Traqué par les forces de sécurité dans le Nord du Nigeria, Abubakar Shekau est le chef de la secte Boko Haram. Les images de lui sont rarissimes.
Pour les membres de la secte islamiste Boko Haram, c'est le « connaisseur du Coran » mais, pour les forces de sécurité nigérianes, c'est surtout l'homme à abattre. Abubakar Shekau est un ex-lieutenant de Mohammed Yusuf, le fondateur de Boko Haram mort en 2009 entre les mains de la police. C'est lui qui a repris le flambeau du djihad. C'est lui aussi que Washington a ajouté, le 21 juin, sur sa liste noire antiterroriste.
Début juin à Maiduguri (État de Borno), la traque lancée contre Shekau et ses hommes a tourné à la guerre de religion dans toute la moitié nord du pays : violences policières, attentats islamistes contre des églises et représailles de la part des chrétiens... Mi-juin, en moins d'une semaine, et en dépit du couvre-feu total décrété par les autorités, les affrontements interconfessionnels ont fait une soixantaine de morts dans l'État de Kaduna.
Brigand opportuniste
On sait peu de chose sur le nouveau leader de Boko Haram, si ce n'est qu'il vient de Shekau, un village situé non loin de la frontière nigérienne. Âgé de 34 ans pour les uns, 43 ans pour les autres, il est présenté tantôt comme un fondamentaliste, tantôt comme un brigand opportuniste et violent. Solitaire, il vit reclus dans un lieu tenu secret et n'a pas fait d'apparition publique depuis 2009.
Il a signé son grand retour dans une vidéo diffusée sur internet en janvier, une espèce de discours d'orientation générale : guerre sans merci contre les politiques, les policiers et surtout les chrétiens, notamment le président Goodluck Jonathan. « Je prends plaisir à tuer tous ceux qu'Allah me demande de tuer, de la même façon que je prends plaisir à tuer un poulet ou un bélier », a-t-il déclaré dans une deuxième vidéo revendiquant les attentats de Kano, les plus meurtriers depuis la création du mouvement (180 morts le 20 janvier).
Abubakar Shekau ne serait toutefois pas sur la même ligne que Mohammed Yusuf. « Yusuf était capable de comprendre les conséquences économiques et politiques de sa démarche. Alors qu'avec Shekau on risque d'aboutir à une somalisation du nord du Nigeria », analyse un fin connaisseur de la secte.
Le 6 juin, le grand imam de Bauchi, Sheikh Dahiru Bauchi, avait essayé de jouer les médiateurs. Il avait annoncé une trêve et le début de négociations entre les islamistes et le gouvernement. Onze jours plus tard, trois églises de Kaduna et Zaria (Nord) étaient la cible d'attentats.

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