Extension Factory Builder
14/08/2012 à 12:28
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

La ressemblance est frappante entre le derviche de Voltaire distillant sa sagesse et Cheikh Rached Ghannouchi, leader d'Ennahdha, qui, du haut de son minaret, se régale de l'exportation de sa révolution islamiste en Égypte et dans les contrées orientales. En ces journées de canicule, les Tunisiens subissent des coupures d'eau et d'électricité, ce qui fait dire à un malin observateur « on s'attendait à la coupure de la bière, on a eu la coupure de l'eau ».

Huit mois après leur intronisation, le président du gouvernement (Hamadi Jebali) et celui de la République (Moncef Marzouki) ne savent plus à quel saint se vouer. Le premier multiplie les lapsus linguæ, de son « sixième califat », formulé lors d'un discours à Sousse, à sa « dictature naissante » (au lieu de « démocratie naissante »), annoncée à l'ouverture du congrès de son parti Ennahdha en juillet. Comme le faisait jadis Ronald Reagan, M. Jebali parle sept fois avant de tourner une fois la langue dans sa bouche.

Le second, désormais locataire provisoire du palais de Carthage, congédie le gouverneur de la Banque centrale sans savoir pourquoi et sans qu'il fasse lui-même la différence entre PNB (produit national brut) et PIB (produit intérieur brut). Trois de ses proches conseillers ont déjà démissionné, sans oublier le ministre Mohamed Abbou, affilié au parti présidentiel. Le docteur Marzouki ne porte pas la cravate mais affectionne les voitures noires blindées et l'avion personnel de Ben Ali, dont il a fait sa deuxième résidence, sautant d'un aéroport à l'autre. Son cousin lointain, le poète populaire Ali Lassoued Marzouki, a dit à la télé : « Mon cousin est tombé dans une mare. » Les autres canards de la mare se disputent le leadership. Après avoir livré Baghdadi Mahmoudi, l'ancien Premier ministre de Kadhafi, à une « méchoui party » à Tripoli, ils s'entredéchirent, l'un accusant l'autre d'empiétement. Mais le docteur Mustapha Ben Jaafar (président de l'Assemblée constituante) se montre très docile face aux islamistes dans l'espoir d'accéder, le 20 mars prochain, au palais de Carthage grâce à leur appui.

Voici donc la Tunisie dirigée par deux médecins, mais qui se sent malade. De quoi ? De tout. Tel le tambour du village, le célèbre patient du docteur Knock, dans la pièce de Jules Romains, il ne sait pas encore si ça le chatouille ou si ça le grattouille... Le mal est partout : amas d'immondices dignes du Moyen Âge, constructions anarchiques, trottoirs défoncés, hausse des prix, insolence du citoyen (la mère du fameux Bouazizi a insulté un magistrat et s'est retrouvée en prison)... Les salafistes dictent leur loi à l'intérieur du pays. Dès que la police arrête l'un d'eux, la justice le libère le lendemain, au grand dam de la société. Leurs femmes, cachées sous le niqab, déboulent en ville comme des obus noirs bombardant un champ de jasmin.

Morale de l'histoire, dirait Candide : « On rêvait avec cette révolution de manger des mangues, on mange hélas des topinambours. » 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Forum-Tribunes Article suivant :
Algérie : 50 ans de théâtre sans épilogue

Forum-Tribunes Article précédent :
Développement : vers une révolution verte

Réagir à cet article

Tunisie

Tunisie : la dernière marche

Les Tunisiens nous étonnent chaque jour un peu plus. De tous les peuples arabes, ils sont ceux qui ont fait montre de la plus grande maturité, malgré de vives inquiétudes après le maelstr[...]

Présidentielle tunisienne : vers un second tour Essebsi - Marzouki

Le premier tour de la présidentielle tunisienne s'est tenu dimanche avec un taux de participation d'environ 64 %. Selon les premières estimations à la sortie des urnes, Béji Caïd Essebsi devance[...]

Tunisie : faible participation à la présidentielle

À la mi-journée, le taux de participation à la présidentielle tunisienne était de 11,85 %. Un faible intérêt de la population pour le scrutin, qui ne lui enlève pas son[...]

Tunisie : ouverture des bureaux de vote pour une présidentielle historique

Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes dimanche en Tunisie pour la première présidentielle libre de son histoire, près de quatre ans après la révolution de janvier 2011 qui lança le[...]

Une Tunisienne remporte le concours "Miss monde Muslimah" en Indonésie

Une informaticienne tunisienne, Fatma Ben Guefrache, a remporté vendredi en Indonésie l'élection de "Miss monde Muslimah", présentée comme une riposte aux concours de beauté[...]

La Tunisie vote pour sa première présidentielle de l'après-révolution

La Tunisie organise dimanche sa première élection présidentielle pluraliste et espère franchir sans accroc cette nouvelle étape de sa transition vers la démocratie, jusqu'ici[...]

Fin de campagne présidentielle tendue en Tunisie

La campagne pour le scrutin présidentiel du dimanche 23 novembre s'est achevée en Tunisie dans un climat délétère. Pourtant, selon la Constitution, les prérogatives du chef de[...]

Tunisie : Ben Ali, Leïla et le 14 janvier

Depuis son exil en Arabie saoudite, le président tunisien déchu Zine el-Abidine Ben Ali finalise la rédaction de ses Mémoires. Sa version de la journée du 14 janvier 2011 est attendue avec[...]

Tunisie : Abdelfattah Mourou au Perchoir ?

Pendant que la Tunisie se focalise sur le premier tour de l'élection présidentielle du 23 novembre et que l'ultime séance de l'Assemblée nationale constituante (ANC) mettra un terme le[...]

Tunisie : Slim Chiboub, le gendre de Ben Ali, placé sous mandat de dépôt et écroué

Slim Chiboub, le gendre du président tunisien déchu Zine el-Abidine Ben Ali, est arrivé en Tunisie mardi matin pour s'expliquer devant la justice de son pays. Il a finalement été[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers