Extension Factory Builder

Rwanda - Anastase Shyaka : "Notre système ne peut être antidémocratique"

02/07/2012 à 08:55
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Cet universitaire de 44 ans jouit d'une grande confiance au sommet de l'État rwandais. Cet universitaire de 44 ans jouit d'une grande confiance au sommet de l'État rwandais. © Vincent Fournier pour J.A.

Les dossiers sensibles de la transparence de l'administration ou de la liberté de la presse lui ont été confiés. Le directeur général de l'Office rwandais de la gouvernance, Anastase Shyaka, explique ce qui va changer.

Réforme des médias, enregistrement des partis politiques, contrôle des services administratifs... La sensibilité des dossiers confiés à Anastase Shyaka le prouve : cet homme de 44 ans jouit d'une grande confiance au sommet de l'État. Universitaire formé en Pologne et ayant enseigné aux États-Unis (grâce à une bourse du département d'État américain), il est le directeur général de l'Office rwandais de la gouvernance (Rwanda Governance Board, RGB), une institution publique créée en septembre 2011. Son objectif est de faire du pays un modèle de bonne gouvernance, au même titre qu'il l'est devenu dans celui du développement. Un véritable défi.

Jeune Afrique : Vous être chargé de la réforme des médias, alors que la liberté de la presse est fréquemment décrite comme très insuffisante au Rwanda. Comment améliorer la situation ?

Anastase Shyaka : Nous menons une série de réformes très ambitieuses, et je dirais même risquées. Par exemple, toutes les administrations seront bientôt obligées de livrer leurs informations non classées à tout citoyen qui en fera la demande. Dans le domaine de la presse, nous allons réformer la loi sur les médias : jusque-là, les titres de presse devaient respecter une périodicité et envoyer une copie de chaque exemplaire au ministère de l'Information. Ce ne sera plus le cas. L'Orinfor [Office rwandais d'information, NDLR], média d'État, va être transformé en média public sur le modèle de la BBC ; son directeur général ne sera plus nommé en Conseil des ministres, mais par un comité indépendant. Enfin, nous allons mettre la régulation des médias entre les mains des journalistes eux-mêmes, avec un organe qu'ils devront mettre en place.

Les délits de presse vont-ils être dépénalisés ?

Nous avons fait le choix de réduire les peines encourues pour ces délits plutôt que d'en faire des infractions civiles, car la plupart de nos médias sont trop faibles pour être capables d'indemniser un plaignant.

L'autocensure et la crainte de se lancer dans un secteur trop sensible n'empêchent-elles pas l'émergence de médias puissants et critiques ?

L'autocensure n'est pas mesurable, mais il est tout à fait possible qu'elle existe. Il faut rappeler le poids du passé : nous avons vu ce que les médias de la haine ont produit. Mais aujourd'hui, les journalistes bien formés, qui restent dans des normes professionnelles, traitent les informations sensibles comme partout ailleurs. Le vrai problème, c'est qu'ils sont peu nombreux.

La loi sur l'idéologie du génocide, jugée très sévère et formulée de façon floue, va-t-elle être réformée ?

Oui. Nous avons rassemblé les doléances de la société civile et des médias, et avons consulté des experts d'autres pays pour nous inspirer de leurs lois. Nous avons transmis des recommandations au gouvernement, qui doit se prononcer.

Lors des élections de 2009, certaines formations d'opposition n'avaient pas pu présenter de candidat, faute d'enregistrement. Le processus va-t-il changer ?

À l'époque, l'enregistrement des partis politiques dépendait du ministère de l'Administration locale, donc du gouvernement. Cette responsabilité nous a été transférée. Sur le fond, en revanche, les critères sont simples à respecter : il suffit d'avoir au moins cinq membres fondateurs du parti dans chacun des 30 districts. Cela ne devrait pas changer.

Le Rwanda est souvent cité en modèle pour son développement, mais en contre-exemple pour son système politique. Que vous inspire ce jugement ?

Que c'est impossible : un système qui assure le développement, la lutte contre la corruption et la redevabilité des gouvernants ne peut pas, dans le même temps, être mauvais en termes de gouvernance. Notre système est peut-être unique, différent, mais pas antidémocratique.

__________

Propos recueillis par Pierre Boisselet

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Rwanda

France - Rwanda : Sonia Rolland, Miss et ambassadrice

France - Rwanda : Sonia Rolland, Miss et ambassadrice

Dans un documentaire diffusé sur France Ô le 26 novembre, la comédienne franco-rwandaise évoque avec une tendresse teintée d'admiration la résurrection de son pays natal, vingt ans apr&e[...]

Rwanda - Affaire Habyarimana : un témoin disparaît au Kenya

Émile Gafirita, ancien militaire de l'armée rwandaise qui doit être entendu par la justice française dans le cadre de l'affaire de l'attentat contre l'avion de l'ancien président, Juvenal[...]

Rwanda : Kayije Kagame, l'innocence et la vertu

Cette jeune Rwandaise n'avait pas prévu de faire carrière dans le théâtre. Elle joue pourtant dans Les Nègres, de Jean Genet, sous la direction de Robert Wilson.[...]

RDC : les FDLR se déclarent disposés à se rendre à Kisangani pour y être cantonnés

Dans une correspondance datant du 3 novembre, dont "Jeune Afrique" a pu se procurer la copie, les rebelles rwandais des FDLR informent Kinshasa et la Monusco de leur "disponibilité" à effectuer[...]

Rwanda : noires douleurs, blanches dérives

Qu'est-il donc arrivé à Jane Corbin, journaliste britannique jusqu'ici réputée, experte en documentaires d'investigation pour la célébrissime émission Panorama,[...]

Doing Business 2015 : l'Afrique bat le record des réformes

 Selon le rapport "Doing Business" 2015 de la Banque mondiale, deux tiers des économies africaines ont connu une amélioration du climat des affaires. Le Sénégal et la RD Congo, qui[...]

Le Rwanda va réintégrer la Ceeac

Sept ans après s'en être retiré, le Rwanda va réintégrer formellement la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (Ceeac), lors d'un sommet prévu les 24 et[...]

Rwanda : les pro-Kagamé lancent le débat sur le nombre des mandats présidentiels

Trois petits partis rwandais, proches du pouvoir, ont publiquement lancé le débat sur le maintien du président Paul Kagamé à la tête de l'État après 2017. Ils[...]

Rwanda : prison à vie pour un ex-membre de la garde de Paul Kagamé

Le lieutenant rwandais Joël Mutabazi, ex-membre de la garde présidentielle, a été condamné vendredi à la prison à vie pour "terrorisme" et "complot" contre le[...]

RDC - Rwanda : qu'est-ce qui bloque (encore) le désarmement des FDLR ?

Après la neutralisation du M23, la brigade d'intervention des Nations unies devait s'attaquer aux autres groupes armés notamment les rebelles rwandais FDLR. Mais les pays de la région ont décidé[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers