Extension Factory Builder

France : Philippe Ebanga, républicain au long cours

17/05/2012 à 10:05
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Philippe Ebanga, porte-parole de la marine française. Philippe Ebanga, porte-parole de la marine française. © Vincent Fournier/J.A

Natif de Douala, Philippe Ebanga, a commandé le deuxième plus grand navire de guerre de la flotte française. Il est le nouveau porte-parole de la marine.

Avec ses subordonnés, Philippe Ebanga porte le masque du capitaine de vaisseau : traits durs et ton ferme, presque autoritaire. Dans la marine, son rang équivaut à celui de colonel dans l'armée de terre. Pourtant, dans l'intimité de son bureau, sourire éclatant et regard espiègle, il se laisse parfois aller à quelques facéties...

Son visage de métis est désormais celui de la marine française. Le 2 mai dernier, il en est devenu le porte-parole. La nouvelle n'est pas passée inaperçue dans cette institution réputée conservatrice qui est surnommée, souvent avec ironie, la Royale. « Un officier noir bientôt porte-parole de la marine », a ainsi souligné Jean-Dominique Merchet, journaliste spécialiste des questions militaires, sur son blog. De quoi agacer quelque peu l'intéressé. « Quand je suis entré à l'École navale, en 1983, la question des minorités et de l'égalité des chances n'intéressait personne. Au cours de mon parcours, j'ai passé des concours anonymes très sélectifs. Donc, je suis très tranquille à ce sujet. » On l'aura compris, sa promotion n'a rien à voir avec sa couleur de peau, héritée de son père camerounais. Non pas qu'il soit fâché avec ses origines : cet homme de 46 ans est pétri d'un idéal républicain à la française.

Son enfance et son adolescence, au Cameroun, n'ont d'ailleurs pas exactement ressemblé à celles de tous ses camarades de classe. Les vacances du jeune garçon, c'était la Vendée, département d'origine de sa mère (« une bonne française typique », s'amuse-t-il) et ancien bastion, sur la côte atlantique, des plus fervents royalistes pendant la Révolution française. Son père, qui avait bénéficié, enfant, d'une bourse pour entrer au collège en France (à l'époque où le Cameroun était encore une colonie), y a terminé ses études de lettres, à la Sorbonne, pour devenir professeur d'histoire. Mais c'est bien entre Douala (sa ville natale), Nkongsamba et Yaoundé que Philippe Ebanga a grandi, au gré des mutations paternelles. Ebanga parle de « tatouage invisible » pour qualifier ses liens avec la terre natale. Indélébile, mais secret.

En débarquant en classe préparatoire, au Prytanée militaire de La Flèche (centre-ouest de la France), l'adolescent, attiré par le commandement, a dû « s'ajuster », selon ses termes. « Quand on est l'élément exogène, explique-t-il avec son vocabulaire froid, on doit un peu faire l'effort. Pas forcément se renier, mais s'intégrer au groupe déjà constitué. » Pour réaliser son rêve, il a donc fait le choix, symboliquement fort et indispensable pour devenir officier, de renoncer à sa nationalité camerounaise.

C'est donc exclusivement en tant que militaire français qu'il sera envoyé, à plusieurs reprises, sur le continent. Ainsi, en 2009, lorsqu'il entre dans le port de Douala, c'est à bord du porte-hélicoptères Tonnerre, le deuxième plus grand navire de la flotte (après le porte-avions Charles de Gaulle), dont il est alors officier en second. Devenu commandant du navire, il devait s'y rendre à nouveau, en octobre 2010, avant d'être redirigé vers Abidjan, où la crise postélectorale menace. « J'avais été au même endroit, et presque avec les mêmes protagonistes, au début de l'histoire, en 2002, lorsque je commandais la frégate aviso Commandant Birot », sourit-il.

À peine de retour dans son port d'attache de Toulon, fin février, son navire repartait au large de la Libye pour lancer ses aéronefs contre les troupes de Mouammar Kadhafi. Comme à Abidjan, il n'a pas participé à l'épilogue de l'opération, mais assure n'en garder aucune frustration. « Vous ne pouvez pas le savoir, mais je sais que notre travail en amont a eu un rôle décisif dans le dénouement de ces crises », lâche-t-il sans préciser.

À l'heure où l'on commence à mesurer, dans le Sahel, les effets collatéraux de l'intervention française, le militaire de retour à Paris a-t-il des états d'âme ? « Non. C'est simple : je ne fais pas de politique. C'est un peu comme le chirurgien qui accomplit un geste technique avec détachement, pour se protéger de la compassion. On me dirait d'aller le faire au Baloutchistan, ça ne changerait rien. »

Esprit de corps, égalitarisme, rejet de la distinction... Philippe Ebanga paraît tout à fait à l'aise dans l'uniforme français. Aux États-Unis, où il a servi dans la Navy pour un échange de trois ans (au cours desquels il est intervenu après l'ouragan Katrina), il a pourtant découvert une autre façon de faire. « Là-bas, j'ai été frappé par le fait qu'on célèbre les différences de manière tout à fait officielle : un jour la culture hispanique, un autre l'histoire des Noirs... Mais le pendant de cela, explique-t-il l'oeil brillant, c'est qu'ils se rassemblent autour de cet indescriptible amour du drapeau américain. Il y a toutes les couleurs de peau, même au plus haut niveau de commandement. Et ça ne les empêche en rien d'être efficaces. »

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

Inde : quand la foule passe à tabac des étudiants africains dans le métro

Inde : quand la foule passe à tabac des étudiants africains dans le métro

Trois étudiants africains ont été violemment pris à partie, dimanche 28 septembre, par une foule d’Indiens dans le metro de New Delhi. La scène, filmée par des passants, a fait le to[...]

Maroc : pour "l'enfant sans visage", l'espoir renaît grâce à des médecins australiens

Né défiguré suite à une complication prénatale empêchant ses os de se former normalement, le petit Marocain de trois ans surnommé "l'enfant sans visage" va enfin pouvoir[...]

Ebola : un premier cas d'infection diagnostiqué aux États-Unis

Un homme, dont l'identité n'a pas été précisée mais ayant effectué un voyage au Liberia, a été hospitalisé au Texas (sud des États-Unis). Plusieurs[...]

Jean-Luc Parodi : "Sarkozy vainqueur ? Sans doute, mais dans quel état !"

Conseiller pour les affaires politiques à l'Ifop, le politologue Jean-Luc Parodi est convaincu que l'ancien président ne sortira pas indemne de la course d'obstacles qui l'attend jusqu'en 2017.[...]

Francophonie : Jean - De l'Estrac, chaude ambiance...

Dans la course pour le secrétariat génaral de l'OIF, les relations ne sont pas vraiment à la franche cordialité entre la Canadienne Michaëlle Jean et le Mauricien Jean Claude de l'Estrac.[...]

France : Sarkozy peut-il réussir son retour ?

Rien ni personne n'empêchera l'ancien chef de l'État français, Nicolas Sarkozy, de reprendre la présidence de l'UMP, en novembre. Simple hors-d'oeuvre. Primaire de la droite en 2016, puis[...]

État islamique : plus de 200 jihadistes tués au cours des raids aériens de la coalition

Une semaine après le début des frappes aériennes de la coalition de Washington et ses alliés arabes contre l'État islamique en Syrie, un premier bilan fait état de plus de 200 morts[...]

"Gotha noir de France" : Le gotha, noir sur blanc

Quel est le point commun entre le communicant Youssouf Ammin, l'architecte Mahmoud Keldi et l'ingénieure en génie atomique Sandra Métho ? Ils font tous trois leur entrée dans l'édition[...]

Plus de 3 000 migrants ont péri en Méditerranée depuis début 2014

La traversée de la Méditerranée reste le voyage le plus meurtrier pour les migrants clandestins. Depuis début 2014, plus de 3 000 d'entre eux ont ainsi péri en chemin, selon l'Organisation [...]

Vilains barbus et belles barbantes

Au cliché des arabes jihadistes, les belles orientales opposent des concours de Miss toujours plus nombreux. Avec plus ou moins de pertinence…[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers