Réélu pour un second mandat en 2008, le député-maire de Pointe-Noire revient sur l'évolution, les projets de la commune et les enjeux auxquels elle est confrontée.
Jeune Afrique : Quel regard portez-vous sur votre ville, Pointe-Noire, quatre-vingt-dix ans après sa création ? Son extension ne pose-t-elle pas des problèmes ?
Roland Bouiti-Viaudo : Un long chemin a été parcouru, je pense. La population est passée de quelques centaines de milliers à environ 1 million d'habitants. La ville s'est étendue de façon spectaculaire. L'activité économique y est forte. C'est la preuve d'une réelle vitalité. Mais la commune, comme le département de Pointe-Noire, a des limites, définies par la loi. La pression foncière est très forte et, si elle persiste, le gouvernement devra créer de nouvelles villes dans le département voisin du Kouilou. Une étude est en cours pour voir comment en construire une à partir de la Louaya, en bord de mer, jusqu'au pont sur la Loemé.
Comment expliquer la coexistence entre un centre-ville propre et équipé et des quartiers insalubres ?
Cette situation date de sa création, avec un centre-ville européen jusqu'au rond-point Lumumba et, au-delà, la cité africaine. Des efforts sont réalisés, tout particulièrement cette année, en matière d'assainissement. L'objectif est que la commune mobilise plus de ressources pour désenclaver et équiper les quartiers non viabilisés. Vous pouvez constater que la plupart des travaux en cours sont menés dans les quartiers périphériques.
L'objectif est de mobiliser plus de ressources pour équiper les quartiers non viabilisés.
Quels sont les principaux projets ?
Par ordre prioritaire, nous étudions la création d'une société, mixte ou privée, de gestion et de traitement des ordures ménagères et industrielles ; viennent ensuite la poursuite de l'assainissement de la ville et la prise en charge des services de base. Nous voulons avoir, demain, une ville très active dans les domaines de la santé, de la formation, de la culture et du tourisme.
Enfin, depuis que l'État congolais s'est retiré du secteur, nous n'avons plus de transports en commun adéquats. Les transporteurs privés ne sont pas bien organisés, et les services compétents en matière de contrôle n'ont pas pleinement pris en charge le secteur. Nous espérons mettre rapidement en place une plateforme avec toutes les parties concernées pour harmoniser les points de vue, qu'il s'agisse des tarifs ou de la fiabilité des véhicules.
Selon vos détracteurs, la ville souffre d'un déficit de démocratie participative. Que leur répondez-vous ?
Pointe-Noire est gérée par un conseil départemental et municipal dont les 75 membres, élus par la population, élisent à leur tour le bureau. Tout est donc parfaitement démocratique. Après mon élection, j'ai organisé une conférence des chefs de quartier, qui, pendant trois jours, ont exposé leurs problèmes. Nous en avons dressé l'inventaire, puis nous en avons fait une synthèse, par quartier et par arrondissement, et le conseil municipal a adopté un programme d'action triennal, sur lequel nous nous fondons depuis pour définir le plan d'investissement annuel. Après chaque session - il y en a trois par an) -, nous allons voir les habitants des quartiers pour faire le point et recueillir leur avis. Ce qui est tout à fait démocratique et participatif.
Qu'apporte la coopération décentralisée ?
Auparavant, elle se manifestait simplement à travers les jumelages. Aujourd'hui, nous avons des échanges gagnant-gagnant avec nos jumelles portuaires. Pointe-Noire a développé des partenariats très actifs avec Le Havre, en France, et Ravenne, en Italie. Au Maroc, nous travaillons avec Laayoune sur la formation de nos agents municipaux. Enfin, nous attendons des entreprises de travaux publics de la ville chinoise de Dalian, qui vont examiner la faisabilité d'un projet de logements sociaux.
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Propos recueillis à Pointe-Noire par Tshitenge Lubabu M.K.

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