Extension Factory Builder

Koura Keita, bonne pour le moral

30/03/2012 à 09:44
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Pour 3 euros, des femmes vivant dans la précarité peuvent bénéficier d'un rendez-vous beauté. Pour 3 euros, des femmes vivant dans la précarité peuvent bénéficier d'un rendez-vous beauté. © Vincent Fournier/J.A.

Koura Keita, Malienne de 38 ans, coordonne les activités d'un salon de beauté social dans le 18e arrondissement de Paris.

Bien qu'inondées de soleil, les rues de la Goutte-d'Or (Paris) sont glaciales en ce mois de février. Il est 9 h 15, et Koura Keita arrive d'un pas pressé, sourire aux lèvres. Elle s'excuse pour son retard et, tout de suite après avoir ouvert le rideau métallique du salon Joséphine, elle allume des bougies parfumées, change l'eau des fleurs, arrange les piles de magazines. Les clientes de ce salon de beauté ont toutes un point commun : elles vivent dans la précarité. Ce sont des chômeuses, des victimes de violences, des SDF, des mères élevant seules leurs enfants. La fondatrice de l'association Joséphine pour la beauté des femmes, Lucia Iraci, les accueillait autrefois le dernier lundi de chaque mois dans son très chic salon de coiffure de Saint-Germain-des-Prés. En mars 2011, elle a décidé d'ouvrir pour elles cet espace, cinq jours sur sept, à quelques mètres de la station de métro Barbès-Rochechouart.

Koura Keita supervise aujourd'hui la bonne marche de ce salon de beauté social, le seul existant en France, qui est notamment sponsorisé par L'Oréal et Gemey-Maybelline, des partenaires qui offrent shampoing, maquillage et produits de beauté.

Le matin, Koura Keita passe ses coups de fil importants : après, elle n'aura plus le temps. À longueur de journée, elle reçoit, écoute, rassure et encourage. Son bureau est le passage obligé pour toute nouvelle cliente. Lors d'un entretien individuel, il faut fournir relevés de RSA (revenu de solidarité active) ou justificatif d'allocations chômage, précieux sésames pour décrocher un rendez-vous beauté facturé seulement 3 euros, un de plus par soin supplémentaire (manucure, épilation). « Le but est de leur redonner l'estime d'elles-mêmes et du courage pour repartir sur le marché du travail », explique Koura, enthousiaste. « Venir ici leur donne l'occasion de sortir de leur isolement. On les bichonne, on leur refait une beauté de la tête aux pieds ! »

Lorsqu'elle a rencontré Lucia Iraci, il y a deux ans, elle travaillait au Samu social et animait la « maison des femmes », un logement pour 1 euro par jour dans un centre d'hébergement d'urgence, à Montrouge. Le courant est passé. L'une a parlé de son parcours, l'autre de son projet, et elles ne se sont plus quittées.

Le social, Koura Keita connaît bien. Elle s'y est investie très tôt. « Le fait d'être au salon Joséphine, c'est la continuité de mon expérience, mais c'est aussi l'aboutissement de tout ce que j'ai reçu », explique-t-elle. Tout a commencé en 1994, au Mali, quand on lui a présenté la coordinatrice d'Autremonde, une association française fraîchement débarquée dans la région. Mue par une « envie d'être utile », Koura a décidé de s'engager sans avoir achevé son BTS de comptabilité. « Je n'avais jamais fait d'humanitaire, c'était un concept nouveau pour moi », insiste-t-elle. Sans en souffler mot à ses parents, elle a quitté Kita, son village de naissance, pour Lani Touka, situé dans la même région de Kayes. « Mes parents n'auraient pas compris. Pour eux, il fallait que je reste à la maison. À l'époque, je ne me voyais pas dans le rôle traditionnel de la femme malienne, j'étais assez rebelle », raconte la femme de 38 ans. Avec son énergie débordante, elle est parvenue à convaincre les villageoises de suivre des formations afin de compléter leurs diplômes de sage-femme, d'institutrice, d'infirmière, jusque-là nullement valorisés. Depuis, le village a servi d'exemple pour tous ceux où Autremonde agit et il demeure l'étape obligée de chacun de ses voyages au Mali - au moins une fois par an.

À mesure qu'elle avance dans son récit, Koura Keita ravive de profonds souvenirs. Le plus lumineux : son grand-père Soulago Keita, ancien tirailleur sénégalais, chasseur, guérisseur et chef de village, aujourd'hui disparu, qui la chérissait par-dessus tout. Elle raconte qu'avant d'entamer son dîner il attendait toujours le passage du dernier train susceptible de déverser d'ultimes voyageurs affamés. « Ma générosité, c'est l'héritage qu'il m'a laissé », affirme-t-elle. Tous les mois, elle retrouve ses frères, soeurs et cousins établis dans la capitale française. Elle tient beaucoup à ces rencontres, qui lui permettent de garder présente sa culture malienne. Pourtant, cela fait deux mois qu'elle n'y a pas participé, et elle n'a pu se rendre au Mali cette année. « Je suis prise par le temps », se justifie-t-elle. Installée en France de façon définitive, en 1998, « pour des raisons personnelles », elle a beaucoup sillonné l'Hexagone, qu'elle fait découvrir à ses enfants de 9 et 3 ans. « Je me suis adaptée à la culture, mais je n'ai pas oublié mes racines », assure-t-elle. À Joséphine, Koura Keita ne compte pas ses heures. Et l'association envisage même l'ouverture de salons à Tours, Saint-Denis et Valenciennes.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

AUTRES

Football : quand Ebola perturbe les compétitions en Afrique

Football : quand Ebola perturbe les compétitions en Afrique

Le virus Ebola, dont la progression implacable en Afrique de l'ouest effraie le monde entier, perturbe les rencontres internationales de football sur le continent, parfois délocalisées par crainte de contamination,[...]

Bénin : une fondation vaut mieux que deux tu l'auras

Pour les plus nantis, créer une telle structure est un moyen de soigner son image tout en rendant service au plus grand nombre. Exemple à Cotonou avec le financier Lionel Zinsou et sa fille, Marie-Céci[...]

Ebola atteint le Sénégal, un quartier de Monrovia sort de l'isolement

Le Liberia doit lever samedi matin la quarantaine d'un quartier de la capitale, 10 jours après avoir imposé son isolement face à la progression de l'épidémie d'Ebola, qui touche désormais [...]

Lesotho : l'armée prend le contrôle du quartier général de la police

Des militaires ont pris samedi matin le contrôle du quartier général de la police et brouillé les transmissions radio et téléphoniques du Lesotho, un petit royaume enclavé dans l'Afr[...]

Rwanda : deux hauts gradés formellement accusés d'incitation au soulèvement

L'ancien chef de la garde présidentielle rwandaise et un général en retraite, récemment arrêtés au Rwanda, ont été accusés vendredi de "propagation de rumeurs"[...]

Inde : de la syrah au pays de Shiva

Alors que la consommation nationale de vin est en pleine croissance, plusieurs producteurs locaux commencent à se faire un nom. Parmi eux, Sula Vineyards, qui s'apprête à exporter... en France.[...]

Italie : le père de Cécile Kyenge a-t-il (vraiment) ensorcelé Roberto Calderoli ?

Connu notamment pour ses insultes racistes, Roberto Carderoli a affirmé mardi que le père de Cécile Kyenge l'avait ensorcelé. Et le sénateur italien dit détenir des preuves de ses accusati[...]

Afrique du Sud : 1 Rwandais et 3 Tanzaniens jugés coupables de la tentative d'assassinat sur Nyamwasa

Quatre individus ont été jugés coupables vendredi de la tentative d'assassinat en 2010 de Faustin Kayumba Nyamwasa, l'ancien chef d'état-major du président rwandais Paul Kagamé avec qui il[...]

Ces pionniers qui chamboulent le business en Afrique

Dans la production, les services ou le commerce, une nouvelle génération d'entrepreneurs a su faire bouger les lignes en s'adaptant aux réalités africaines. Un mélange de nouvelles techno[...]

Antoinette Nana Djimou Ida : le style et les jambes

La Franco-Camerounaise a conservé son titre de championne d'Europe d'heptathlon. Et prépare avec autant de concentration son avenir dans le stylisme.[...]

Côte d'Ivoire : un VRP nommé Ouattara

Pour le président ivoirien Alassane Ouattara, qui savourait fin août ses derniers jours de vacances à Mougins, dans le sud de la France, la rentrée s'annonce chargée avec un voyage en Co[...]

Libye : Mohamed Ali Ghatous kidnappé à Misrata

L'ex-directeur de cabinet de l'ancien Premier ministre libyen Ali Zeidan, Mohamed Ali Ghatous, a été kidnappé le 19 août.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex