L'historien congolais Elikia M'Bokolo est directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris
Ah, les jolis mois de mai en France ! Il y avait eu le 10 mai 1981, avec la nuit d'orage à Paris, les hurlements de joie des plus jeunes, les larmes chargées de souvenirs des plus vieux, l'incroyable fraternisation de toutes les couleurs et de toutes les origines... Un de ces airs de Grand Soir, quand on croit que « tout est possible » !
Tout autre est ce 6 mai ! Il y a bien sûr la joie immense de la victoire ! La gauche est de retour à la tête de cette République taillée sur mesure pour le général de Gaulle et qui semble avoir été façonnée pour assurer sans cesse la victoire de la droite. Après François Mitterrand, François Hollande. Il y a aussi, peut-être surtout, un immense soulagement. Cinq ans de Sarkozy, de « Tsarkozy » et de « Starkozy », c'en était trop ! Cinq ans de plus ?
Inimaginable, insupportable, impossible ! Ces insultes répétées contre « l'homme africain ». L'affirmation de cette prétendue supériorité de l'introuvable « civilisation occidentale ». La diabolisation des « immigrés », c'est-à-dire de nous autres, jeunes et vieux, musulmans et chrétiens, toutes catégories sociales confondues, venus de toutes les Afrique pour mettre notre main dans la construction de la France. Le déni obstiné de l'Histoire. Le trafic insidieux des mémoires.
On l'a échappé belle, mais ce n'est pas le Grand Soir. D'abord parce que, dans le contexte de la crise du capitalisme mondialisé, les contraintes économiques collent aux basques de François Hollande. Or, nous attendons aussi de lui qu'il prenne, d'urgence, les mesures juridiques, légales, politiques, symboliques, pour ressouder le tissu social de la France et refonder le lien national. Promesse phare, le droit de vote des étrangers aux élections locales n'est sans doute pas l'essentiel.
Et l'Afrique ? Elle a probablement des leçons à tirer de cette élection qui a d'abord été une bataille d'idées, de projets et de programmes. Elle doit aussi en attendre et en demander des changements. Non, la France n'a pas une « mission » particulière en Afrique. Qu'on en finisse avec le ministère de la Coopération, ses nostalgies colonialistes attardées, ses pesanteurs rampantes de néocolonialisme, ses réseaux honteux de la Françafrique ! Que la France nouvelle prenne la mesure de notre Afrique ! Une Afrique majeure qui veut accomplir elle-même son historicité.

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