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Présidentielle française : le lièvre et la tortue

04/05/2012 à 11:58
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Sauf surprise majeure, aussi peu probable vu de Brazzaville où ces lignes sont écrites (à quarante-huit heures du verdict) qu'un arc-en-ciel en pleine saison sèche, François Hollande aura donc été élu septième président de la Ve République française lorsque vous aurez en main ce numéro de J.A. Sur les rives du fleuve Congo comme partout ailleurs en Afrique francophone, le débat télévisé du 2 mai a été suivi par l'élite politique et intellectuelle avec la même passion qu'un Clásico entre le Barça et le Real. Ce n'est certes pas le fond, encore moins les programmes ébauchés par les deux protagonistes qui ont ce soir-là retenu l'attention : en dehors de divergences somme toute minimes sur l'âge de la retraite et le droit de vote des étrangers aux élections municipales, chacun sait que le choc de la crise uniformise les politiques intérieures des grandes démocraties occidentales et qu'en matière d'affaires étrangères la perception des problèmes et des solutions à y apporter est presque toujours identique que l'on s'appelle Hollande ou Sarkozy, Obama ou Romney, Cameron ou Miliband.

Ce qui intéresse ici et que le 6 mai aura confirmé, c'est que, pour la première fois depuis 1958, les Français auront élu un homme qui leur ressemble. Un homme ambitieux, certes, que nul n'a vu venir, à commencer par son adversaire et ses propres camarades, mais que nulle ivresse de lui-même ne possède et que la paranoïa du pouvoir ne semble pas devoir atteindre. Un fantassin devenu maréchal, un notable de province qui a annoncé que son salaire de président et celui de ses ministres seraient abaissés de 30 % dès son accession à l'Élysée, alors que son prédécesseur avait augmenté le sien de 170 %. Un chef de l'État Leclerc ou Ikea, donc, pour qui la fonction requiert de la dignité plutôt que de la majesté, ni souverain ni sauveur suprême, ni homme providentiel ni séducteur excentrique, résolument normal, avec un ego certes développé, mais dénué de tout égotisme.

Lorsque Nicolas Sarkozy avait reçu J.A. quelques mois avant son élection de 2007, il surjouait déjà la fonction dans son vaste bureau de la place Beauvau, cabotin, capricieux, impulsif, pensant son entourage tétanisé. À la fin de l'entretien, posant sa main sur l'épaule de ses interlocuteurs, il avait eu cette phrase : « Je vous lis, vous faites du bon travail, continuez. » Lorsque François Hollande s'est livré au même exercice il y a huit mois, il était seul dans son réduit de l'Assemblée nationale, servant lui-même le café. « Souhaitez-moi bonne chance », avait-il simplement conclu. L'un et l'autre étaient en route pour le sommet de l'État, mais les voies empruntées par le lièvre narcissique et la tortue obstinée n'ont jamais, il est vrai, été les mêmes. Reste l'exercice du pouvoir et cette fatalité de l'Élysée qui veut que le costume de président, taillé aux mesures de ce géant que fut Charles de Gaulle, transforme ipso facto celui qui le porte en monarque. François Hollande y échappera-t-il ? Sur ce point, à Brazzaville, on est dubitatif. 

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