-Mbembé, cousin africain du monstre du loch Ness ?

L'explorateur Michel Ballot est parti à la recherche du mystérieux Mokélé-Mbembé, en Afrique centrale. Il livre aujourd'hui le récit de sa longue et obsédante quête.[...]

Congo-Brazzaville : à Paris, l'opposition en exil veut forcer Sassou Nguesso au départ

Alors que le camp présidentiel évoque une modification de la Constitution pour permettre à Denis Sassou Nguesso de se représenter, l’opposition congolaise en exil a organisé un[...]

Daniel Biyaoula, écrivain iconoclaste

En 1997, un nouveau nom apparut dans le paysage littéraire africain : Daniel Biyaoula, natif du Congo-Brazzaville. Auteur alors d'un premier roman, L'Impasse, ambitieux aussi bien dans la forme que dans le ton[...]

Crimes rituels : sur l'autel de la puissance

Enfants kidnappés, albinos massacrés, cadavres mutilés... Pour s'attirer fortune et pouvoir, certains monnaient cher cérémonies macabres ou trafics d'organes. Enquête sur un[...]

Crimes rituels : sur l'autel de la puissance et de l'impunité

Enfants kidnappés, albinos massacrés, cadavres mutilés... Pour s'attirer fortune et pouvoir, certains monnaient cher cérémonies macabres ou trafics d'organes. Enquête sur un[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers