Extension Factory Builder
06/07/2012 à 15:30
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le Finlando-Libyen, Maruan el-Krekshi est de la Crisis Management Initiative. Le Finlando-Libyen, Maruan el-Krekshi est de la Crisis Management Initiative. © Roni Rekomaa/Lehtikuva pour J.A.

Finlando-Libyen, Maruan el-Krekshi, ce jeune citoyen du monde se voue à la résolution des conflits au sein de la Crisis Management Initiative.

La Finlande, la Libye, le Maroc, le Yémen : d'une certaine manière, Maruan el-Krekshi représente ces quatre pays. À l'aise en arabe comme en français, en anglais et en finnois, le responsable de projets pour l'Afrique du Nord de la Crisis Management Initiative (CMI) est plus que tout autre un « citoyen du monde ». Né à Tajoura (Libye) en mars 1978, il est le fils d'un Libyen ayant rencontré et épousé une Finlandaise en France. Il a vécu au Maroc, puis à Helsinki, avant de rencontrer sa propre femme au Yémen. Tandis que la langue commune de ses parents était le français, son couple communique en anglais et en arabe... Qui dit mieux ?

Les sept premières années de sa vie, il les a passées en Libye. Il en parle en oscillant entre émotion et recul analytique : « Dans les années 1980, le pays était très fermé, les magasins étaient vides, les gens faisaient la queue. Mon père voyageait et ramenait beaucoup de choses : du savon, du dentifrice... L'eau du robinet était salée... Je me souviens des chants révolutionnaires antiaméricains et antisionistes que nous entonnions... On m'embêtait un peu parce que ma mère était finlandaise. On disait qu'elle était non croyante... Je me souviens aussi des séjours à la plage... Je ne suis pas traumatisé. » Issu d'un milieu privilégié - son père travaille d'abord dans la banque, puis pour la Libyan Arab Foreign Investment Company -, il a un peu de mal à s'adapter quand, en 1986, la famille s'installe au Maroc, mais un prof de français à domicile l'aide à boucler « deux années en une » avec « les gosses de l'élite ». Plus tard, dans un lycée public de Casablanca, il découvrira « un autre Maroc ».

Citoyen du monde

« On n'a coupé le contact ni avec la Libye ni avec la Finlande, où nous nous rendions chaque été, dit-il. D'ailleurs, à l'époque, c'était assez bizarre, car il n'y avait pas beaucoup d'étrangers dans les rues d'Helsinki. Maintenant, c'est plus commun. » En 1996, ses parents rentrent en Libye, où son père deviendra responsable de la coopération économique au sein du ministère des Affaires étrangères et où sa mère trouvera un poste dans une entreprise pétrolière norvégienne. Lui passe les très sélectifs examens de l'université de Helsinki et effectue son service militaire sur l'une des nombreuses îles qui parsèment la mer Baltique, aux abords de la capitale. « C'était intéressant car, dans l'armée, tu vois toutes les couches sociales du pays », affirme-t-il. Ensuite, tout en se passionnant pour la politique finlandaise - son grand-père maternel est membre du Parti social-démocrate -, il suit le cursus des « development studies », effectuant des stages au sein du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). « Ce choix était assez naturel puisque je viens d'un pays en voie de développement, explique-t-il. Je m'intéresse surtout à la relation Sud-Nord et aux problèmes structurels qui existent entre les deux. Je n'ai pas de problème à naviguer d'un bord à l'autre. » Passionné de nature, adepte du cyclisme et de la randonnée, il passe ses vacances... en Libye. Une fois les études terminées, en 2006, il continue sur sa lancée : Programme alimentaire mondial à Rome, Pnud au Yémen sur un programme du ministère finlandais des Affaires étrangères. C'est là que l'amour s'invite : « J'ai rencontré ma femme au bureau. Dès le début, j'ai pensé qu'elle pourrait être ma compagne. Nous nous sommes mariés en 2009. » Si elle a fait ses études au Liban et aux États-Unis, elle vient d'une famille traditionnellement engagée, se référant à la jurisprudence islamique dans le pays. Lui se dit musulman : « Je fais le ramadan, j'essaie de vivre en accord avec les principes généraux de la religion. »

La libye de l'après-Kadhafi

Des principes de paix, notamment, qui correspondent à ceux défendus par la CMI, créée en 2000 par l'ancien président finlandais et Prix Nobel de la Paix Martti Ahtisaari. « Résoudre les conflits et construire une paix durable à travers le monde » : voilà à quoi il s'emploie aujourd'hui depuis Helsinki. Chargé de la Tunisie et du Maroc, il suit de près ce qui se passe en Libye depuis la chute de Kadhafi.

« Pendant les révolutions arabes, on était collés à la télé. Mon père était à New York et il a fait défection avec tout un groupe d'officiels. On n'avait plus aucune nouvelle de ma mère. Elle a finalement réussi à prendre le dernier vol. Nous avions peur des représailles, mais rien n'est arrivé. » Point d'épanchement : c'est en analyste que le jeune papa décrypte le déroulé des événements : « Quand Ben Ali est parti, j'ai supposé qu'il y aurait une contagion, sans imaginer que la Libye serait touchée aussi vite. Mais passé un certain nombre de personnes tuées, la population va jusqu'au bout. » Soutenant que « la clé est la gestion de la manne pétrolière de façon équitable et transparente », il se veut optimiste. Et compte s'impliquer, quand son épouse aura terminé ses études en Finlande : « Je pourrais être utile en matière de réconciliation après ce qui a été une vraie guerre civile. Je serais bien placé pour m'en occuper : je ne fais pas partie d'une tribu, je suis plus neutre. »

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

OIF - Succession de Diouf : l'Afrique parlera-t-elle d'une seule voix ?

OIF - Succession de Diouf : l'Afrique parlera-t-elle d'une seule voix ?

Une réunion de la dernière chance pourrait avoir lieu avant le huis-clos des chefs d'État, dimanche. Objectif : arriver à dégager un consensus sur une candidature africaine à la succession[...]

DVD 

Documentaire : "I Am Ali", l'album de famille

Quarante ans après le combat opposant le boxeur à Foreman, à Kinshasa, un documentaire intimiste brosse un portrait sensible de l'homme qu'il fut, vu par les siens.[...]

Sénégal : sommet de l'OIF à Dakar, tout se passe à Diamniadio

Diamniadio, un pôle urbain ultramoderne et écologique, accueille le sommet de la Francophonie les 29 et 30 novembre. Une bouffée d'air frais, en périphérie d'une capitale [...]

Hollande aux Guinéens : "Nous avons le devoir de vous soutenir" dans la lutte contre Ebola

À son arrivée à Conakry, François Hollande a affirmé, vendredi, la solidarité de la France avec la Guinée dans la lutte contre l'épidémie d'Ebola. Le[...]

Les sons de la semaine #22 : Petite Noir, Swamp Dogg, Mad Lenoir...

Bienvenue dans notre tour d'horizon musicale hebdomadaire ![...]

France : le message de François Hollande aux dirigeants africains tentés de s'accrocher au pouvoir

Lors d'un entretien télévisé diffusé jeudi, le président français, François Hollande, a adressé un message de bonne gouvernance aux dirigeants africains.[...]

Danse : Hamid Ben Mahi, de la "hogra" à la révolution

Le chorégraphe français d'origine algérienne Hamid Ben Mahi évoque dans son nouveau spectacle, "La Hogra", les vexations qui ont servi de carburant aux révolutions arabes.[...]

La Francophonie, un idéal voué à l'échec

Magaye Gaye est directeur général du cabinet de recherche de financement GMCCONSEILS (Dakar, Sénégal). Au moment où le Sénégal  s’apprête à accueillir le[...]

Francophonie : candidats au poste de secrétaire général, leurs atouts et leurs faiblesses

Dimanche à Dakar, les chefs d'États membres de la Francophonie éliront le nouveau secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Présentation[...]

Pour les 70 ans du massacre de Thiaroye, le Cran intente deux actions contre l'État français

Une association française, le Conseil représentatif des associations noires (Cran), a annoncé jeudi avoir intenté deux actions en justice contre l'État français. Elle souhaite notamment[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces