Mamadou Diouf est professeur d'histoire sénégalais à l'université Columbia de New York
Chaque élection présidentielle française est un moment important, car elle permet d'entrevoir ce que pourraient être les relations entre la France et son ancien empire. Mais vient ensuite le catalogue des promesses non tenues. François Mitterrand n'a pas mis en acte la rupture, car il est retourné à ses anciens réseaux après l'éviction de son ministre de la Coopération Jean-Pierre Cot. Jacques Chirac a maintenu des relations classiques entre Paris et son pré carré, car il s'inscrivait dans une tradition gaulliste. Nicolas Sarkozy n'avait pas d'histoire africaine, mais il a été rattrapé par la défense d'intérêts économiques. Au final, il s'est enfoncé dans le marécage africain.
Et François Hollande ? Il connaît très peu l'Afrique et peut donc s'affranchir des réseaux. Ses urgences sont avant tout françaises et européennes, il n'a pas le temps d'entretenir des relations particulières et singulières - faites d'amitié et de protection - avec des dirigeants africains. Troisièmement, comme la France n'est plus seule sur le continent avec l'arrivée de la Chine, les leviers politiques ne suffisent plus pour défendre ses intérêts économiques. Dernier atout, François Hollande croit à la solidarité francophone et à la création d'un espace plus large dans lequel la France et l'Afrique ne sont plus les seuls acteurs. Ces deux partenaires ont besoin de cela. Pour toutes ces raisons, nous pouvons espérer des relations « normales ».
Cette nouvelle donne est une opportunité. Il faut utiliser cette distance entre Hollande et l'Afrique pour que la France sorte du bourbier africain et que les Africains s'occupent enfin de leurs propres affaires sans se lier à Paris, qui n'a d'ailleurs plus les ressources politiques et économiques nécessaires à l'ingérence. Pour autant, cette normalisation ne sera pas une gentillesse française. Cette nouvelle période doit permettre l'examen des intérêts propres aux deux parties. L'émergence de nouveaux acteurs africains politiques et économiques, capables de définir des logiques de développement endogènes, va dans le bons sens. Si Hollande tient parole, si les Africains prennent leurs responsabilités et si toutes les cartes sont sur la table, une refondation est possible.

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