Extension Factory Builder
14/05/2012 à 10:23
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Décidément, Abdelaziz Bouteflika n'est jamais là où on l'attend... En plein Printemps arabe - au moment où tout le monde s'interrogeait sur son éventuelle propagation à l'Algérie -, il avait prononcé un discours jugé terne, ne répondant pas, en tout cas, aux attentes de ses concitoyens. Lui, le tribun hors pair, héraut d'une Algérie à son zénith diplomatique dans les années 1970, était apparu fatigué et peu convaincant. Sa voix était à peine audible, son visage marqué. À Sétif, ce 8 mai, pour la commémoration des massacres de 1945 et moins de deux jours avant des législatives qui n'ont guère passionné les foules mais qui représentent un véritable tournant politique, « Boutef » a pris tout le monde par surprise et s'est livré comme rarement, retrouvant une verve que l'on pensait disparue.

Passons rapidement sur la main tendue à François Hollande et sa volonté de dépassionner les relations entre son pays et la France, pour nous intéresser à un passage, tout en subtilité certes, mais ô combien important : celui sur la transmission du témoin entre sa génération, celle qui a mené la guerre d'indépendance et qui dirige toujours le pays, et les suivantes, véritable noeud gordien d'une nation qui a longtemps sacrifié sa jeunesse - les deux tiers de la population ! - sur l'autel de l'Histoire. « Je m'adresse aux jeunes qui doivent prendre le témoin, car ma génération a fait son temps, a-t-il expliqué. L'heure de la retraite a sonné pour les anciens, qui ne peuvent plus gérer les affaires du pays. [...] Ceux qui ont libéré le pays vous disent : "Nous n'avons plus la force pour continuer. Le pays est entre vos mains, prenez-en soin." » Le ton est solennel, presque émouvant. Et lorsqu'une partie de l'assistance s'est mise à « réclamer » un quatrième mandat, Bouteflika a répondu, à sa manière, interrompant fermement les thuriféraires : « Longue vie à celui qui connaît ses limites. » Autrement dit, il s'arrêtera bel et bien en 2014, au bout d'un long chemin, celui de l'un des derniers survivants au pouvoir des tumultes de l'histoire algérienne, mouvementée, parfois tragique, nourrie de moments de gloire et de crises. Celui aussi d'un acteur majeur du demi-siècle écoulé, d'Oujda à Alger, en passant par Paris, Genève ou les Émirats, qui aura tout connu, y compris l'humiliation et l'exil.

À 75 ans, Bouteflika s'apprête à dépasser Boumédiène et Chadli en termes de longévité au pouvoir. Quoi qu'en pensent ses détracteurs et malgré les sarcasmes ou les clichés véhiculés par une certaine presse française pour qui l'Algérie demeure une anomalie et une énigme, il laissera une empreinte profonde et un pays stabilisé. Pour qui se souvient des conditions dans lesquelles il est arrivé à la tête de l'État, ce n'est pas rien. Au-delà de la charge symbolique d'un tel discours, prononcé à Sétif l'année du cinquantenaire de l'indépendance, Bouteflika vient d'annoncer ce que la grande majorité des Algériens attendent depuis longtemps sans jamais y avoir cru : le changement. Il reste deux ans pour le préparer. Ou le subir... 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Algérie

Vol AH5017 : comment les Burkinabè ont trouvé la zone du crash

Vol AH5017 : comment les Burkinabè ont trouvé la zone du crash

Dès que l'alerte a été donnée au sujet de la disparition du vol AH 5017, les militaires burkinabè n'ont pas ménagé leurs efforts pour retrouver la trace du DC-9 affrété[...]

Maghreb : sur les routes du jihad pour la Syrie ou l'Irak

Ils sont des milliers à partir depuis Rabat, Tunis, Alger ou Tripoli pour rejoindre la Syrie ou l'Irak. Qui sont-ils ? Pourquoi partent-ils ? Quelles routes empruntent-ils ? Jeune Afrique a [...]

L'analyse des boîtes noires du vol AH 5017 pourrait prendre "plusieurs semaines"

Selon Frédéric Cuvillier, secrétaire d'État français aux transports, l'analyse des boîtes noires de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé jeudi dernier au Mali[...]

Ramadan 2014 : Aïd mabrouk !

Un peu partout dans le monde, les musulmans ont commencé à fêter l’Aïd el-Fitr, la fête de la fin du mois sacré de ramadan. Si certains ont débuté les festivités[...]

Algérie : valse de patrons à la tête du groupe pétrolier Sonatrach

Le groupe pétrolier algérien Sonatrach a un nouveau PDG, le 9e en 15 ans, signe d’une instabilité chronique à la tête du plus grand groupe africain par le chiffre d’affaires,[...]

Algérie : coup de balai à El-Mouradia

Si le mois de ramadan était jusqu'ici utilisé par Abdelaziz Bouteflika pour examiner les performances de ses ministres, cette année ce sont ses conseillers qui ont été passés au[...]

Mohamed Talbi : "L'islam est né laïc"

L'auteur tunisien de "Ma religion c'est la liberté" n'en démord pas : le Coran est porteur de modernité et de rationalité, mais son message a été altéré par[...]

Vol AH 5017 : les deux boîtes noires transférées à Paris

Les deux boîtes noires de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé au Mali ont été transférées dimanche soir de Bamako à Paris, où elles doivent être[...]

Benjamin Stora : "La promesse de réouverture des synagogues algériennes est très importante"

L’historien spécialiste du Maghreb Benjamin Stora réagit à la promesse de réouverture des synagogues algériennes faite par le ministre des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa,[...]

Crash du vol AH5017 : l'enquête associera plusieurs pays

Le détachement militaire français dépêché dans le nord du Mali sur le lieu du crash du vol Ouaga-Alger AH 5017 a retrouvé vendredi la boîte noire du DC-9 affrété par Air[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers