Extension Factory Builder
20/07/2012 à 17:39
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Mis à jour le 23/07/2012 à 10h15 (voir le droit de réponse ci-dessous)

Le 2 juillet, Bujumbura, la capitale du Burundi, à l'instar de l'ensemble du pays, était sur son trente et un. Cinquantième anniversaire de l'indépendance oblige. À cette occasion, un défilé monstre et élastique a été organisé sur le bien nommé boulevard de l'Indépendance. On a vu évoluer tout ce que le pays compte de forces vives : du fonctionnaire au militaire, de l'association des paralytiques à celle des boiteux, de l'acrobate au chausseur de rollers. Le spectacle de parachutistes descendant du ciel a impressionné l'assistance, même si l'un d'eux est tombé dans un arbre, provoquant la frayeur du public. Outre le prince héritier du royaume de Belgique et la princesse, six chefs d'État avaient répondu à l'invitation de Pierre Nkurunziza, le président burundais. Ils avaient des écouteurs vissés aux oreilles pour suivre la traduction des commentaires en kirundi. Plus le temps passait, plus le Kényan Mwai Kibaki somnolait, tandis que la princesse belge ne cessait de s'éventer. Plusieurs heures plus tard, le Congolais Joseph Kabila, l'équato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema et le Centrafricain François Bozizé sont partis directement du boulevard de l'Indépendance pour l'aéroport. « Le ventre creux », dit-on.

Si j'ai suivi d'un oeil distrait ce défilé qui semblait sans fin, une polémique a bien retenu mon attention. Elle porte sur le buste du prince Louis Rwagasore, premier Premier ministre du pays assassiné, en 1961, dans un hôtel de Bujumbura par... un ressortissant grec ! Vous y comprenez quelque chose ? Rwagasore fut un personnage consensuel. C'est le héros national. La polémique est née du fait que la statue érigée dans un jardin public du centre-ville ne lui ressemble pas, selon ses admirateurs et ses contemporains ! L'Union pour le progrès national (Uprona), le parti fondé par Rwagasore, est montée au créneau pour dénoncer cette profanation (sic). Et d'accuser le camp présidentiel de s'être livré à un véritable sabotage. Ce que les accusés réfutent la main sur le coeur, bien entendu.

Monuments chinois

Pourquoi cette polémique ? Aussi étrange que cela puisse paraître, la réalisation de la statue de Rwagasore a été confiée à un artiste... chinois. Les mécontents affirment que le prince est représenté sous des traits chinois. Ils ont estimé que cette oeuvre ne méritait pas d'être montrée au public. Naïvement, j'ai demandé à quelques Burundais si le pays ne compte pas de sculpteurs. Ceux qui défendent le gouvernement m'ont dit : « Aucun. » Quant aux opposants, ils restent catégoriques : « Beaucoup. » Je signale que le Burundi n'est pas le premier pays africain à confier la réalisation de ses monuments à des Chinois et des Nord-Coréens anonymes. À quoi servent alors les artistes nationaux s'ils n'ont pas l'occasion de participer à l'édification de leur propre histoire ?

En attendant la réponse, je suis repassé dans le centre-ville de Bujumbura, devant le buste de Rwagasore. Ô surprise : il est désormais recouvert d'un morceau de tissu clair ! En attendant. Cette polémique n'est pas la première. Il n'y a pas longtemps, une statue représentant l'ancien président Melchior Ndadaye, assassiné en 1993, a été installée, encore par des Chinois, non loin de la place où se trouve aujourd'hui celle de Rwagasore. Verdict de ses fidèles et de son parti, le Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu) : méconnaissable, scandaleux ! Le buste est toujours là. Dévoilé.

__________

Droit de réponse :

 

Un para, deux bustes et une princesse…

Nous avons été étonnés par le « Post-scriptum » intitulé « Bisbilles burundaises » de Tshitenge Lubabu M.K. paru dans les colonnes de Jeune Afrique à propos des célébrations du 2 juillet.

L’auteur parle d’« un parachutiste tombé dans un arbre, provoquant la frayeur du public ». S’il est vrai qu’un parachutiste a frôlé un arbre avant d’atterrir, ce fait n’a pas du tout provoqué la frayeur de l’assistance. Le public en a ri et les images le prouvent.

L’auteur parle des chefs d’État partis « le ventre creux ». Les cérémonies ont été sanctionnées par un cocktail offert par le président de la République aux hôtes de marque. Tous les chefs d’État y étaient conviés, mais ils se réservaient la liberté de s’y rendre ou pas selon leurs programmes.

L’auteur parle de deux bustes confectionnés par les Chinois qui ont créé de la « polémique » à Bujumbura. S’il est vrai que l’un des deux bustes, celui du héros de l’indépendance, Louis Rwagasore, a été confectionné par un sculpteur chinois, le résultat peut ne pas faire l’unanimité. Des propositions de retouche ont été faites, et le travail se poursuit. Dans les deux cas, le gouvernement se réserve le droit d’accepter ou de rejeter avant la réception officielle. […]

L’auteur parle, avec un air irrespectueux, d’un président qui somnolait, d’une princesse qui s’éventait et d’un défilé long. D’emblée, il sied de dire qu’il n’y a pas de format conseillé pour ce genre de festivités. Comment un journaliste qui suivait « d’un œil distrait » ce défilé aurait pu voir des gens qui somnolaient ?

Gervais Abayeho, conseiller principal médias et communication, présidence de la République, Bujumbura, Burundi

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

POST-Sriptum Article suivant :
Bons baisers du Maroc

POST-Sriptum Article précédent :
RDC : trouvailles kinoises

Réagir à cet article

Burundi

Burundi : l'opposition exige la 'démission immédiate' de la commission électorale

Burundi : l'opposition exige la "démission immédiate" de la commission électorale

Les 18 partis d'opposition du Burundi ont unanimement exigé mardi la "démission immédiate" de la Commission électorale indépendante (Céni). Ils l'accusent de fraude massive dans [...]

Processus électoral au Burundi : l'Église et l'Uprona dénoncent des irrégularités

Le principal parti d'opposition au Burundi, l'Union pour le progrès national (Uprona), s'est dit lundi "renforcé" par la prise de position des évêques catholiques du pays, qui ont[...]

Burundi : la Commission Vérité et Réconciliation voit enfin le jour

Douze ans après la date prévue par l’accord de paix d’Arusha de 2000, on connaît enfin les noms des onze membres de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), chargée[...]

Burundi : le gouvernement reconnaît des "irrégularités" dans l'enregistrement des électeurs

À l'issue d'une réunion avec les gouverneurs de province, Edouard Nduwimana, le ministre burundais de l'Intérieur, a reconnu que le processus d'enregistrement des électeurs en cours était[...]

Pierre Buyoya : "Comme beaucoup, j'ai été surpris par la manière de faire de François Hollande"

Le candidat burundais malheureux au poste de secrétaire général de l'OIF félicite sa rivale, la Canadienne Michaëlle Jean, pour sa nomination. Et regrette la division de l'Afrique ainsi que des[...]

Burundi : chambardement dans le cabinet de Nkurunziza

Pierre Nkurunziza a signé vendredi une série de décrets relatifs à la "réorganisation des services de la présidence". Parmi les têtes qui ont volé, on note celle de[...]

Burundi : Mbonimpa, Rufyikiri, Nininahazwe... Ces défenseurs des droits humains sous pression

Depuis le retour au Burundi des membres de la société civile qui ont participé, à la mi-novembre, à l'examen de la situation de leur pays par le Comité contre la torture (CAT) à[...]

OIF - Pierre Buyoya : "Je me considère comme un réformateur"

À deux reprises, il a pris le pouvoir par les armes. Mais l'ex-président burundais Pierre Buyoya est convaincu que cela ne l'empêchera pas d'obtenir le poste de secrétaire général[...]

Burundi : le président Pierre Nkurunziza accusé de vouloir détruire l'opposition

À moins d'un an des élections générales, la situation politique inquiète la communauté internationale. L'opposition accuse, elle, le président Pierre Nkurunziza d'œuvrer[...]

Burundi : Pierre Claver Mbonimpa... outragé, brisé, libéré

Détenu pour atteinte à la sûreté de l'État, le grand défenseur burundais des droits humains Pierre Claver Mbonimpa a, le 29 septembre, quitté la prison centrale de[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers