Extension Factory Builder

RDC : le Katanga et les démons de la décentralisation

03/06/2012 à 15:51
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Le 11 juillet 1960, onze jours à peine après l'indépendance de l'ancien Congo belge, le Katanga choisit la sécession et s'autoproclama État indépendant. C'était la décision d'un homme, Moïse Kapenda Tshombe, le numéro un de la province, soutenu par la Belgique dans la détestation commune de Patrice Lumumba, le chef du gouvernement central. Lumumba sera d'ailleurs exécuté au Katanga en janvier 1961. La sécession n'était pourtant pas approuvée par tous. Le leader du Nord-Katanga, Jason Sendwe, allié politique de Lumumba, y était opposé. Il sera lui aussi assassiné.

Après cette période trouble et le retour du territoire provincial dans le giron congolais, grâce, notamment, à l'intervention des troupes de l'ONU contre celles de Tshombe, le séparatisme n'a plus jamais été à l'ordre du jour. Il est cependant resté en sommeil dans la tête de certains Katangais, qui estiment que leur province, riche en minerais, donne beaucoup au reste du pays, oubliant par là même un principe sacré, celui de la solidarité nationale.

Le Katanga n'est pas un peuple, une ethnie ou une tribu. C'est un ensemble qui englobe différents peuples, ethnies et tribus. Dans le cadre de la décentralisation prévue par la Constitution de 2006, la province n'existera plus dans sa configuration actuelle, avec ses quelque 500 000 km². Elle cédera la place à quatre nouvelles entités, bien distinctes : le Haut-Katanga, le Haut-Lomami, le Tanganyika et le Lualaba. Un découpage loin de faire l'unanimité parmi les Katangais. Les uns le redoutent, tandis que d'autres l'appellent de tous leurs voeux.

Ceux qui sont pour, essentiellement originaires du Sud, voient là l'occasion de devenir, enfin, les maîtres du cuivre et du cobalt, dont regorge leur sous-sol. C'est, pour simplifier, le Katanga « utile ». Ceux qui sont contre, natifs du Nord, redoutent que leurs nouvelles provinces n'aient pas de viabilité économique et qu'eux-mêmes, en fin de compte, ne soient les dindons de la farce. D'autres, revenant à de vieilles querelles ancestrales, refusent que les chefs-lieux des futures provinces soient situés ailleurs que chez eux, parce qu'ils ne tiennent pas « à être commandés par n'importe qui ». Certains hommes politiques sont ainsi déjà montés au créneau pour s'en prendre violemment à ceux qui, demain, ne seront plus leurs "concitoyens katangais" mais leurs voisins. Jusqu'où cette surenchère ira-t-elle ?

Les élus et habitants de la province sont, en tout état de cause, profondément divisés sur la question de la décentralisation et, comme les mines ne peuvent être dépecées ou déplacées afin d'être partagées entre le Nord et le Sud, l'équation n'est pas simple. Que faire ? Ceux qui auront les mines ne devront pas déroger au principe de solidarité nationale : quand il y en a pour un, il y en a pour mille. Quant à ceux qui hériteront de territoires au sous-sol stérile, ils devront se triturer les méninges pour trouver d'autres sources de revenus. D'où l'impérieuse nécessité de développer d'autres secteurs, comme l'agriculture. Tout le monde le sait, la terre katangaise est très fertile. Si la décentralisation devient inévitable, mettre en avant des arguments identitaires ne rime à rien. Il faut préserver l'essentiel : la paix et la fraternité.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Editorial suivant :
Algérie : après Bouteflika...

Editorial précédent :
Drones

0 réaction(s)

Réagir à cet article

RD Congo

RDC : bilan toujours incertain dans l'accident de train au Katanga

RDC : bilan toujours incertain dans l'accident de train au Katanga

Selon le bilan définitif officiel publié jeudi soir par le gouvernement congolais, 48 personnes ont été tuées et 160 autres blessées dans l'accident de train qui s'est produit en dé[...]

France - RDC : Raphaël Mobutu reste introuvable, une semaine après sa chute dans la Garonne

Plus d'une semaine après avoir sauté dans la Garonne, la nuit du 15 au 16 avril, Raphaël Mobutu, un des enfants de l'ancien président de la RDC (ex-Zaïre) est toujours introuvable. À en croire[...]

RDC : le déraillement d'un train au Katanga fait des dizaines de morts

Un train a déraillé mardi au Katanga, près de Kamina (sud-est de la RDC), à quelque 600 km de Lubumbashi. Le bilan provisoire fait désormais état de 57 morts.[...]

RDC : trois morts dans des échauffourées entre militaires et jeunes à Likasi

Trois personnes sont mortes et cinq ont été blessées samedi à Likasi, dans le sud-est de la RDC, lors d’échauffourées entre militaires et jeunes d'un parti de la majorité,[...]

RDC : amnistie pour Réné Abandi, le chef de la délégation du M23 aux pourparlers de paix

Le chef de la délégation de l'ex-rébellion congolaise Mouvement du 23-Mars (M23) aux pourparlers de paix avec Kinshasa a bénéficié d'une amnistie comme une dizaine d'autres membres du[...]

RDC - AS Vita Club : Firmin Mubele Ndombe, une ambition européenne

À tout juste 20 ans, Firmin Mubele Ndombe, l’attaquant de l’AS Vita Club, fait déjà pas mal parler de lui. Le joueur du club le plus populaire de RD Congo pourrait même s’expatrier[...]

Mike la Duchesse : acteur travesti, Congolais et inquiet de l'homophobie en RDC

La RDC pourrait bientôt criminaliser l'homosexualité et sa "promotion". Rencontre avec Mike la Duchesse, premier acteur congolais à avoir interprété le rôle d'un homosexuel, qui[...]

Vidéos - Football : les stades les plus chauds du continent

De Casablanca à Johannesburg en passant par Kumasi (Ghana), "Jeune Afrique" vous présente quelque-uns des stades de football les plus chauds du continent. Frissons garantis.[...]

Carte interactive : voyagez en Afrique sans visa !

En vertu d'accords bilatéraux ou dans le cadre d'organisations sous-régionales, plusieurs pays africains ont supprimé l'obligation de visa d'entrée sur leur territoire. Grâce à une carte[...]

Éric Jennings : "L'Afrique a financé la résistance française"

Sans l'engagement d'une partie du continent, de Gaulle aurait-il pu vaincre l'Allemagne nazie ? Pas sûr. C'est ce que démontre l'historien dans un ouvrage fort documenté, fruit d'une large enquête[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces