Extension Factory Builder

France-Afrique : Hollande ne nous connaît pas ? Tant mieux !

16/05/2012 à 12:38
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Mamadou Diouf est professeur d'histoire sénégalais à l'université Columbia de New York

Chaque élection présidentielle française est un moment important, car elle permet d'entrevoir ce que pourraient être les relations entre la France et son ancien empire. Mais vient ensuite le catalogue des promesses non tenues. François Mitterrand n'a pas mis en acte la rupture, car il est retourné à ses anciens réseaux après l'éviction de son ministre de la Coopération Jean-Pierre Cot. Jacques Chirac a maintenu des relations classiques entre Paris et son pré carré, car il s'inscrivait dans une tradition gaulliste. Nicolas Sarkozy n'avait pas d'histoire africaine, mais il a été rattrapé par la défense d'intérêts économiques. Au final, il s'est enfoncé dans le marécage africain.

Et François Hollande ? Il connaît très peu l'Afrique et peut donc s'affranchir des réseaux. Ses urgences sont avant tout françaises et européennes, il n'a pas le temps d'entretenir des relations particulières et singulières - faites d'amitié et de protection - avec des dirigeants africains. Troisièmement, comme la France n'est plus seule sur le continent avec l'arrivée de la Chine, les leviers politiques ne suffisent plus pour défendre ses intérêts économiques. Dernier atout, François Hollande croit à la solidarité francophone et à la création d'un espace plus large dans lequel la France et l'Afrique ne sont plus les seuls acteurs. Ces deux partenaires ont besoin de cela. Pour toutes ces raisons, nous pouvons espérer des relations « normales ».

Cette nouvelle donne est une opportunité. Il faut utiliser cette distance entre Hollande et l'Afrique pour que la France sorte du bourbier africain et que les Africains s'occupent enfin de leurs propres affaires sans se lier à Paris, qui n'a d'ailleurs plus les ressources politiques et économiques nécessaires à l'ingérence. Pour autant, cette normalisation ne sera pas une gentillesse française. Cette nouvelle période doit permettre l'examen des intérêts propres aux deux parties. L'émergence de nouveaux acteurs africains politiques et économiques, capables de définir des logiques de développement endogènes, va dans le bons sens. Si Hollande tient parole, si les Africains prennent leurs responsabilités et si toutes les cartes sont sur la table, une refondation est possible. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Le Maroc et la France rétablissent leur coopération judiciaire et antiterroriste

Le Maroc et la France rétablissent leur coopération judiciaire et antiterroriste

La France et le Maroc ont décidé samedi de "tourner la page" de près d'un an de brouille diplomatique, en rétablissant leur coopération judiciaire et anti-jihadiste, un réchauffe[...]

France-Maroc : Rabat appelle à tourner la page de la crise diplomatique

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, a appelé samedi à tourner la page de la crise diplomatique entre son pays et la France, confirmant un plein rétablissement de[...]

Chine : la "chasse aux renards" est ouverte

Les autorités ont entrepris de pourchasser jusqu'en Europe ou en Afrique les responsables politiques et économiques convaincus de corruption. Une traque difficile ? Oui, mais extrêmement fructueuse.[...]

Cambodge : le docteur-la-mort, l'aiguille et le sida

Comment plus deux cents villageois de la province de Battambang ont-ils été contaminés par le virus du sida ? Un étrange médecin est dans le collimateur des enquêteurs.[...]

Les sons de la semaine #27 : Moh! Kouyaté, Gradur, J. Martins et Youssou Ndour

Bienvenue dans notre horizon musical de la semaine ![...]

Turquie : misogynes, les islamo-conservateurs de l'AKP ?

La propension des islamo-conservateurs de l'AKP à imposer aux femmes la manière dont elles doivent se comporter ou s'habiller indispose la fraction la plus jeune et citadine de la population. D'autant que les[...]

Mohamedou Ould Slahi : je vous écris de Guantánamo

On l'a pris, à tort, pour un gros bonnet d'Al-Qaïda. Kidnappé dans sa Mauritanie natale, puis remis aux Américains, Mohamedou Ould Slahi croupit depuis 2002 dans la sinistre base cubaine. Dans un[...]

2015, l'année des changements

L'année 2015 est encore dans son premier mois : où nous mène-t-elle ? Quelle direction prend notre monde et dans quel sens se déplace son centre de gravité ? Je me suis posé ces[...]

Peine de mort aux États-Unis : trois questions soulevées par l'exécution de Warren Hill

Un prisonnier africain-américain a été exécuté aux États-Unis mardi 27 janvier. Cet homme, condamné pour meurtre, aurait pu être gracié en raison de son handicap [...]

Livres - Gaston-Paul Effa : "La France est frappée d'amnésie"

L’écrivain franco-camerounais Gaston-Paul Effa restitue, dans "Rendez-vous avec l’heure qui blesse", le destin de Raphaël Élizé, un Martiniquais déporté au camp de [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers