Extension Factory Builder

Drones

04/06/2012 à 11h:39
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

L'affable Jacques Attali se réjouit à l'avance de les voir en action au Nord-Mali, pulvérisant les Katibas d'Al-Qaïda au Maghreb islamique et les « forces maléfiques » avant qu'elles ne transforment les arpents de sable du Ténéré en bastion inexpugnable du terrorisme international. L'épatant Bernard-Henri Lévy rêve de les lancer au-dessus de Houla, de Homs et de Damas, à l'assaut des chars assassins d'Assad le petit. Ils sont l'arme favorite de la « guerre juste », cet habillage chrétien et passablement hypocrite imaginé par saint Thomas et théorisé par le philosophe américain Michael Walzer dans le but de justifier les guerres « humanitaires ». Ils ont l'avantage d'être irresponsables au regard du droit et des conventions internationales, avec cela mortellement efficaces. Des opérateurs anonymes les commandent à distance depuis un QG souterrain, et nul n'est plus fan de ces tueurs sans ADN qu'un certain Barack Obama, Prix Nobel de la paix. C'est dire si les drones sont furieusement tendance.

Une récente et passionnante enquête du New York Times révèle ainsi à quel point ce président américain, qui continue de passer pour un négociateur modéré, se sera en réalité comporté durant son (premier ?) mandat comme un véritable chef de guerre. Non seulement Obama aura été engagé dans six conflits à l'intérieur de six pays, tous musulmans (Afghanistan, Irak, Pakistan, Yémen, Libye, Somalie), mais l'utilisation des drones pour les opérations homicides contre les combattants d'Al-Qaïda est devenue chez lui un réflexe quasi compulsif ; 294 frappes en quatre ans, cinq fois plus que sous George W. Bush ! À guerre juste, arme juste : ces Predator et autres Reaper (en attendant le Neuron français de chez Dassault) seraient, nous dit-on, d'une précision telle qu'ils ne feraient aucune victime collatérale. De quoi soulager enfin les démocrates américains de leur syndrome du Vietnam, tout en préservant leur bonne conscience. Là encore, pourtant, l'enquête du NYT se révèle impitoyable. La méthode de calcul des victimes des tirs de drones secrètement adoptée par l'armée et avalisée par Obama est en effet la suivante : tout adulte se trouvant dans une zone de frappe est considéré comme un terroriste en puissance. Bavure impossible.

Pas de civils innocents tués sur le front de cette guerre hygiénique, donc, ni de prisonniers encombrants. Le drone, c'est le glaive du bien contre le mal, le carnage clean, le crime parfait accoucheur de démocraties, l'épée de Damoclès à laquelle nulle Cour pénale internationale ne s'intéressera jamais, puisqu'elle n'élimine que les méchants et exclusivement les méchants musulmans. C'est l'arme absolue de la guerre préemptive (on a les preuves qu'un massacre est programmé et on l'arrête avant qu'il ne soit mis en oeuvre en tuant ses initiateurs), concept déjà utilisé par le général Aussaresses pendant la bataille d'Alger et remis à la mode boulevard Saint-Germain. Vous avez aimé les drones au Waziristan, à Tripoli, au Yémen et dans l'Ogaden ? Vous les adorerez à Tombouctou, Alep et, demain, qui sait, dans le ciel iranien. Encore un effort, et le jury du Nobel leur décernera, à eux aussi, son prix. On ne saurait trop récompenser ce qui permet aux fauteurs de guerres justes de garder les mains propres. 

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

AUTRES

François Hollande en visite express à Addis-Abeba pour les 50 ans de l'(O)UA

François Hollande en visite express à Addis-Abeba pour les 50 ans de l'(O)UA

Le chef de l'État français, François Hollande, sera présent demain, samedi 25 mai, aux cérémonies qui marquent le 50è anniversaire de la création de l'Organisation de[...]

Tammam Azzam : "Les médias peuvent parler de conflit syrien, pour moi c'est une révolution !"

L'artiste syrien Tammam Azzam superpose des oeuvres connues de l'art mondial à la réalité syrienne, par photo-montage. Une manière pour cet exilé de créer "quelque chose qui appartien[...]

Faure Gnassingbé et Twitter : alerte ! communication présidentielle à la dérive !

Peu à peu, ces dernières années, les présidents africains se sont mis à twitter. Avec plus ou moins de réussite. Et plus ou moins de maîtrise. Si Paul Kagamé ou Mohamed Mors[...]

Chronologie : l'UA, une institution en mouvement

De la création de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) en mai 1963 à Addis-Abeba à l'élection de la première femme présidente de la Commission de l'Union africaine (UA), revive[...]

50 ans de l'UA : panafricanisme, la longue marche vers l'unité

Il a fallu la détermination de plusieurs grands leaders pour que le panafricanisme prenne une forme institutionnelle. Mais l'accouchement s'est fait dans la douleur.[...]

Bonne fête des mères africaines !

Sylvia Bongo Ondomba est la première dame du Gabon.[...]

Cameroun : AES va vendre ses parts dans la Sonel

Exclusif. L'américain AES cherche à revendre ses parts (56%) dans AES-Sonel, révèle "Jeune Afrique" dans son numéro à paraître dimanche (n°2733 du 26 mai au 1er juin)[...]

Tunisie : Safia Hachicha, révélée par la révolution

Cette ancienne conseillère de Jalloul Ayed, aujourd'hui directrice de Swicorp, s'apprête à lever 50 millions d'euros pour créer un fonds d'investissement dévolu au tourisme.[...]

IIe guerre mondiale : le sang des Africains (2e partie)

Laurent Touchard travaille depuis de nombreuses années sur le terrorisme et l'histoire militaire. Il a collaboré à plusieurs ouvrages et certains de ses travaux sont utilisés par l'université J[...]

Tchad : brochette de tortionnaires sur le gril

Au Tchad, une vague d'arrestations frappe d'anciens cadres de la Direction de la documentation et de la sécurité, qui fut l'instrument de répression du régime de Hissène Habré.[...]

Tunisie : Alain Chouet, un conseiller français à Tunis

En visite à Tunis le 14 mai, Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, a annoncé une « intensification des échanges d'informations sécuritaires avec plusieurs pays de la[...]

Mali : vers un nouveau départ

Règlement de la question touarègue, préparation de l'élection présidentielle, reconstruction du pays, composition de la future Minusma... Tous ces sujets ont été abordés lors[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers