Entretien avec Houcine Abassi, secrétaire général de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT).
Jeune Afrique: Quelles augmentations salariales demandez-vous ?
Houcine Abassi: Le gouvernement Essebsi avait accordé une prime de 76 dinars (37,50 euros) par mois aux fonctionnaires de la primature, en 2011. Tout naturellement, le reste de la fonction publique tunisienne a demandé la même chose, et les grèves se sont multipliées. Le gouvernement a d'abord dit qu'il n'avait pas les moyens en 2012. Puis, il en a accepté le principe, mais il a proposé une application en deux étapes. Nous maintenons le principe d'une hausse de 76 dinars en une seule fois. Quand nous aurons bouclé ce dossier, il nous faudra ouvrir des négociations dans les entreprises publiques. Ensuite viendra le tour du privé.
N'est-il pas malsain que les grèves se multiplient ?
Il y a des grèves légitimes pour défendre des droits légitimes. Quand un patron du textile ne paie pas pendant trois mois le salaire de ses 600 ouvriers, on comprend que ceux-ci bloquent toute activité dans leur zone. Nous ne sommes pas partisans de l'anarchie et nous avons contacté les ministères de l'Intérieur et des Affaires sociales pour obliger ce patron à trouver une solution.
D'autres grèves ne sont pas sous notre contrôle. Les sit-in et les barrages de routes ou de voies ferrées sont le fait de jeunes chômeurs. Nous ne les encourageons pas, bien au contraire, car nous sommes lésés par la paralysie qui en résulte, par exemple dans le bassin minier. Nos salaires s'en trouvent diminués. Nous avons condamné ces blocages et appelé le gouvernement à dialoguer avec les chômeurs pour remettre l'économie en marche.
Pouvez-vous travailler avec un gouvernement en majorité islamiste ?
Nous sommes l'organisation syndicale la plus puissante, et nos adhérents forment inévitablement une mosaïque politique. Nous nous efforçons de créer un environnement où leurs différences peuvent cohabiter. Notre indépendance est une ligne rouge.
Nous avons soutenu la révolution et contribué à abattre la dictature. Notre objectif est désormais de protéger cette révolution et de concrétiser les attentes en matière de développement des régions abandonnées, de justice sociale et de distribution équitable des richesses. Pas de prendre le pouvoir.
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Propos recueillis par Alain Faujas

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