Extension Factory Builder

Mali : Sadio Lamine Sow fait le grand écart

05/06/2012 à 09h:25
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Sadio Lamine Sow, le 16 mai à Bamako. Sadio Lamine Sow, le 16 mai à Bamako. © Emmanuel Dabou Bakary pour J.A.

Longtemps proche conseiller du président burkinabè Blaise Compaoré, Sadio Lamine Sow a créé la surprise en acceptant, fin avril, le portefeuille de la diplomatie malienne.

Sadio Lamine Sow est, aux dires d'un de ses proches, « un homme courtois » mais « extrêmement discret ». Confirmation à Ouagadougou, où il a posé ses valises il y a trente ans, et où l'on ne sait pas grand-chose de lui, si ce n'est qu'il est marié à une femme du pays, qu'il a trois enfants, qu'il ne s'est jamais mêlé de politique intérieure et qu'il ne court pas les mondanités. Pourquoi alors avoir troqué, fin avril, la confortable obscurité que lui conférait le titre de conseiller spécial du président burkinabè pour celui, brûlant, de ministre d'État en charge des Affaires étrangères au Mali, le rang le plus exposé d'un gouvernement suspendu aux décisions d'une junte erratique ? Quête d'un nouveau défi ? Élan patriotique ?

De fait, à Bamako comme à Ouaga, la nomination de cet ancien journaliste à Jeune Afrique au début des années 1980 a fait jaser. « Le Mali sous tutelle : un conseiller personnel de Blaise Compaoré ministre d'État », a titré un journal bamakois. Sow, qui ne vivait plus au Mali depuis longtemps, est perçu comme « un pion » que Compaoré aurait placé auprès de son ami Cheick Modibo Diarra, le Premier ministre, pour diriger en sous-main la transition. C'est tout le contraire, affirme-t-on à Ouaga. « Blaise ne s'y attendait pas. C'est Diarra qui l'a appelé pour lui dire qu'il avait besoin de Sadio. Les deux hommes sont amis depuis très longtemps », assure un conseiller du président burkinabè. Si ça le dérange ? « Non, mais dire que Blaise l'a imposé est faux. »

Proche aussi de Denis Sassou Nguesso

Il faut reconnaître que les mauvaises langues ont de quoi argumenter. Voilà des années que ce Peul né à Kayes (sud-ouest du Mali) il y a soixante ans fait figure d'intouchable auprès de Compaoré. Selon un ministre, « c'est son plus proche collaborateur ». C'est un ami aussi - « un des rares qui peuvent lui dire les choses sans prendre de gants » - à qui le président aurait confié la gestion de ses affaires personnelles et qui a fait le lien pendant des années avec l'Afrique centrale, où on le dit « très introduit » - Sow est un proche de Denis Sassou-Nguesso, tout comme il l'était de feu Omar Bongo Ondimba. Longtemps, il a aussi assuré la connexion avec certains réseaux français. « Il était très souvent hors du pays, et souvent à Paris », affirme un diplomate, qui précise que Sow a « de bons rapports » avec la France, un pays où il a suivi des études en lettres modernes.

Comme beaucoup de journalistes fascinés par la révolution burkinabè et la personnalité de Thomas Sankara, Sadio Lamine Sow est arrivé à Ouaga dans les années 1980.

Comme beaucoup de journalistes fascinés par la révolution burkinabè et la personnalité de Thomas Sankara, Sadio Lamine Sow est arrivé à Ouaga dans les années 1980. Un ancien collaborateur de Sankara se souvient de l'avoir croisé. « À l'époque, Thomas avait besoin de communicants. Il disait que les journalistes étrangers étaient plus efficaces que les burkinabè. »

Jamais vraiment éloigné du Mali

Sow restera, même après l'assassinat de Sankara. Dans un premier temps, il joue le rôle de conseiller en communication de Compaoré. Puis ce « gros bosseur » prend du galon. Bientôt, il dirige la diplomatie parallèle et le président le charge de dossiers bien particuliers. La rumeur l'a dit proche du Libyen Mouammar Kaddafi et du Libérien Charles Taylor - ce que lui-même et ses amis démentent.

Du Mali, son pays, il ne s'est jamais vraiment éloigné. Il y a dix ans, il a aidé Amadou Toumani Touré à retrouver le pouvoir. « Ils étaient très liés, affirme un proche. Il l'a convaincu de se présenter à la présidentielle et il a convaincu Blaise de le soutenir une fois élu. Ensuite, il s'en est rapidement démarqué. À la fin, ils ne se parlaient plus. » Est-il l'homme de la situation ? « Il est fait pour les Affaires étrangères », glisse un ministre burkinabè. Mais « il a peu de contacts avec le Nord », tempère un connaisseur de la région. Il est vrai que jamais la rébellion touarègue ou l'expansion d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) n'ont fait partie de ces dossiers sensibles que lui confiait Compaoré.

______

Rémi Carayol, envoyé spécial à Ouagadougou

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Mali : vers un nouveau départ

Mali : vers un nouveau départ

Règlement de la question touarègue, préparation de l'élection présidentielle, reconstruction du pays, composition de la future Minusma... Tous ces sujets ont été abordés lors[...]

Double attentat au Niger : le retour de Mokhtar Belmokhtar

Deux attentats-suicides contre une caserne de l'armée nigérienne à Agadez et un site d'Areva à Arlit ont fait jeudi 23 mai une vingtaine de morts. D'après plusieurs communiqués[...]

Droits de l'homme : portrait d'une Afrique très contrastée

Du Mali à l’Afrique du Sud, en passant par la Côte d’Ivoire et la RDC, les droits de l’homme ont souffert sur le continent africain en 2012. Mais au-delà de dégradations liées[...]

Niger : un jihadiste retranché "avec des explosifs" dans la caserne militaire d'Agadez

Un attentat-suicide à la voiture piégée a visé, jeudi 23 mai au petit matin, une caserne militaire à Agadez, dans le nord du Niger. Revendiqué par le Mujao, l'attaque a fait, selon un[...]

Niger : au moins 23 morts dans les attentats d'Arlit et d'Agadez

Selon un premier bilan officiel, 23 personnes - 18 militaires, quatre kamikazes et un civil - ont été tuées dans une attaque à la voiture piégée contre une caserne militaire à[...]

Carteron au TP Mazembe : le Mali va saisir la Fifa

Patrice Carteron, le sélectionneur des Aigles du Mali, s’est engagé mercredi 22 mai pour deux ans avec le TP Mazembe (RDC). La Fédération malienne a décidé de saisir la Fifa pour[...]

ONU : la Chine propose l'envoi de 500 soldats au Mali

Alors que la traque des islamistes au Mali se poursuit, la Chine propose d’envoyer 500 soldats au Mali. De nouvelles troupes qui pourraient être intégrées à la Minusma qui comptera 12 600 [...]

Mali : un émissaire nommé Tiébilé Dramé

Drôle de statut pour Tiébilé Dramé. En tant que conseiller spécial de Dioncounda Traoré, il est désormais chargé d'engager des contacts avec les groupes armés du nord[...]

Carteron en RDC : "J'ai eu un coup de coeur pour le TP Mazembe"

Mercredi 22 mai, le Français Patrice Carteron (42 ans) a été officiellement nommé entraîneur du TP Mazembe. Une volonté de retrouver les terrains au quotidien, mais qui fait grincer des[...]

Algérie : Bouteflika et les autres patients africains du Val-de-Grâce

Avant Abdelaziz Bouteflika, de nombreux présidents africains sont allés se faire soigner au mystérieux hôpital militaire du Val-de-Grâce, à Paris. De Mathieu Kérékou à[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers