Janvier Litse, vice-président chargé des opérations de la Banque africaine de développement (BAD), est formel : « La situation économique du Niger est globalement positive. » Les estimations du Fonds monétaire international (FMI) en décembre dernier le confirment : la croissance devrait y bondir de 3,8 % en 2011 à 14,1 % en 2012 sans que l'inflation s'emballe pour autant, puisqu'elle tombera de 3,4 % à 2 %.
Tous ses partenaires couvrent de fleurs le gouvernement pour la sagesse de sa gestion. Le déficit budgétaire primaire est contenu à 3 % ; les arriérés de la dette domestique seront soldés en 2017. La Constitution fait désormais obligation de publier les contrats miniers ainsi que les recettes attendues.
Le bon élève nigérien se voit même prédire un avenir très rose par le FMI, qui s'attend à une croissance moyenne annuelle de 6,7 % jusqu'en 2031 sans que l'inflation excède 2 % par an. La croissance moyenne de l'Inde et l'inflation moyenne de la France !
Il faut dire que le sous-sol est pour quelque chose dans cette prospérité annoncée. Les exportations minières et pétrolières nigériennes tripleront entre 2011 et 2016. Avec les gisements d'uranium d'Azelik, exploité par la China National Nuclear Corporation, et d'Imouraren, par le français Areva, le pays deviendra le deuxième producteur au monde de carburant nucléaire.
Côté pétrole, le pactole viendra d'Agadem, développé par les Chinois, qui alimentera la raffinerie de Zinder. Les 20 000 barils produits chaque jour excéderont une demande domestique de 7 000 barils et permettront des exportations supplémentaires.
Le gouvernement du président Issoufou a profité de ces atouts pour mener à bien plusieurs projets qui devraient accélérer la croissance. Le barrage de Kandadji assurera une production correspondant à une année de consommation électrique du pays et permettra l'irrigation de 45 000 ha. Ce qui facilitera la politique baptisée 3N (« les Nigériens nourrissent les Nigériens »), qui ambitionne de parvenir à l'autosuffisance alimentaire. On parle d'un réseau ferré Cotonou-Niamey-Ouagadougou-Abidjan. On rêve de réduire, grâce au charbon, la dépendance énergétique à l'égard du voisin géant, le Nigeria.
Les Nigériens devront toutefois raison garder. Leur pays est abonné aux dernières places de l'indice de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), plus de 40 % de la population vit dans une extrême pauvreté avec moins de 1,25 dollar par jour, une pluviométrie erratique menace en permanence les récoltes et ce sont près de 690 000 tonnes de céréales qui ont fait défaut en 2010, année terrible.
Les bailleurs de fonds ont tenu compte de cette extrême vulnérabilité, mais aussi de la situation géopolitique du Niger, dont les voisins libyens, nigérians et maliens traversent une période d'instabilité qui pourrait se révéler contagieuse.
Le FMI n'a donc pas persisté dans son projet - moralisateur mais dangereux - d'obliger Niamey à créer, grâce au pétrole, un fonds pour les générations futures sur le modèle tchadien : les Nigériens sont trop pauvres pour se lancer dans ce genre d'épargne collective.
Tous les donateurs ont mis la main au portefeuille pour éviter un désespoir populaire qui pourrait être le terreau de l'islamisme ou de l'irrédentisme. En décembre, le FMI a promis par la voix de sa directrice générale, Christine Lagarde, une aide de 123 millions de dollars (92 millions d'euros) de 2012 à 2014.
La Banque mondiale, elle, y va de 15 millions de dollars d'appui budgétaire chaque année. La BAD n'est pas en reste, etc.
Le pays devra assumer sa part de réformes pour que sa bonne fortune minière et pétrolière se consolide en développement durable et équilibré. Citons deux domaines où il lui incombe de faire bouger les choses : la natalité et la corruption. Avec sept enfants par femme et la perspective d'accueillir sur son sol désertique 50 millions d'habitants en 2050, le Niger court à la catastrophe si rien n'est fait pour amorcer une modération démographique.
Si le classement de la Banque mondiale pour le climat des affaires situe le Niger au 173e rang sur 183 pays étudiés, c'est parce que les entreprises y vivent un parcours du combattant administratif qui favorise la corruption : 43 % d'entre elles reconnaissent avoir payé pour s'assurer un marché public ! De rudes chantiers en perspective.

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