Extension Factory Builder

Les États-Unis à la conquête des territoires francophones d'Afrique

22/06/2012 à 10:14
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Stephen Hayes est président du Corporate Council on Africa.

Quand je suis arrivé au Corporate Council on Africa en tant que numéro deux, des responsables d'entreprises américaines m'avaient laissé entendre que ce serait une perte de temps que de vouloir faire des affaires avec l'Afrique francophone. « Les Français font tout pour mettre les sociétés américaines à distance », me disait-on. Les plaintes étaient nombreuses. Elles portaient sur la corruption, le contrôle exercé par les Français sur des ministres importants et, bien entendu, sur la barrière linguistique. « Je ne parle pas français », ajoutait-on.

Dans le même temps, le président Chirac considérait les Américains comme des « pleurnichards » ou, du moins, c'est ce que nous pensions. Comme il l'avait dit en français, nous n'en étions pas vraiment sûrs.

Il y avait probablement un fond de vérité dans ce que rapportaient les entreprises. Dès qu'il s'agissait d'un pays francophone, nous trouvions tout un tas de raisons pour ne pas nous lancer. La présence des Français était synonyme de corruption. L'Afrique était déjà un défi conséquent sans compter les Français.

Néanmoins, quelques Américains ont réussi dans les affaires en Afrique francophone. Nous ne les avons jamais pris en exemple, mais plutôt considérés comme des exceptions, voire comme des corrompus. Et puis, il y avait toujours cette satanée langue française à apprendre.

Or noir

Alors nous avons laissé cette partie du continent aux Français. Du moins, c'est ce que nous avons cru. Très vite, il est arrivé des choses étranges. L'Afrique francophone a vu apparaître des acteurs non français. Chinois, arabes, indiens, israéliens et de bien d'autres nationalités encore... Je me suis dit alors que le président Chirac en savait plus sur nous que nous ne le pensions : nous étions bien des pleurnichards quand il s'agissait de commercer avec l'Afrique francophone.

La question de l'or noir a alors fait son apparition. Et avec elle les compagnies pétrolières américaines. Lorsque l'Afrique de l'Ouest, en grande partie francophone, s'est retrouvée sur le devant de la scène, les seigneurs du pétrole ont débarqué. Tout à coup, il a semblé possible de parler affaires avec l'Afrique francophone.

Avec nos craintes, notre arrogance et notre méconnaissance, nous avons nous-mêmes créé des obstacles.

Dans le secteur des nouvelles technologies de l'information et de la communication, Oracle se fait une place. Une fois que l'Amérique découvre un marché, la barrière linguistique n'est plus tout à fait un obstacle.

Mais la langue a encore un impact sur les affaires, aussi cherchons-nous des locuteurs francophones pour nous représenter. Des Américains apprennent même le français. Autres défis : comprendre les systèmes juridiques locaux, les différentes cultures... et bâtir des relations avant de conclure un marché.

Du pain sur la planche

Les temps changent. Les pionniers américains en Afrique francophone ont travaillé dur pour y parvenir. Un peu lents à la détente pour comprendre l'Afrique francophone, ils commencent à y entrer de la bonne manière. Tardivement, c'est vrai. Néanmoins, le marché se développe à mesure que les infrastructures s'améliorent. Nous devrions être reconnaissants vis-à-vis des Chinois et des autres acteurs qui les ont construites.

Toutefois, il reste du pain sur la planche. Pour que les grandes entreprises américaines, en dehors du secteur pétrolier, s'engagent davantage, il est indispensable de mettre en oeuvre une régionalisation et une harmonisation des systèmes. Une fois cela fait, l'Afrique de l'Ouest sera un marché bien plus intéressant. L'Afrique a encore beaucoup à faire, mais nous commençons à comprendre que nous avons nous-mêmes créé des obstacles, dont certains sont directement liés à nos craintes, notre méconnaissance et notre arrogance. Une fois que nous aurons vraiment surmonté nos peurs, nous serons en mesure de nous imposer. Nous avons beaucoup à entreprendre dans notre propre pays si nous voulons vraiment nous investir sur le continent. Mais je suis sûr que les Américains seront là plus vite qu'on ne le pense. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Forum-Tribunes Article suivant :
L'exception tunisienne... malgré tout

Forum-Tribunes Article précédent :
Mali : lettre au soldat méconnu

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

L'Australie en guerre contre l'immigration clandestine

L'Australie en guerre contre l'immigration clandestine

L'Australie ne veut plus accueillir aucun migrant clandestin. Les malheureux interceptés dans l'océan Pacifique seront donc à l'avenir immédiatement transférés au... Cambodge ![...]

France : Nicolas Sarkozy dérape sur les origines de Rachida Dati

Alors qu'il s'apprête à être réélu à la présidence de l'UMP ce week-end, Nicolas Sarkozy n'a semble-t-il rien perdu de sa capacité à créer la polémique. [...]

RDC : le discours de Denis Mukwege, prix Sakharov 2014, devant le Parlement européen

On le connaît comme le "juste qui répare les femmes". Mercredi, le docteur Denis Mukwege a reçu le prix Sakharov du Parlement européen, qu'il a dédié au "peuple[...]

Indice "Happy Planet" : souriez, vous êtes classés !

À l’"indice de développement humain" du Programme des Nations-unies (Pnud), la New Economics Foundation oppose l’"indice de la planète heureuse". L’Afrique est-elle[...]

Robert Johnson en BD : black, blanc, blues...

Une bande dessinée retraçant la vie du bluesman Robert Johnson, un manifeste d'époque sur l'affaire des Scottsboro Boys et un disque venu tout droit du Mississippi restituent l'atmosphère de[...]

François Fillon, ou la vengeance du "collaborateur"

On ne saura sans doute jamais si l'ancien Premier ministre a vraiment demandé au secrétaire général de l'Élysée de faire "taper" Nicolas Sarkozy par les magistrats. Mais[...]

Exclusif : libération d'un prêtre polonais enlevé en octobre dans l'ouest de la Centrafrique

Le père Mateusz Dziedzic, un prêtre polonais enlevé mi-octobre dans l'ouest de la Centrafrique, a été libéré mercredi.[...]

Espagne : scandales de corruption à tous les étages

Les affaires de corruption éclaboussent toute la classe politique, droite et gauche confondues. Elles expliquent en partie le succès foudroyant de Podemos, un nouveau parti d'extrême gauche.[...]

Affaire Michael Brown : pas de poursuites contre le policier, scènes de violence à Ferguson

Darren Wilson, le policier américain qui a abattu de six balles Michael Brown, un jeune Noir, à Ferguson début août, ne sera pas poursuivi, a annoncé lundi le procureur. Une décision qui[...]

Entrepreneuriat : le prochain GES aura lieu en Afrique subsaharienne

 Organisée à Marrakech du 19 au 21 novembre, la cinquième édition du GES a connu un franc succès. Plus de 6000 participants ont pris part à l'événement, qui reviendra[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers