Le sommet des chefs d'État de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) tout juste achevé et le président de la Commission, Antoine Ntsimi, remercié après un ultime baroud que l'on peine à qualifier d'honneur et voici que ressurgissent les mêmes récriminations contre J.A., accusé d'avoir « mené campagne » contre une personnalité africaine et, en définitive, « obtenu sa tête », afin d'enrichir on ne sait quel tableau de chasse. Ce n'est pas nouveau : chaque fois que nos enquêtes et révélations ont joué un rôle dans le limogeage, la démission ou le départ forcé de tel ou tel responsable, c'est le même mauvais procès qui nous est fait.
Il faut dire qu'en un demi-siècle de journalisme indépendant la liste de ceux qui doivent à J.A. leur disgrâce ou leur fin de carrière est plutôt longue. De Nzo Ekangaki, éphémère secrétaire général de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) dans les années 1970, pris la main dans le sac d'un contrat qu'il n'aurait jamais dû signer, aux dirigeants compromis dans le scandale de la Banque des États de l'Afrique centrale (Beac) en 2009, en passant par les Ivoiriens Emmanuel Dioulo et Mohamed Diawara, qui défrayèrent la chronique financière au milieu des années 1980, tous ceux que J.A. a empêchés de continuer à mal gouverner en rond rejoignent dans le choeur des procureurs tous ceux qui s'estiment injustement critiqués dans nos colonnes - Jean Ping et Cheick Modibo Diarra, derniers exemples en date. Pour qui vous prenez-vous, à J.A. ? Qui vous paie ? Quels intérêts servez-vous ? Pourquoi vous en prendre à un tel et pas à un tel ? Vous ternissez l'image de l'Afrique aux yeux du monde ! Voire, comme nous l'écrit un lecteur malien, « vous insultez le peuple tout entier »...
Même si ces griefs émanent en général de puissants qui redoutent d'être les prochains à figurer au palmarès, beaucoup plus que des citoyens, qui eux se frottent les mains sous cape, redisons ce qui suit. Un : le responsable d'un scandale ou d'une affaire n'est pas celui qui les révèle, mais celui qui en est l'auteur et le coupable. On sait depuis l'Antiquité que tuer le messager d'une mauvaise nouvelle ne sert à rien : elle sera, tôt ou tard, connue. Deux : nous ne tirons, à J.A., aucune gloire ni aucune jouissance de ce type d'exercice. Nous faisons notre travail, qui n'est pas de présenter une Afrique de conte de fées sur papier glacé, dans lequel les happy few aiment se mirer, mais l'Afrique telle qu'elle est, avec ses réussites et ses échecs, ses héros et ses salauds. Trois : qu'Antoine Ntsimi, Jean Ping et les autres se rassurent : nous serons tout aussi vigilants - et au besoin sévères - envers les performances de leurs successeurs que nous l'avons été avec eux.

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