Extension Factory Builder

Niger : la démocratie, un rempart contre les fanatismes

04/05/2012 à 16:25
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Colonel Mahamadou Abou Tarka, président de la Haute Autorité à la consolidation de la paix. Colonel Mahamadou Abou Tarka, président de la Haute Autorité à la consolidation de la paix. © DR

Président de la Haute Autorité à la consolidation de la paix

Le coup d'État au Mali montre la fragilité des institutions démocratiques dans nos pays. C'est une constante dans l'Histoire : les guerres et les rébellions ramènent sur le devant de la scène des acteurs qui, pour gérer les problèmes de la cité, préfèrent la violence au débat politique. Présentant nombre de similitudes avec le Mali et craignant les pires conséquences de la guerre en Libye, le Niger a donc engagé deux types d'actions complémentaires.

Il fallait d'abord empêcher les groupes armés fuyant la Libye de créer une base. En s'installant, ils auraient pu acquérir un avantage tactique décisif et devenir difficiles à déloger. Cet objectif a été atteint par la mise en place de patrouilles fréquentes dans le désert. Composées de petites unités très mobiles capables de fixer l'ennemi le temps de recevoir du renfort, secondées par l'observation aérienne et le renseignement humain, elles ont obligé les bandes armées déjà éprouvées par des combats meurtriers en Libye à chercher refuge hors du territoire.

Très tôt également, avec la redynamisation de la Haute Autorité à la consolidation de la paix, structure chargée de maintenir le contact avec les ex-combattants, l'État a engagé le dialogue avec les communautés du nord et de l'est du pays susceptibles d'être influencées par la situation. Ce dialogue a été relayé par les conseils régionaux et municipaux, composés en grande partie d'ex-rebelles reconvertis dans l'action politique.

Ces deux actions n'auraient pas été possibles sans certaines conditions historiques et politiques. L'armée nigérienne a toujours conduit ses opérations de police dans le Nord avec professionnalisme, ce qui lui a valu le soutien de la population. Il n'y a donc pas eu de départs massifs entraînant la création d'une génération de réfugiés susceptible de constituer une bombe à retardement, comme on l'a vu au Mali avec la génération du colonel Najim.

Par ailleurs, grâce aux différents accords auxquels le gouvernement nigérien a souscrit en 1995 et 1998, les ex-combattants intégrés dans les forces de défense et de sécurité l'ont été dans toutes les unités, sur l'ensemble du territoire, avec le même régime que leurs collègues. Il n'a jamais été question de stationner des troupes essentiellement composées d'ex-rebelles dans certaines zones, comme cela semble avoir été le cas au Mali.

La situation même du peuplement touareg au Niger ne rend pas crédible la revendication identitaire : il y a des Touaregs dans chacune des huit régions, 70 % à 80 % d'entre eux vivant dans la bande centrale du pays (et non dans le Nord), qu'ils partagent avec les autres groupes ethniques.

Enfin, dans le long combat politique pour la démocratie, les intellectuels touaregs engagés ont toujours perçu la rébellion comme susceptible de les maintenir dans le rôle étriqué de représentants d'une ethnie plutôt que dans celui de leaders de dimension nationale auquel ils étaient naturellement en droit d'aspirer.Notre cheminement démocratique a été difficile, mais, à y regarder de près, c'est cette difficulté même qui fait la solidité de la démocratie nigérienne. Depuis 1990, l'essentiel du combat pour la démocratie a été mené par une génération d'hommes venant de la gauche de l'échiquier et ayant derrière eux les expériences des luttes estudiantines puis syndicales. Ils ont poursuivi ce combat sans relâche. L'idéal démocratique s'est ainsi imposé au reste de la société et les représentants de l'ex-parti unique s'en sont accommodés, jusqu'à l'expérience malheureuse du Tazartché.

L'histoire des coups d'État au Niger, en lien avec l'actualité politique et visant le rétablissement de l'ordre républicain, montre que l'idéal démocratique a fini par pénétrer les secteurs traditionnellement autoritaristes des forces armées. La courte aventure d'Ibrahim Baré Maïnassara montre qu'aucun pouvoir militaire ne peut survivre s'il ne correspond à une réelle demande politique de régulation. Le contraste est net avec le putsch militaire au Mali, qui est survenu à contre-courant et à quelques semaines des élections générales.

Dans ce Niger démocratique, il n'y a pas de place pour la violence. La démocratie est un rempart contre les fanatismes, et donc un excellent outil de résolution pacifique des conflits. Nul ne peut totalement exclure la contagion, surtout si le Mali ne parvient pas à remettre sa maison en ordre, mais nous faisons le pari de disposer des atouts supplémentaires pour gérer au mieux et éteindre sans trop de dégâts toute éventuelle poussée de revendications identitaires. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Forum-Tribunes Article suivant :
Ensemble, abolissons la peine de mort en Afrique

Forum-Tribunes Article précédent :
Les deux piliers de la sécurité alimentaire

Réagir à cet article

Niger

Immigration : coup de chaud entre l'Algérie et le Niger

Immigration : coup de chaud entre l'Algérie et le Niger

Plus de 3 000 migrants nigériens ont été expulsés d'Algérie à la fin novembre. Dans des conditions qui posent problème.[...]

Sahel : ces chefs jihadistes éliminés par les Français... et ceux qui courent toujours

Plusieurs chefs jihadistes de premier plan ont été tués par les forces françaises depuis le déclenchement de l'opération Serval au Mali, en janvier 2013. D'autres sont toujours en vie,[...]

Niger - Burkina : sale temps pour Hama Amadou... et Alizéta Ouédraogo

Selon l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Niamey que J.A. a consultée, Hama Amadou, son épouse et trente coïnculpés devront passer en jugement dans une vaste affaire de trafic[...]

Comment Unilever veut reconquérir l'Afrique de l'Ouest

Secoué sur les marchés très concurrentiels du continent, le géant anglo-néerlandais souhaite renforcer ses positions. Sa stratégie pour rester sur le devant de la scène ?[...]

Classement 2014 : Algérie, Tunisie et Sénégal au sommet des sélections africaines de foot

Après l’Égypte (2010), la Côte d’Ivoire (2011), la Zambie (2012) et le Nigeria (2013), l’Algérie, huitième de finaliste de la Coupe du monde et facilement qualifiée pour[...]

Les pays du "G5 du Sahel" appellent l'ONU à intervenir en Libye

Les dirigeants des cinq pays du "G5 du Sahel" (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali, Mauritanie), réunis vendredi en sommet à Nouakchott, ont appelé l'ONU à mettre en place une force[...]

Niger : libération d'otages, Akotey raccroche

Après avoir accompli une vingtaine de missions dans le désert, le Nigérien Mohamed Akotey souhaite mettre un terme à ses activités de libérateur d'otages.[...]

Sahel : Lazarevic pense avoir été capturé pour une rançon et nie être un mercenaire

L'ex-otage français Serge Lazarevic, libéré mardi après plus de trois ans de captivité au Sahel, a estimé dimanche, dans le journal de 20 heures de France 2, que ses ravisseurs l'avaient[...]

Boko Haram : le Niger appelle à l'aide face à l'afflux de réfugiés

Le Niger a appelé vendredi à "la solidarité nationale et internationale" en vue d'éviter un "drame humanitaire" causé par l'afflux sur son sol de réfugiés du[...]

Sahel : trois questions sur la libération de l'otage français Serge Lazarevic

Serge Lazarevic est rentré en France mercredi matin après plus de trois années de captivité au Sahel aux mains des jihadistes d'Aqmi. Mais les conditions de sa libération restent opaques.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers