Extension Factory Builder

Tunisie : Wided Bouchamaoui, forcément candidate

28/05/2012 à 11:38
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Héritière d'une famille d'entrepreneurs, elle a créé sa société, Maille Fil, en 1994. Héritière d'une famille d'entrepreneurs, elle a créé sa société, Maille Fil, en 1994. © Hichem.

Quand Wided Bouchamaoui a pris la tête de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, en 2011, peu croyaient en elle. Après avoir assuré la transition durant un an, elle remet son mandat en jeu fin juin.

C'est une première dans le monde arabe. Une femme, Wided Bouchamaoui, gère depuis mai 2011 la phase de transition au sein de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (Utica). Comme Laurence Parisot, son homologue française au Medef, et Emma Marcegaglia, patronne de Confindustria en Italie, elle a l'entrepreneuriat dans le sang.

La saga familiale est née au début du XXe siècle à Bouchamma (Sud). L'entreprise de génie civil fondée par Ahmed, le grand-père, devient en 1948, sous l'impulsion de ses trois fils, le groupe Bouchamaoui Industries. Il prospère à partir des années 1970 dans l'industrie et l'agroalimentaire en Tunisie et en Libye, avant que chaque fils développe ses propres activités. Le père de Wided crée Hédi Bouchamaoui & Sons (pétrole, BTP, textile et industrie), qu'elle intègre tout naturellement après un DESS en commerce international et marketing. Elle commence au bas de l'échelle et apprend à gérer aussi bien les achats que le personnel. Puis, en 1994, elle crée Maille Fil, une entreprise de 200 salariés spécialisée dans les fils de coton peignés, dont elle délègue actuellement la gestion à sa famille.

Une entrepreneuse déterminée

Et pour cause. Le vent de la révolution a porté cette femme, auparavant peu connue des milieux d'affaires, à la tête de l'Utica. Élue par le comité de transition, elle a bénéficié de l'exigence de renouvellement à la tête du patronat. Plutôt effacée jusque-là, elle a révélé une personnalité très déterminée face à la crise et, à 50 ans, en a profité pour se faire un prénom à travers des actions aussi innovantes qu'inattendues. Pour relancer une économie fortement affectée par les bouleversements politiques, elle a réuni tous les acteurs sociaux, aussi bien ses détracteurs que le gouvernement et les centrales syndicales. Elle a surpris en entamant des négociations sociales directes avec l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) et en intervenant lors des troubles sociaux qui ont paralysé des entreprises.

Lorsqu'on ne tient pas ses promesses, on ouvre grande la porte à une seconde révolution

Elle tente aussi de sensibiliser le gouvernement aux problèmes des sociétés et à la nécessité de revoir le code des investissements. Elle propose des solutions pour les entreprises sous séquestre, prône l'ouverture sur le Maghreb et l'Afrique, alerte sur les promesses de plein-emploi... « Il faut oser dire aux gens la vérité sur la situation du pays, ses potentialités et ce qu'il peut réellement offrir en termes d'emplois réels. Lorsqu'on ne tient pas ses promesses, on ouvre grande la porte à une seconde révolution », assène cette mère de deux garçons. Pour dynamiser une année 2012 qu'elle sait difficile, elle cherche à relancer l'investissement par du lobbying à l'étranger, mais aussi avec des partenaires locaux, comme la Bourse de Tunis, pour faciliter les levées de fonds pour les entreprises.

Ouvertement et parfois violemment critiquée par des patrons désireux d'anticiper le congrès de juin, qui met en jeu la présidence de l'Utica, Wided Bouchamaoui assure avoir appliqué sa feuille de route. « Il fallait remettre de l'ordre dans la maison, organiser des élections pour renouveler presque toutes les structures, examiner les cas des entreprises qui ont connu des dégâts après la révolution, reformuler nos rapports avec les autorités et les convaincre de notre volonté de participer à la vie économique », énumère-t-elle. Ménageant le suspense tout en cherchant à éviter les attaques de ses adversaires, elle n'a pas encore indiqué si elle briguera un nouveau mandat, mais son activisme actuel ne laisse guère planer de doute. « Ce que je suis en train de faire est ma contribution à ce pays que j'aime, pour faire réussir cette révolution », affirme-t-elle. Impossible de s'arrêter au milieu du gué. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Tunisie : 74 migrants venus de Libye recueillis par des pêcheurs

Tunisie : 74 migrants venus de Libye recueillis par des pêcheurs

Des pêcheurs tunisiens ont recueilli jeudi soixante-quatorze migrants qui tentaient de gagner l'Italie depuis la Libye. Ils avaient erré cinq jours en mer.[...]

Diaporama : "Djerbahood", le street art s'invite en Tunisie

Cet été, des graffeurs du monde entier ont investi les ruelles d'Erriadh, une petite bourgade de l'île de Djerba, pour réaliser une expérience inédite de street art en Tunisie. Armés[...]

Tunisie : frictions entre la Défense et la présidence pour la succession du général Hamdi

La question de la succession du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Mohamed Salah Hamdi, remplacé le 12 août par Ismaïl Fathalli, a opposé le président[...]

Douze chefs d'État africains avec Hollande aux cérémonies du débarquement en Provence

François Hollande accueille ce vendredi 13 chefs d'État, dont douze africains, à bord du Charles-de-Gaulle pour les commémorations du 70e anniversaire du Débarquement de Provence avec en point[...]

IIe guerre mondiale : les victoires oubliées des "indigènes"

Avant le grand débarquement, la reconquête des Alliés est amorcée par la Corse et l'Italie. Des batailles aussi épiques que méconnues menées par les[...]

Salma Hamza, architecte tunisienne : "La modernité peut très bien respecter le traditionnel"

L'architecte tunisienne Salma Hamza milite pour la réhabilitation des matériaux traditionnels. Et la restauration du patrimoine de son pays. Interview.[...]

Tunisie : des balles et des morsures

Depuis la révolution (des épines) du jasmin, les Tunisiens comptent plus de journées de deuil que de fêtes nationales (mises sous éteignoir), créant un climat[...]

Tunisie : Mondher Zenaidi va-t-il revenir sur la scène politique ?

Exilé volontaire à Paris depuis trois ans, l'ex-ministre du Commerce de Ben Ali reste populaire dans son fief de Kasserine comme dans les milieux destouriens. Cédera-t-il à la tentation de[...]

Tirailleurs : le chagrin des indigènes

Tierno Monénembo est un écrivain guinéen, Prix Ahmadou-Kourouma 2012 pour Le Terroriste noir, sur Addi Bâ, héros méconnu de la Résistance..[...]

La Tunisie commence l'examen d'une nouvelle loi antiterroriste

La nouvelle loi antiterroriste, dont l'examen a débuté lundi, doit remplacer la législation jugée liberticide adoptée sous le régime de Zine el-Abidine Ben Ali.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers