Extension Factory Builder

Louise Mushikiwabo : "La Monusco est totalement irresponsable"

07/06/2012 à 15:59
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
La chef de la diplomatie rwandaise, Louise Mushikiwabo, à Paris en septembre 2011. La chef de la diplomatie rwandaise, Louise Mushikiwabo, à Paris en septembre 2011. © Vincent Fournier/J.A.

Faut-il voir la main de Kigali derrière le Mouvement du 23 mars qui sévit en RDC ? Non, répond la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo. Une interview publiée le 3 juin dans J.A. n° 2682.

Le Rwanda soutient-il les mutins du Mouvement du 23 mars (M23), repliés dans l'est de la RDC ? Onze déserteurs l'affirment. Selon leurs témoignages, recueillis par la Mission des Nations unies pour la stabilisation de la RDC (Monusco) et repris dans la presse, ils avaient été recrutés et armés par Kigali pour rejoindre les rebelles proches de Bosco Ntaganda, ce général congolais né au Rwanda et poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI), que Kinshasa veut désormais arrêter. Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, réagit.

Jeune Afrique : Un rapport de l'ONU vous accuse de soutenir les mutins du M23. Ces informations sont-elles exactes ?

LOUISE MUSHIKIWABO : Je suis catégorique : le Rwanda n'a ni formé ni envoyé de combattants de l'autre côté de la frontière. Cette fuite montre la désinvolture dont fait preuve la Monusco. Nous avons connaissance de ces allégations depuis des semaines. Pourquoi les diffuser ? La première des choses aurait été de les vérifier : qui sont ces Rwandais ? De quel district viennent-ils ?

Ils disent avoir été recrutés entre février et avril dans le camp de Mudende, près de la frontière avec la RDC...

Mudende est une localité bien connue, où il y a un camp de réfugiés congolais. Cela ne constitue certainement pas une preuve. Il y a 56 000 réfugiés congolais sur notre territoire : ils ont de la famille de l'autre côté de la frontière, il y a des va-et-vient. Mais accuser un pays de soutenir une rébellion dans un autre pays, c'est totalement irresponsable, compte tenu de notre histoire récente. Ces fausses informations risquent d'avoir des conséquences très graves pour les villageois des collines du Masisi [majoritairement rwandophones, NDLR]. La Monusco coûte 1 milliard de dollars par an et dispose de 20 000 hommes. Elle est là depuis trop longtemps et n'a obtenu aucun résultat.

Vous ne jugez pas la Monusco efficace. L'armée congolaise ne semble pas l'être davantage. Sur qui comptez-vous pour combattre les FDLR en RDC (rébellion rwandaise fondée par d'ex-génocidaires hutus) ?

La présence des FDLR pose un grave problème. C'est un poison idéologique et une force utilisée par ceux qui ne veulent pas de la stabilité. La solution ne peut pas venir d'une tierce partie : le Rwanda va résoudre cette question avec le Congo. En revanche, la mutinerie du M23 est le fait de forces armées congolaises, sur le territoire congolais. Il y a des choses que nous ne pouvons pas faire. Ce n'est pas notre pays.

La RDC, justement, a pris une initiative pour tenter d'arrêter Bosco Ntaganda...

Regardons les choses en face. Bosco Ntaganda n'est pas recherché par le Congo, mais par la Cour pénale internationale. Et ce n'est pas parce que la CPI - sur laquelle nous émettons bien des réserves - veut arrêter un seul homme que tant de Congolais doivent souffrir. Pour le reste, contrairement à ce qui a pu être dit, Ntaganda n'a jamais franchi la frontière rwandaise.

Ce rapport risque-t-il de nuire à vos relations avec Kinshasa ?

Kinshasa était, comme nous, déjà au courant de ces allégations. Notre relation est ancienne. Nous avons tout fait pour préserver la stabilité de cette région, et cela ne changera pas. Nous sommes toujours prêts à contribuer à régler le problème si le Congo le demande. Nous continuons d'en discuter. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

RD Congo

Oreilles meurtries

Je vous ai parlé, il n'y a pas longtemps, de cet immeuble de vingt-deux niveaux situé sur le boulevard du 30-Juin, la plus grande artère du centre-ville de Kinshasa. Je vous ai dit que j'étais a[...]

Mali - RDC : Nkulu Kalumba, un long chemin vers la liberté

À l'occasion de la Journée mondiale des réfugiés, le 20 juin, "Jeune Afrique" et le HCR au Mali ont organisé un concours de journalisme. C'est l'article d'une jeune étudiante[...]

RDC : retour au calme à Kinshasa après l'attaque du camp militaire Tshatshi

Les autorités congolaises ont affirmé mardi avoir déjoué l'attaque d'un groupe d'inconnus armés contre le camp militaire Tshatshi, à Kinshasa. Le calme était de retour en fin[...]

RDC : le camp militaire Tshatshi attaqué, Kinshasa appelle au calme

Des tirs ont été entendus mardi après-midi au camp militaire Colonel Tshatshi dans la ville de Kinshasa. Selon nos informations, il s'agirait d'une attaque à la machette d'un groupe de personnes qui[...]

RDC : Tshisekedi toujours "pas actif"

L'opposant historique Étienne Tshisekedi, leader de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), était toujours hospitalisé mi-juillet. Les détails sur son état de[...]

RDC : Cour constitutionnelle, mode d'emploi

Le président Kabila a nommé, le 7 juillet dernier, les neuf membres de la Cour constitutionnelle de RDC. Juge pénal du président de la République et du Premier ministre, cette juridiction est[...]

Festival d'Avignon : tous en choeur avec Serge Kakudji

Le contre-ténor congolais a fait l'unanimité au Festival d'Avignon. Il y présentait une oeuvre à la croisée du baroque et des sonorités africaines.[...]

RDC : une coalition de l'opposition veut voir Kabila à la CPI

La coalition des forces politiques et sociales de l’opposition a lancé mercredi une pétition pour que le président congolais, Joseph Kabila, soit traduit devant la CPI pour crimes contre[...]

RDC 

"Esclavage sexuel" et "travail forcé" en RDC, MSF tire la sonnette d'alarme

MSF a dénoncé mercredi les violences que les milices armées des régions minières de l'est de la République démocratique du Congo infligent aux civils. Selon l'ONG, les exploitants[...]

RDC - Me Kapiamba : "Le clientélisme a totalement détruit la justice congolaise"

Après le scandale autour de la mort d'une petite fille d'un an et demi en détention à Kinshasa, le président de l'Association congolaise pour l'accès à la justice (ACAJ), Georges Kapiamba,[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers