Extension Factory Builder

Être bien soigné, c'est un droit !

14/06/2012 à 10:55
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

« L'appareil était en panne », « c'était trop cher », « le médecin n'était pas là »... Nombreux sont les malades déçus ou en colère en revenant de l'hôpital ou du dispensaire. Et pourtant, depuis une vingtaine d'années, on a construit des établissements, les équipements sont plus modernes et le personnel plus nombreux. Bref, en dehors des périodes de conflits, la situation aurait dû s'améliorer. Or ce n'est pas vraiment le cas, notamment en zones rurales.

Est-ce parce que les moyens sont insuffisants ? On est loin, en effet, des 15 % du budget que les États s'étaient engagés à verser à Abuja en 2001. En outre, le paiement des soins préconisé par l'Initiative de Bamako, en 1987, se heurte à la pauvreté de nombreux malades et à la rareté des personnes bénéficiant d'un système de remboursement. C'est pour cela qu'on ne peut pas soumettre à un paiement préalable les urgences mortelles : ce serait condamner certains patients à ne pas être soignés. Ces urgences menaçant la vie devraient être prises en charge sans conditions (avec paiement différé éventuellement). Peut-être faut-il aussi rétablir des médecins et chirurgiens « résidents » expérimentés, habitant l'hôpital et disponibles la nuit (contre des avantages de logement et de salaire), capables de gérer au mieux ces situations difficiles.

En raison des insuffisances du système de santé publique et des salaires des médecins fonctionnaires, ceux-ci ont développé des cliniques privées - en conservant parfois leurs fonctions hospitalières. Ainsi les malades « riches » sont-ils mieux pris en charge au détriment parfois des hôpitaux publics.

Qu'en est-il de l'aide internationale, publique ou privée ? Elle s'est élevée, en 2008, à environ 12 milliards de dollars (8,5 milliards d'euros), selon le professeur Hubert Balique. Des maladies « prioritaires » en ont bénéficié (sida, paludisme et tuberculose entre autres). Mais cette aide n'a pas contribué à l'amélioration du fonctionnement des structures publiques de santé auxquelles s'adresse l'immense majorité des malades atteints d'affections non prioritaires mais cependant mortelles.

L'aide internationale est le plus souvent « verticale », c'est-à-dire ciblée sur une ou deux affections prises en charge depuis la capitale jusqu'aux villages, à l'aide d'un budget suffisant, de 4x4 et de personnels mieux payés. Ces actions répondent parfois à des priorités « médiatiques » (susceptibles d'attirer des dons), voire à des conceptions d'experts occidentaux. Ces équipes ignorent souvent le travail quotidien, difficile et modeste des médecins des structures publiques de « terrain », privées de moyens et qui voient passer les équipes « riches » peu coopératives... Et pourtant, quatre-vingt-onze pays ont signé la déclaration de Paris (2005) soulignant la nécessité d'intégrer l'aide internationale dans les politiques de santé nationales qui doivent conserver la maîtrise de leur organisation sanitaire.

Des améliorations sont-elles possibles ? Évidemment. À mon sens, le premier objectif national et international devrait être non pas telle ou telle maladie, mais l'amélioration des structures, et de leur fonctionnement dans leur ensemble, afin qu'elles répondent mieux aux besoins de la majorité des malades et permettent des progrès dans TOUS les domaines. Une instance de coopération sanitaire régionale de haut niveau technique serait utile pour évaluer objectivement et de façon indépendante les actions entreprises - ce qui n'est presque jamais fait. Ces instances pourraient mettre en place des centrales d'achat et de maintenance. Enfin, elles pourraient aider et équiper des pôles d'excellence régionaux dans les spécialités qui ne peuvent se développer dans un cadre national trop étroit.

* Doyen honoraire de la faculté de médecine d'Abidjan, membre correspondant de l'Académie française de médecine.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Forum-Tribunes Article suivant :
À quand un cinéma africain ?

Forum-Tribunes Article précédent :
L'exception tunisienne... malgré tout

0 réaction(s)

Réagir à cet article

AUTRES

Drissa Traoré : 'Les crimes de sang reprochés à Simone Gbagbo seront jugés, à la CPI ou ailleurs'

Drissa Traoré : "Les crimes de sang reprochés à Simone Gbagbo seront jugés, à la CPI ou ailleurs"

"Justice des vainqueurs", "procès politique"... Que ce soit au sujet du prochain procès de Simone Gbagbo, ou de ceux de son mari, Laurent, et de Charles Blé Goudé, les critiques[...]

OGM : les pays africains les plus avancés

 Dans "Technologies agricoles génétiquement modifiées pour l'Afrique", un rapport commandité par la BAD, l'Institut international sur les politiques alimentaires préconise l'adopti[...]

La danse des popotins

La danse des popotins "Nous sommes les hommes de la danse dont les pieds reprennent vigueur en frappant le sol dur." Ce vers, vous vous en êtes rendu compte, n'est pas de moi, mais bien de Léopold S&[...]

Mali : les Casques bleus, cibles privilégiées des jihadistes

Rarement mission onusienne aura autant été prise pour cible. Dans le Nord, les soldats de la Minusma sont seuls et en première ligne. Mines, tirs de roquettes et attentats ont déjà fait 3[...]

Théâtre : Étienne Minoungou sur le ring avec Muhammad Ali

Pour Étienne Minoungou, le directeur des Récréâtrales, qui se tiennent du 25 octobre au 2 novembre à Ouagadougou, l'art est un combat. Sur scène, il incarne le plus africa[...]

Terrorisme : le Maroc demande à la France de retirer son appel à la vigilance

Pour le ministre marocain de l'Intérieur, Mohamed Hassad, la présence du Maroc dans une liste de 40 pays dans lesquels la France appelle ses ressortissants à une vigilance renforcée "est totaleme[...]

Allemagne, la crise d'asthme

Les mauvaises nouvelles se succèdent, l'économie s'essouffle et le spectre de la récession menace. Mais Angela Merkel refuse d'infléchir sa politique. Louable opiniâtreté ou obstina[...]

Tunisie : tension sécuritaire à quatre jours des législatives

À quatre jours des élections législatives, l'activité d'éléments jihadistes armés fait monter la tension sécuritaire de plusieurs crans dans le pays.[...]

Pourquoi le Niger a acheté un avion de renseignement à 10 millions d'euros

Le gouvernement du Niger a annoncé mercredi avoir fait l'acquisition d'un avion de renseignement pour lutter contre les groupes armés islamistes le long de ses frontières avec le Mali et la Libye. Quelles en s[...]

Centrafrique : l'attaque d'un groupe armé dans le Centre fait au moins 30 morts

Des éléments armés assimilés aux Peuls et aux ex-Séléka ont attaqué un village de la région Balaka, centre de la Centrafrique, rapporte jeudi la Minusca, la mission de l'ONU [...]

Tunisie : un policier tué lors d'affrontements entre la police et un groupe terroriste près de Tunis

Oued Ellil, une localité à 70 km de Tunis, est le théâtre d'échanges de tirs entre les forces de l'ordre et des éléments terroristes. Un policier a été tué.[...]

Algérie : nouveau blocage dans l'enquête sur la mort des moines de Tibhirine ?

Les magistrats français qui se sont rendus en Algérie la semaine dernière n'ont pas pu emporter les prélèvements effectués sur les restes des crânes des sept moines assassiné[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers