Think-tank basé à Ouagadougou, l'Institut d'Afrique confrontera les insuffisances des filières existantes aux attentes des employeurs. Interview de son président, Paul Giniès.
D'un côté, quelque 10 millions d'Africains arrivent chaque année sur le marché du travail. De l'autre, les entreprises peinent à recruter. Sur fond de croissance économique, cette situation absurde constitue le point de départ d'une initiative conjointe de l'Institut international d'ingénierie de l'eau et de l'environnement (2iE, à Ouagadougou), de HEC Executive Education et du Medef international : l'Institut d'Afrique.
Jeune Afrique : Quelle réflexion sous-tend la création de l'Institut d'Afrique, lancé en septembre ?
Paul Giniès : Le décalage grandit entre l'aspiration de la jeunesse à avoir un emploi et une économie qui ne trouve pas les ressources nécessaires. Il faut remodeler les formations en fonction de la demande du privé. L'idée est de faire évoluer des compétences existantes et de les ouvrir sur leur environnement socioéconomique. Le rendez-vous du patronat africain, « Business Africa », en septembre à Abidjan, constituera une étape décisive dans la formalisation de notre projet.
Sur quels outils repose ce dispositif ?
L'Observatoire des compétences et de l'emploi va se développer peu à peu pour analyser les évolutions du marché de l'emploi sur une base régionale et sectorielle. À plus long terme s'y ajoutera une fonction de prospective. En parallèle, un portail internet sera effectif d'ici à 2013 : il proposera la liste des formations existant en Afrique et un catalogue des données concernant les filières économiques les plus porteuses.
Sur quelles filières et quels niveaux d'études l'Institut d'Afrique concentrera-t-il ses travaux ?
Les secteurs prioritaires sont l'énergie, l'électricité, les mines, les BTP, l'eau et l'assainissement. Concernant les niveaux de formation, l'un de nos objectifs est justement de casser les barrières entre secondaire et supérieur, de reconstituer une sorte de continuum. On s'aperçoit que les besoins les plus grands sont compris entre les niveaux bac-3 et bac+3.
Il s'agit de tirer le système vers le haut.
Qui sont vos partenaires ?
Les premiers organismes de formation rassemblés sont HEC, 2iE, l'association Codifor, l'Union française de l'enseignement technique privé, le Centre international d'études pédagogiques et le groupe français Cesi. Côté entreprises, citons la Confédération panafricaine des employeurs, le Medef international, EDF et Veolia Environnement, mais des discussions sont engagées avec plusieurs grands groupes qui investissent en Afrique.
Quelles ont été les premières actions mises en oeuvre ?
Le 27 janvier, un protocole d'accord a été signé entre le gouvernement ivoirien, le secteur privé ivoirien et l'Institut d'Afrique pour que ce dernier apporte sa compétence à la rénovation de l'Institut polytechnique Houphouët-Boigny, à Yamoussoukro. Pour la suite, nous n'avons pas d'action programmée à court terme. L'enjeu, c'est d'être capable de montrer dans l'année qui vient notre valeur ajoutée et de nous enrichir en termes de partenariats, puis de concrétiser notre projet d'observatoire.
Comptez-vous mettre en place une labellisation des formations ?
Oui, car il s'agit de tirer le système vers le haut, que les compétences acquises soient reconnues de tous. L'expertise de l'Institut d'Afrique sera le complément indispensable des organismes de formation pour garantir l'emploi à la sortie des études.
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Propos recueillis par Fanny Rey

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